Page 62 - EcoRéseau n°13
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n°13
S& I
TRATÉGIE NNOVATION NUMÉRIQUE Haute résolution - Smart city



Smart City : pas trop vite quand même...







L’engouement pour les villes intelligentes se généralise grâce aux innovations numériques. 

Mais toutes les populations ne sont pas égales devant les nouvelles technologies. Mieux vaut pour

les collectivités en tenir compte...
T




outes les cités au- action (mais c’est particuliè- 
jourd’hui ont un pro- rement le cas avec les pas- 
jet de ville intelli- sives), une certaine résistance
gente. Le concept de Smart est prévisible. « Il peut être
City – l’expression anglaise difficile au début de convain- 
est utilisée plus souvent que cre les habitants. Mais au fi- 
son équivalente française –, nal, si tout le monde y trouve 
son compte, l’application se 
trouve son origine à l’inter- 
section de plusieurs évolutions répandra de façon virale », 
de la société. La première est estime Jules de Colombel. 
la métropolisation : les zones Cela suppose le bon mélange 
urbaines sont de plus en plus entre ergonomie et utilité. Par 
importantes, et leur population exemple, les services muni- 
est en augmentation, la ten- cipaux en ligne – comme 
dance n’étant pas près de l’obtention de son acte de 
s’inverser. Ce qui génère des naissance – sont plébiscités, 
problématiques liées à la sur- même avec une ergonomie 
population : dépenses d’éner- qui n’est pas toujours idéale. 

gie, pollution, congestion du Il reste encore un challenge 
trafic automobile... De plus, de taille pour les collectivités. 
la volonté, de plus en plus « Traditionnellement, la re- 
affirmée de devenir « propre » lation entre l’élu et les ci- 
et « durable » pousse à vouloir toyens est très maîtrisée, rap-
mieux consommer. En paral- pelle Philippe Fournand
 Or
lèle, l’évolution technologique le Web 2.0 ouvre une com- 
– la Cloud, la mobilité, le munication beaucoup plus li- .
Big Data, les réseaux so- bre et ouverte. » Ce qui, les 
ciaux... – offrent de nouveaux "L'administration dit que les nouvelles technos la rendent plus réactive. Mais personne ne répond à mes télégrammes. Fonctionnaires !"
hommes étant ce qu’ils sont, 
outils et usages pour attaquer veut dire par exemple que numérique, même si l’appa- vent être organisées en mairie. Une notion qui met un certain et mises en place adoptent 

ces problématiques. « Le but tout espace de discussion pu- rition des tablettes et des Mais la mobilité ne concerne nombre de personnes mal à encore très souvent une ap- 
poursuivi est double : que blic risque de se transformer smartphones a beaucoup œu- qu’une partie des applications l’aise.
proche descendante », sou- 
les gens vivent mieux, et que en cour des lamentations. Et vré à la réduction des écarts. envisagées. Celles liées à la ligne Philippe Fournand, ma- L’
les nouveaux usages permet- il va falloir la maîtriser.
En effet, malgré leur prix gestion de l’énergie deman- nager chez Algoe, un cabinet UTILITÉ CRÉE ’
tent des économies pour les élevé, la pénétration de ces dent un niveau d’équipement de conseil aux collectivités. LADOPTION
villes », explique Philippe terminaux est très importante du logis qui est loin d’être Quel que soit le type d’inter-
Les interactions avec les ci- 
Sahjau, vice-président Smarter (au-delà de 60% en France), généralisé, particulièrement toyens peuvent se dérouler Jean-Marie Benoist
Cities au sein de IBM France.
toutes générations confon- pour le logement social. La de trois façons. Elles peuvent 
dues. Et la technologie tactile, seule solution, malheureuse- être passives, comme le suivi 
RETARDS ET notamment, a rendu les usages ment coûteuse, est la réno- quotidien de leurs déplace- 
Organisation
« Un aspect à ne pas 
CRAINTES
plus aisés à apprivoiser pour vation. ments pendant une certaine 
Si une part importante des tout le monde. « Pour résou- négliger est la sécurité des durée. Les données récoltées Smart signifie la fin des silos
services envisagés s’adresse dre le problème de l’accès données, souligne Philippe sont analysées, et le réseau 
aux entreprises, d’autres veu- au numérique, on peut ima- Sahjau. C’est un facteur im- de transport ajusté. Les in- 
lent installer un échange avec giner du mobilier fixe urbain portant pour rassurer les ci- teractions peuvent être ac- Les objectifs des projets de Smart City sont ambitieux, et donc 
les utilisateurs privés : les
qui donne le même type d’ac-
toyens. » Car il reste encore
tives : le citoyen apporte vo- difficiles à réaliser. Instaurer un service et un échange pour les 
lontairement une information Actuellement on fait encore l’impasse sur citoyens ne suffit pas : il faut aussi que l’organisation puisse suivre 
spécifique, par exemple le derrière. Par exemple, le site Fixmystreet, qui a vu son concept 
signalement d’une fuite d’eau. « l’empowerment » : l’intelligence collective décliné un peu partout dans le monde, permet aux habitants de 
Le troisième type d’interac- signaler des problèmes – nids de poule, réverbères cassés... – à 
tion – appelé parfois empo- la collectivité locale pour qu’elle les règle. Mais les services de 
est évoquée, mais l’approche est encore voirie sont organisés, le plus souvent, de façon industrielle, avec 
werment – est le plus pro- des plans de charge : ils doivent respecter un certain nombre de 
metteur d’un point de vue très descendante
économique, mais aussi le contraintes. Une interaction plus directe avec la population – qui 
plus complexe à mettre en espère à la clé des réactions rapides, aussi rapides en fait que le 
place. Il consiste à rendre fait de signaler le problème – perturbe cette organisation, ce qui 
utilisables par tous les don- nuit à son efficacité, et entraîne du coup une mauvaise perception 
nées sur le fonctionnement du nouvel outil.
habitants, les salariés des en- cès aux services développés, un problème : la peur de Big 
de la ville (par exemple sur Par ailleurs, rassembler les données en provenance de multiples treprises implantées locale- dans des endroits straté- Brother. Pour être efficace, 
les transports). « On fait un sources publiques et privées est très complexe. C’est pourtant ment, les touristes, les mem- giques », décrit Jules de Co- une ville intelligente suppose 
peu l’impasse sur l’empo- indispensable si l’on veut construire des solutions et des bres des équipes munici- lombel, directeur du pôle Pu- le partage et l’exploitation de 
werment : l’intelligence col- applications de qualité, ou permettre aux citoyens de le faire. pales... Et dans cette popu- blic Power EMEAS chez toutes les données utiles, y 
Cela explique pourquoi, de plus en plus souvent, les projets de 
lective est souvent évoquée, Smart City sont menés par une direction transverse, alors lation très diversifiée, tout le Schneider Electric. Et des compris celles concernant le 
mais les politiques annoncées
qu’auparavant les projets étaient développés en silos.
monde n’est pas égal face au
formations au numérique peu-
comportement des habitants.

S2014
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