Page 59 - EcoRéseau n°15
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Haute résolution - Très haut débit STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE Plus qu’un vœu, une nécessité
Le très haut débit, poussé par le gouvernement, apparaît dans les grandes villes. A quand les autres territoires ? Les nouveaux usages numériques, qui génèrent
des quantités exponentielles de données, l’exigent.
conférences, les e-démarches, le Cloud computing et le Big Data.
peut supporter une coupure de quelques jours, c’est inen- visageable pour une entre- prise », souligne Samuel Trio- let, fondateur de Rezopole,
du monde.
Mais cela ne vaut que pour les particuliers. Les entre- prises sont moins bien des- servies – pas tant les grands
SL
reprises : il sera nu-
Financement
La France coupée en deux
Le plan Très Haut Débit chiffre les investissements nécessaires à 20 milliards d’euros d’ici à 2022 – une somme que se partagent l’État, les opérateurs privés et les collectivités locales. La réglementation concernant le FttH (Fiber to the Home), mise en place en 2009, découpe la France en deux types de zones : conventionnées et non-conventionnées.
Ces dernières, qui couvrent les zones de population peu denses, sont sous la responsabilité des collectivités locales (ou départementales, ou régionales). « Elles mettent en place des Réseaux d’initiative publique (RIP), qu’elles financent pour moitié avec un soutien de l’État », explique Jean-François Hernandez, responsable de la communication de l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Les zones conventionnées, anciennement appelées Appel à manifestation d’intention d’investissement (AMII), couvrent elles les zones de population denses (villes et métropoles), et sont confiées totalement aux opérateurs privés, pour qui l’investissement consenti – entre 6 et 7 milliards d’euros – est éminemment rentable.
Pour plus de renseignements, et pour une carte de France indicative du débit disponible, un site web a été mis en place : www.francethd.fr.
TSUNAMI DE DONNÉES
La vidéo en ligne concerne principalement les particu- liers. L’exemple avant-gar- diste des Etats-Unis montre que cette pratique risque fort de devenir à terme la princi- pale pour visionner des films ou des séries. Mais pour ob- tenir une bonne image, il faut du très haut débit. Plus que tout autre usage, sauf peut- être les jeux vidéo en ligne, elle augmente considérable- ment les besoins en bande passante de tout un chacun. C’est le même problème pour les visioconférences, même si en l’occurrence la demande est plus cruciale pour les en- treprises, et maintenant pour les écoles avec le dévelop- pement des MOOC (Massive Open Online Courses), ces fameux cours en ligne ouverts à tous. Ils servent d’ailleurs également à la formation.
Les e-démarches sont l’évo- lution logique du e-achat. Elles font gagner du temps à tout le monde, et se sont du coup multipliées, avec l’ad- ministration et les banques notamment. Là encore, ce
Infrastructures Internet
Décentraliser Internet
L’un des objectifs avoué du plan Très Haut Débit du gouvernement est de créer de la richesse économique. Mais comme beaucoup de choses en France, Internet souffre de centralisation aiguë : la majeure partie du business d’Internet profite principalement à la capitale, par laquelle transite près de 80% du trafic. Tant qu’à faire créer du dynamisme, pourquoi ne pas le faire localement ? « Il existe quantité de petits acteurs locaux qui peuvent fournir un service de très bonne qualité aux entreprises », souligne Samuel Triolet, fondateur de l’association Rezopole. Pour favoriser la croissance d’écosystèmes numériques locaux, cette dernière installe des nœuds d’échange internet dans les villes de Rhône-Alpes, notamment le Grand Lyon. Ils permettent de faire transiter localement de très gros volumes de données et de fournir des prestations online, comme des logiciels
as a service. Les débuts d’une décentralisation.
comptes que les PME, dont les besoins sont certes moin- dres mais en augmentation constante, particulièrement de la part des start-up dans le numérique. Au point que certains acteurs doivent fi- nancer eux-mêmes le tirage de la fibre jusqu’à leurs lo- caux. « Le problème est que les entreprises demandent un
tartupper qui vient d’obtenir le très haut débit
e gouvernement l’a affirmé à de multiples
ceTHD), lancé au printemps 2013, qui prévoit d’ici à 2022 de couvrir l’ensemble du ter- ritoire avec du très haut débit (au minimum au-dessus de 30 Mb par seconde). Les grandes agglomérations ont un temps d’avance : Paris
est déjà quasiment intégra- lement couverte (mais pas le Grand Paris), et le Grand Lyon entend y arriver d’ici 2019. « Le très haut débit recouvre plusieurs technolo- gies : la fibre optique, le câ- ble, et le VDSL (une version plus performante de l’ADSL) », détaille Jean-Fran- çois Hernandez, responsable de la communication de l’Ar- cep, l’Autorité de régulation des communications électro- niques et des postes.
mérique, ou il ne sera pas. Mais pour ce faire, il faut un accès au réseau. C’est là qu’entre en jeu le plan France Très Haut Débit (Fran-
association à but non lucratif qui installe des lieux d’échange internet dans le Grand Lyon.
INÉGALITÉ À CORRIGER
La bonne nouvelle, c’est que malgré la propension natio- nale à se plaindre, « le marché français de la fibre est l’un
Cinq nouveaux usages démultiplient la demande en bande passante : vidéo en ligne, visioconférence, e-démarches, Cloud computing et Big Data
L’évolution est rendue indis- pensable par les nouveaux usages numériques, de plus en plus demandeurs en bande passante car de plus en plus gourmands en données, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises, admi- nistrations, hôpitaux, écoles... Si les applications sont trop nombreuses pour être toutes énumérées, il existe cinq nou- veaux usages en particulier qui multiplient la demande : la vidéo en ligne, les visio-
sont les entreprises qui ont les besoins les plus pressants, simplement à cause du vo- lume de données générées. Ilenvademêmepourle Cloud computing et le Big Data : il existe une énorme différence entre stocker les photos d’un téléphone mobile et assurer le fonctionnement sur le nuage d’un logiciel de gestion d’une grande entre- prise de plusieurs centaines d’employés – en grande partie parce que « si un particulier
des plus dynamiques du monde », signale Jean-Fran- çois Hernandez. La France a l’un des meilleurs réseaux de la planète, en grande partie grâce au câblage téléphonique réalisé par France Télécom. Dans les villes, la plupart des gens disposent d’une, voire deux offres haut débit ou très haut débit ; en dehors des agglomérations, il y a l’ADSL, grâce au cuivre. Et les prix du triple-play sont plutôt bas comparés au reste
service plus exigeant, et sont des clients moins intéressants pour les opérateurs », estime
Samuel Triolet. U. représente en moyenne une douzaine de clients pour un opérateur : les grands locaux d’une entreprise situé en proche banlieue, un seul. Du coup, les offres sont plus chères, et les opérateurs moins enclins à investir de fortes sommes.
n immeuble
Jean-Marie Benoist
NOVEMBRE 2014 59

