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ANORAMA Régions & Territoires - spécial Brésil
La ville pieuvre
Jusqu’à maintenant cette rubrique était
consacrée à des villes françaises et à leurs
territoires alentours. EcoRéseau ne déroge
pas à la règle avec São Paulo : 30 000 Fran-
çais vivent au Brésil, dont 10 000 dans cette
mégapole de 21 millions d’habitants. uu
Bouillonnante d’activité, fascinante, mais
Des entreprises françaises bien implantées
São Paulo regroupe plus de 62% des sièges des filiales françaises im-
Le design made in Brésil
Le pays met en avant ses créatifs, vrais ambassadeurs de
Saussi inquiétante, la cité pauliste doit relever
plantées au Brésil, notamment dans les secteurs suivants :
sa culture, qui exportent outre les frontières latino-améri-
le défi de son urbanisation galopante...
- Mobilité urbaine : travaux de la ligne 4 du métro de São Paulo par caines une identité forte qu’ils revendiquent haut et fort au
RATP Dev en partenariat avec le brésilien CCR ; financement de la travers de sublimes œuvres, éclatantes de bonne humeur.
ligne 13 du réseau CPTM par l’Agence française de développement. Le design brésilien véhicule une image de joie, d’ouverture
- Urbanisme : participation d’architectes et urbanistes français au pro-
ão Paulo, poumon économique, industriel et fi- vers le monde, ainsi qu’un message de fraternité ; un brin
nancier du Brésil, principal centre d’affaires de jet Arco Tietê.
extravagant, c’est là l’incarnation principale de l’ADN bré-
toute l’Amérique Latine. L’activité économique
- Tourisme : attribution de la concession du centre d’exposition Imi-
silien. Quelques noms incontournables à retenir : Etel Car-
trépidante y fait migrer beaucoup de Brésiliens et grantes à GL Events ; omniprésence du réseau Accor, premier opé-
mona, Gezo Marques, Carlos Motta, sans oublier les frères
d’Européens. « On y vient pour faire de l’argent, pas rateur hôtelier au Brésil et à São Paulo.
du tourisme », nous confie cet entrepreneur français. Campana très présents sur la scène internationale. Aucun
Selon le site My Little Brasil créé par deux françaises, ne se destinait à être designer. L'un a été avocat, l'autre ar-
- Environnement : contrat de coopération entre la région Île-de-France
São Paulo fait ainsi partie des villes les plus chères chitecte. Enfants, ils ramassaient des coquillages sur les
et la ville de São Paulo dans les domaines de l’environnement, de la
d’Amérique Latine. Ses atouts ? Un réseau urbain plages et des morceaux de bois aux alentours de la ferme
mobilité urbaine et de l’urbanisme. Le contrat a été signé en décem-
dense, un niveau de formation élevé, le dynamisme familiale, à 200 km de São Paulo. Ensemble, ils s'amu-
bre 2013, lors du voyage officiel de François Hollande au Brésil.
de ses entrepreneurs, un optimisme à toute épreuve. saient à fabriquer des objets bizarres... Dans leur atelier,
« Sampa » n’est pas une ville axée sur le tourisme. Fernando et Humberto Campana conçoivent un design « u
Mais on y travaille. Selon le magazine São Paulo tiré de la rue », avec pour matériaux de prédilection des
Outlook, les visiteurs internationaux ne représentent Culture : la Biennale de São Paulo
São Paulo
La ville fête cette année la 31e édition de sa Biennale, qui se tient objets de récupération. La culture du Brésil est leur princi-
en effet que 10% du tourisme de la ville, alors que pale source d’inspiration : la di-
chaque automne d’une année paire. Créée en 1951 par l'industriel italo-
20% viennent des autres États du Brésil et que 70% versité des influences, la mixité
brésilien Ciccillo Matarazzo, c'est
sont ici pour affaires.
la deuxième plus ancienne bien-
Mais pour São Paulo le développement a un prix.
