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n°15
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE Haute résolution - Médecine ciblée et personnalisée
La guerre des données a commencé
L a conférence « L’in- novation thérapeu- tique, jusqu’où et à quel prix ? » qui se tenait ré- cemment à l’université Pa- ris-Dauphine, organisée par les étudiants du Master 2 Economie et Gestion de la santé, annonçait des débats instructifs. Elle a tenu toutes ses promesses. « Dans un contexte de maîtrise des dé- penses publiques, l’arrivée de médicaments toujours plus onéreux interroge sur l’égalité et l’équité dans l’accès aux soins des patients », résume Marjorie Pouch, l’une des élèves organisatrices, pour justifier du thème choisi. Ce- lui-ci a d’ailleurs sans surprise donné lieu à de vifs échanges, notamment entre des méde- cins comme le Pr. Jean-Paul Vernant, chef de service Hé- matologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, selon qui « certains médicaments du cancer atteignent un ni- veau de prix inacceptable ». Ce que réfute Joumana Hudry, directrice de l’évaluation mé- dico-économique chez GlaxoSmithkline, évoquant « un marché en décroissance,
à condition que les données puissent enfin être analysées...
L’innovation thérapeutique augmente la prise en charge financière pour la société. La médecine ciblée et personnalisée pourrait être une des solutions,
spécifiques selon les méta- bolismes ».
des médicaments ont été abor-
C’est une hérésie, il faudrait instaurer un paiement à la performance. Les meilleurs hôpitaux devraient être payés davantage, afin de faire émer- ger des centres d’excellence. Mais aujourd’hui nous fonc- tionnons avec une enveloppe fermée, et éprouvons toujours plus de difficultés à accueillir de nouveaux remboursements. Si nous voulons continuer d’innover et de pouvoir payer ces innovations, il faut ins- taurer plus de grilles et d’in- dicateurs », conclut Grégory Katz.
donc de subdiviser la popu- lation, pour ne plus adminis- trer de chimio à tout le monde. En Grande Bretagne on rem- bourse le test Compagnon as- socié à la thérapie ciblée. Une telle approche aboutirait au « pay for performance » dans le système français. « Le fa-
En 2025, médecin qui filtre tous ses patients susceptibles d’avoir une crise cardiaque dans les 10 ans...
coûteraient plus cher, mais tests Compagnon déterminant bricant du médicament pas- éviteraient nombre de com- si le profil de la personne est serait devant l’Autorité de plications, de rechutes et « répondant » au traitement, santé, obtiendrait le rembour-
mal à déployer une logique de partage, de remontée de l’information. Ainsi le Snii- ram, le système d’information de l’assurance maladie, ne laisse encore personne ana- lyser ses bases de données. Le Ministère semble récalci- trant, peut-être parce que des défaillances ou erreurs de remboursements/dérembour- sements seraient mises à jour, alors que les autorités de santé disposaient de données. C’est en tout cas le règne de l’opa- cité. « Les fabricants de mé- dicaments personnalisés ont donc du mal à prouver que leur produit a des effets bé- néfiques. Il faut laisser parler les data. Nous ne savons pas encore bien les analyser faute de compétences, et pour le masquer nous évoquons gé- néralement la sacro-sainte protection des données per- sonnelles », déplore Grégory Katz. La santé continue d’être traitée par grosses masses, sans nuance et données au- cune. Véritable tabou ? As- surément. Pour exemple les classements des hôpitaux dans la presse, qui prennent comme un des principaux critères la
dés, soient 1/5ème des dépenses
et, de 2005 à 2013, 10 mil- liards d’euros économisés par l’assurance maladie, dont 56% grâce aux labo- ratoires ». Une opposition classique, déplorée par Gré- gory Katz, professeur à l’Es- sec, titulaire de la chaire in- novation thérapeutique, lors de son intervention sur la mé- decine personnalisée. Pour le directeur de la Fondation gé- nérale de santé, « on se trompe de débat. La médecine per- sonnalisée va augmenter le coût de traitement par patient à l’instant t, mais le diminuer pour l’ensemble de la col- lectivité dans la durée ». Pour le spécialiste, « nous réagis- sons trop avec le cadre du XXe siècle, quand nous dé- ployions des traitements à grand échelle pour une po- pulation supposée homogène. Nous sommes entrés dans le XXIe siècle. Il est temps d’ad- ministrer des traitements per- sonnalisés, avec des doses
