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n°15
PANORAMA International - Séparatismes régionaux en Europe
Les Etats désunis d’Europe
CEntre crise économique et affaiblissement des Etats, les séparatismes régionaux se font entendre en Europe de l’Ouest. Analyse d’un phénomène qui pourrait réinventer l’organisation territoriale européenne.
haque 11 septembre, de l’unanimité des pays mem- les Catalans célèbrent bres. Or, par crainte d’une la Diada, leur fête contagion, les 28 sont soli-
nationale. Depuis quelques daires dans la dénonciation
années, c’est aussi l’occasion, pour les indépendantistes, de démontrer la volonté popu- laire pour l’autodétermination grâce à des manifestations taillées pour le buzz. En 2012, un million de personnes ont défilé à Barcelone ; en 2013, une chaîne humaine de 400 kilomètres a traversé la région du Nord au Sud ; cette année, 1,8 millions de catalans ont formé une « senyera » (le drapeau à bandes rouges et jaunes) humaine de 11 kilo- mètres en forme de V dans les rues de la capitale régio- nale. Finalement, le 9 no- vembre, les Catalans de- vraient s’exprimer sur l’in- dépendance de leur région par référendum. La Catalogne est loin d’être un cas isolé en Europe, où les sépara- tismes régionaux gagnent en importance. Le 18 septembre dernier, si les Ecossais ont rejeté par référendum la sortie du Royaume-Uni, l’écart s’est avéré moins grand que prévu (55,3% contre 44,7%). En Flandre, au Pays Basque, en Galice ou dans le Tyrol du Sud, les partis autonomistes ou indépendantistes poussent aussi.
Manifestation pour l’indépendance à Barcelone pour la Diada
du séparatisme régional. « Les demandes d’autonomie obli- geraient les Etats à ouvrir de gros chantiers, alors qu’ils ont autre chose à penser au- jourd’hui », note Vincent La- borderie. Dans le cas de l’Ecosse, même si la négo- ciation aurait pu se faire en moins de deux ans, soit le temps prévu pour quitter le Royaume-Uni, en pratique les autres Etats se préparaient déjà à lui mettre des bâtons dans les roues pour faire traîner son adhésion. » Lors de sa conférence de presse de septembre, François Hol- lande a dénoncé les sépara- tismes : « On n’a pas fait l’Europe pour déconstruire les Nations ». Depuis que le Kosovo a déclaré unilatéra- lement son indépendance de la Serbie en 2008, l’Espagne se refuse à le reconnaître pour ne pas donner d’idées à la Catalogne. Le 25 mars, le Tribunal constitutionnel es- pagnol a aussi interdit le ré- férendum du 9 novembre en Catalogne. Au Royaume-Uni, si David Cameron a laissé les indépendantistes organiser leur consultation, il n’a pas hésité à brandir la menace économique pour dissuader les électeurs d’opter pour l’indépendance. Ainsi, le mi- nistre des Finances George Osborne déclarait-il en février que « si l’Ecosse quitte le Royaume-Uni, elle quitte la Livre sterling ». Une ma- nœuvre qui s’est avérée payante.
CRISE ET DIFFÉRENCES CULTURELLES
Comment expliquer la mon- tée de l’aspiration séparatiste en Europe ? La crise écono- mique exacerbe les tensions, alors que la plupart des ré- gions tentées par le grand saut sont généralement plus riches que le reste de leur pays. Ainsi, la Flandre réalise 57,5% du PIB et 79% des exportations belges. Avec 60% des entreprises du pays, son taux de chômage n’est que de 5%, contre 12% en Wallonie. Plus au Sud, avec 16% de la population espa- gnole, la Catalogne dégage 19% du PIB national et 26% de ses exportations. Les partis autonomistes sont surtout re- montés contre des transferts de richesse qu’ils jugent ex-
En Ecosse, la raison du sé- paratisme est davantage po- litique qu’économique : Edimbourg est aussi europhile
cessifs. Selon l’Alliance néo- flamande (N-VA), 6,7 mil- liards d’euros passent chaque année du nord au sud du sillon Sambre-et-Meuse. Se- lon la Generalitat catalane, les 8% du PIB régional trans- férés chaque année au reste de l’Espagne font chuter sa richesse par habitant sous la moyenne nationale. « La crise
vent même un système poli- tique différent. » Ainsi, les partis nationaux réalisent des scores modestes en Catalogne ou au Pays Basque, où l’on vote surtout pour des partis régionaux.
sité de Versailles Saint-Quen- tin, les velléités d’indépen- dance s’expliquent aussi par l’affaiblissement des Etats : « Leur souveraineté est déjà toute relative. Sur le plan extérieur, ils ont noué des relations fortes avec leurs voisins, notamment dans le cadre de l’OTAN pour leur défense ; et sur le plan inté-
de l’UE, les autonomistes et indépendantistes considèrent que l’étage de l’Etat classique n’est plus nécessaire », re- marque Vincent Laborderie. Pour résumer : aux régions la représentativité et le vi- vre-ensemble, à l’UE la puis- sance. Pour Julien Théron, « l’Etat-nation est un échelon qu’il faut conserver, mais ce n’est pas l’aboutissement ul- time de la construction de la politique transnationale en Europe ».
Les indépendantistes écossais, catalans et flamands aspirent tous à rejoindre l’Union européenne
BRAS DE FER DIPLOMATIQUE
Mais, si elles parvenaient à l’indépendance, ces régions pourraient-elles rejoindre l’Union européenne ? Lorsqu’un pays devient in- dépendant, il est exclu de toutes les organisations in- ternationales : elles devraient donc faire une demande d’adhésion à l’UE. « Tech- niquement, elles n’auraient pas de grandes difficultés. Politiquement, c’est une autre histoire », prévient Julien Théron. En effet, pour adhé- rer, un nouvel entrant a besoin
Malgré ces oppositions, une
18 NOVEMBRE 2014
L’UE PLUTÔT QUE LES ETATS
Pour Julien Théron, polito- logue et enseignant en poli- tique européenne à l’Univer-
a conduit à une raréfaction des ressources. Du fait des politiques de rigueur, l’aspect économique devient crucial et on veut retenir l’argent chez soi », remarque Vincent Laborderie, chercheur à l’uni- versité catholique de Louvain en Belgique et spécialiste en « séparation d’État ». Mais ce n’est pas le seul facteur, car ces régions ont surtout en commun une culture et une langue particulières, sou-
et progressiste que Londres est eurosceptique et conser- vatrice. « Contre la politique de rigueur de David Came- ron, les indépendantistes es- péraient parvenir à instaurer un Etat providence », ex- plique Vincent Laborderie.
rieur, ils ont transféré beau- coup de compétences aux ré- gions pour décentraliser la dette et réduire la pression de l’imposition nationale ». Surtout, « il est plus efficace de transférer à l’échelon eu- ropéen certaines compé- tences, comme la monnaie ». De fait, les indépendantistes écossais, catalans et flamands aspirent tous à rejoindre l’Union européenne. « Compte tenu de l’existence
vague de sép.
rope est-elle envisageable ? « Non, car les freins sont nombreux. Malgré la forte présence des indépendantistes lors du scrutin écossais, c’est la majorité silencieuse, plus conservatrice, qui s’est ex- primée », remarque Vincent Laborderie.
Aymeric Marolleau
aratisme en Eu-


































































































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