Page 38 - EcoRéseau n°15
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n°15
CLUB ENTREPRENDRE Prospective - Le livre en 2050
Lecture papier, luxe de demain ?
En période de remise des prix littéraires, EcoRéseau imagine à quoi pourrait bien ressembler
le livre-objet dans 36 ans, compte-tenu des innovations actuelles aussi nombreuses que disruptives...
Une lecture aujourd’hui, une immersion demain ?
premier Persolivre. Au- jourd’hui tout le monde pos- sède ce guide de vie qui fait office de manuel de forma- tion, de bibliothèque univer- selle mise à jour automati- quement, de source de di- vertissements, de journaux quotidiens, de romans... Contenu dans une séquence d’ADN de synthèse, il est possible à tout un chacun, via une puce RFID sous-cu- tanée, de le consulter en per- manence sur de nombreux supports, soit embarqués, soit ambiants dans l’environne- ment extérieur. Tout peut de- venir un écran en puissance : un mur peut faire apparaître des textes ou des images. Mais pour l’heure Fred pré- fère utiliser le nanosupport initial, extensible aux dimen- sions que les conditions de lecture nécessitent. C’est d’ailleurs celui-ci qu’il saisit et ajuste autour de sa taille comme un plateau, pour une plongée en 3D dans la galaxie Gutenberg, un contenu pé- dagogique lui permettant de mieux cerner l’histoire des livres. Eludant les messages de ses camarades, il se ren- seigne une fois de plus sur les mystérieux codex. L’ado- lescent ne manquera pas de- main de suivre le robot-guide dans l’espace « ancien temps », où il pourra enfin apercevoir ces cahiers de pages imprimées, pliées, re- liées entre elles et protégées par une couverture. Il paraît que certains riches marginaux
Lorenzo Soccavo, chercheur et conseil indépendant en prospective du livre et de la lecture, conférencier et auteur entre autres de Gutenberg 2.0, Le futur du livre (M21 éd., 2007) et De la bibliothèque à la bibliosphère (Morey éd., 2011) :
« Découplage entre les contenus et leurs supports : le vrai changement »
Pourriez-vous résumer très brièvement les grandes évolutions du livre depuis son apparition ?
Il faut remonter aux temps des rouleaux de papyrus, des livres manuscrits sur parchemin, des imprimés sur papier dits incunables (1450-1501). S’est ensuite ouverte l’ère de l'imprimerie et de son industrialisation, puis son informatisation. Depuis le début des années 2000 les dispositifs de lecture se sont multipliés (ordinateurs portables, liseuses, tablettes...). Mais l’innovation vient surtout de nouvelles formes narratives, qui se cherchent encore autour du transmédia et du développement massif de l’autoédition et des
fanfictions.
Comment imaginez-vous le livre en 2050, dans les scenarii les plus fous ?
Avec l’évolution des objets connectés et de la réalité augmentée, nous allons passer à un autre niveau de lecture, plus immersif. En vérité nous sommes dans un livre, et c’est ce livre total, ce livre absolu qui émerge depuis juillet 1971, le premier texte e-incunable numérisé par Michael Hart, l’inventeur du Projet Gutenberg. C’est ce livre qu’est notre univers, qui se révèle lentement avec la grande convergence NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, intelligence artificielle et sciences cognitives) et qui va se cristalliser durant les prochaines décennies.Au vu des recherches actuelles nous pouvons imaginer une sorte de « livre-mentor », une espèce d’avatar sémantique de chacun, qui serait comme un guide de vie, un manuel de formation et une bibliothèque universelle. Il serait contenu dans une séquence d’ADN de synthèse et nous pourrions via une puce RFID sous-cutanée le consulter en permanence sur de nombreux supports, soit embarqués, soit ambiants dans notre
environnement extérieur.
SALON DU LIVRE
EN 2050
Fred, plongé dans les ténèbres de sa chambre d’adolescent en désordre, consulte une fois de plus la présentation du Salon du livre 2050. Ses yeux parcourent pour la énième fois le plan et les lignes explicatives illuminés par l’encre conductrice. De- main est enfin le grand jour, celui où il va enfin, par la première navette magnétique, se rendre avec sa classe au Salon du livre. Cette visite a
sont apparues les liseuses, tablettes et smartphones, as- surant confort de lecture et interactivité. L’e-ink, mis au point au MIT, a permis d’éli- miner le rétroéclairage qui fatigue la rétine. L’encre élec- tronique a été utilisée pour les liseuses, qui nécessitent une lampe de chevet comme un livre papier. Il a fallu at- tendre 2014 aux Etats-Unis pour que les ventes de ce qu’on nommait les e-books dépassent celles de livres im- primés. Cette époque devait
lisait pas de livre dans l’an- née. Dans les années 2010 heureusement l’écran est vé- ritablement devenu plus agréable pour les yeux, flexi- ble, pliable, léger. Une en- treprise issue du Laboratoire de physique de l’Université de Cambridge, Plastic Logic, a d’ailleurs mis au point, pour remplacer les puces en silicium, des puces en car- bone, ce qui les a rendues 90% moins chères et leur a donné de la souplesse. As- sociées à l’e-ink, elles ont
Le Persolivre ? Un guide de vie qui fait office de manuel de formation, de bibliothèque universelle mise à jour
automatiquement, de source de divertissements .
Quel sera le support privilégié ?
Nous verrons probablement une interface hybride conjuguant les avantages du papier et des écrans, au niveau de la souplesse et des capacités d’affichage. Peut-être à base de graphène, un cristal monoplan de carbone. Comme un rouleau, ou une feuille pliable et extensible aux dimensions que les conditions de lecture nécessiteraient... Mais je crois surtout que nous ne penserons plus alors en termes de supports. Ce qui caractérise aujourd’hui la métamorphose du livre, c’est précisément le découplage entre les contenus et leurs supports d’affichage. Demain, tout ce qui pourra être support d’affichage pourra potentiellement faire livre (table, vitre, miroir, pare-brise, murs et plafonds...). Plus de supports uniques.
Propos recueillis par J.T.
une saveur particulière pour être incroyable. Comment les permis l’avènement des pa- se payent encore aujourd’hui Fred, à qui son père serine auteurs pouvaient-ils se faire pier-écrans. Mais ceux-ci ont le luxe de posséder de tels depuis des années l’histoire connaître par le simple papier, vite cédé la place aux livres objets, durs à conserver, en- de sa famille, les Mergeron, sans marketing digital, sites en réalité augmentée, apparus combrants et qui peuvent qui ont pendant des décénies web, blogs, animation des en 2015 au Japon. C’était le brûler. Fred rêve de les tou- évolué dans les métiers de communautés de lecteurs, temps des Google Glass ou cher, les saisir, et par ce geste l’écrit. Ainsi il y a 50 ans projections d’hologrammes autres eGlass. Cependant, le renouer avec ses aïeuls... son grand-père était maquet- afin de connaître leur uni- support comme le contenu
tiste pour un journal papier, vers ? Pas étonnant qu’à ont vraiment muté dans les
cette matière oubliée autrefois l’époque les études révélaient années 2020, quand le père
essentielle à la lecture. Puis qu’un Français sur quatre ne de Fred a mis au point le Julien Tarby
38 NOVEMBRE 2014


































































































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