Les données génomiques massives constitueront la pierre angulaire du dossier médical de chacun, dématérialisé
BIENFAITS À VENIR DU SÉQUENÇAGE ÉNOMIQUE
Il est possible de réaliser le séquençage génomique pour moins de 1000 dollars. Dans cinq ans il passera sous la barre des 100 dollars. L’arri- vée de données génomiques massive constituera dès lors la pierre angulaire du dossier médical de chacun. Une so- ciété américaine donne déjà les probabilités de développer telle ou telle maladie en com- parant par rapport à la moyenne. Cette masse de données obligera à mettre en place le fameux dossier mé- dical dématérialisé et partagé. « Je suis optimiste parce que l’accès à ces données et la possibilité de les exploiter va renverser les idéologies, éviter la « bunkerisation » du monde de la santé face aux fabricants de médicaments dont les in- novations nous sont néces- saires », énonce Grégory Katz. La prévention, qui re- présente 7% des dépenses de santé en France, prendra toute sa place. En identifiant les prédispositions des patients,
58 NOVEMBRE 2014
DENIERS PUBLICS ÉPARGNÉS AU FINAL ? Les arguments des défenseurs de la médecine personnalisée portent sur l’économie des coûts cachés. Les traitements
ème de santé, occultant les 4/5
(frais d’ambulance, d’hospi- talisation, d’hospitalisation à domicile...), où de multiples économies pourraient être en- visagées. Dès lors les théra- pies ciblées, associées à des
et partagé, qu’on le veuille ou non
d’hospitalisation. « Avant de parler de prix, parlons de va- leur des traitements. Car au- jourd’hui leurs effets secon- daires sont ni plus ni moins la quatrième cause de morta- lité en Europe et aux Etats- Unis. Il importe d’intégrer dans les modèles mathéma- tiques le coût de l’hospitali- sation évité, voire le décès. Les indemnisations décès de l’Oniam sont d’ailleurs très lourdes », insiste Grégory Katz. Il faudrait donc raison- ner en coût global pour la santé publique, ce qui ne sem- ble pas être encore d’actualité dans l’Hexagone. Durant la conférence, seuls les coûts
semblent être une orientation d’avenir des plus ration- nelles... que d’autres pays ont déjà prise.
sement selon ce qu’il annonce, puis au bout de trois ans re- passerait devant une com- mission qui disposerait cette fois de data. Et selon le pour- centage de réussites et de re- chutes, le taux de rembour- sement serait maintenu ou diminué », imagine Grégory Katz.
consommation de gel hydro- alcoolique : les rankings se basent sur le risque de mala- dies nosocomiales ! Mais les patients qui ont un problème de prostate n’ont-ils pas plus besoin de connaître le taux de rechute dans tel établisse- ment ? Pour un cancer du sein, quelle est la possibilité que des métastases apparais- sent à nouveau, sachant que la qualité des instruments uti- lisés peut influencer la pro- babilité ? « Mais non, nous partons du principe que tous les hôpitaux doivent être considérés sur un pied d’éga- lité. La grille de rembourse- ment est la même pour tous.
LES EXEMPLES ANGLO-SAXONS
Aux Etats-Unis, sous l’égide de la Food and Drug Admi- nistration (FDA), 300 médi- caments sont associés à des biomarqueurs et des tests Compagnon. Ainsi selon leur profil les gens reçoivent un traitement approprié, pour que la molécule tienne ses promesses. Rappelons que 75% des médicaments onco- logiques sont inefficaces chez certaines personnes. Il s’agit
s res-
VERROU CULTUREL TRICOLORE À FAIRE SAUTER
Le problème est qu’en France les données empiriques d’hô- pitaux ne sont pas vraiment accessibles, contrairement à l’Allemagne, la Suède ou la Grande Bretagne. On a du
il sera possible de le. ponsabiliser. Au XXe siècle il s’agissait d’éviter l’appa- rition de la maladie, au XXIe siècle il s’agit d’éviter l’ap- parition du malade ! Mieux vaut s’y préparer dès main- tenant, en ne ratant pas le tsunami des data qui échoue déjà sur nos rivages...
Matthieu Camozzi


































































































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