sociale, l’économie de moyens
nale au monde, après celle de Ve-
et l’artisanat. Les frères des-
nise (1895). « La Biennale de São « Même si elle a tendance à ralentir, la croissance
igners ont présenté leur pre-
Paulo est une des plus grandes urbaine y a été délirante », explique Guillaume Si-
mière exposition parisienne «
expositions d'art au monde. Nous baud, directeur de l’agence d’architecture franco-bré-
Barroco Rococo » l’année der-
voulons consolider São Paulo silienne Triptyque. Établie à São Paulo depuis 2000
nière au Musée des Arts Déco
comme pôle artistique », a dé- et à Paris depuis 2008, Triptyque se confronte aux
de Paris, suscitant un véritable
claré le président de la Fondation problématiques de la ville émergente, à l’urgence de
engouement. Nul doute qu’ils
développer une démarche modifiant l’évolution des
seront présents en août pro-
Biennale, Heitor Martins. En espaces urbains et du bâti contemporain. « La struc-
chain pour la deuxième édition
2012, elle avait accueilli 130000 ture urbaine se diversifie de plus en plus. Les fron-
de la DW’ (São Paulo Design
visiteurs et 111 artistes venus du tières entre quartiers, restées longtemps poreuses,
monde entier (plasticiens, archi-
s’érigent et isolent les beaux quartiers, les quartiers
Weekend), sorte de « Fashion Week » des designers, pres- résidentiels des classes moyennes et les quartiers po- tectes, compagnies de théâtre, chorégraphes). Le 6 septembre 2014, au
sentie comme le plus grand évènement international de ce pulaires ponctués d’immenses ensembles de loge- milieu d’une vraie jungle urbaine, la foule se pressera dans le parc d’Ibi-
type en Amérique Latine.
ments sociaux », analyse l’architecte. Les favelas, en rapuera en direction du MAC (Museu de Arte Contemporânea) – ce
augmentation constante, caractérisent ce tissu urbain. long bâtiment dessiné par Oscar Niemeyer (1907-2012), architecte star
Les plus grandes d’entre elles font l’objet de régula- du modernisme brésilien. Pour cette 31e édition, São Paulo a choisi le u
risation foncière et d’équipements nouveaux comme thème du voyage par l'art et dans l'art.
De grands projets urbanistiques
La municipalité de São Paulo a entrepris depuis une dizaine
Heliópolis, la plus grande favela de la ville d’années de repenser la ville et de créer de nouvelles dyna-
(120000 habitants). En perpétuelle construction, São miques économiques et humaines. D’anciens quartiers in-
Paulo est également une cité marquée par la ségréga- u
tion et la fragmentation. Les immeubles de luxe et les dustriels en friche au centre-ville ont été réaménagés afin Ubifrance, au service des entreprises françaises Ubifrance Brésil est née en septembre 2010, mais la présence de
hypermarchés surveillés par des gardes privés for- d’inverser les flux migratoires et d’encourager le retour en l’agence française de développement international y est bien plus an-
ment des îlots économiques modernes clos par des centre-ville de la classe moyenne qui vit aujourd’hui en pé- cienne, car la structure a hérité du réseau commercial des Missions
murs, qui sont autant de barrières contre les pauvres riphérie, loin des centres d’affaires. Plusieurs projets ont vu Economiques (présentes au Brésil depuis des décennies). La mission
et les exclus. « Depuis cinq ans, les acteurs du mar- ché immobilier réagissent, des règles se mettent en le jour : Arco Tietê (réaménagement d’une zone équivalente
place »« la vitesse à l’ile de Manhattan) ; SP2040 (grand projet de réflexion d’Ubifrance est d'accompagner les entreprises françaises dans le cadre
, constate Guillaume Sibaud, mais de croissance des villes du Brésil a été trop rapide, il sur l’avenir de la ville) ; BHNS (construction de nouveaux de projets export ou de projets d'implantation. Ubifrance possède deux
faut maintenant du temps »couloirs de bus à haut débit). L’Etat de São Paulo a de son bureaux au Brésil, à Rio de Janeiro, mais aussi à São Paulo. Et pour
. Néanmoins, la mairie a côté participé au financement de la Casa Paulista (construc- cause : la France compte plus de 600 filiales au Brésil, qui emploient
récemment lancé des chantiers encourageants comme tion de 20000 logements au centre-ville pour des familles environ 500000 personnes. 62% se trouvent dans la cité pauliste. Les
l’actualisation du plan directeur de la ville (datant de 2002) et un projet de transports ambitieux. Mais le de classe moyenne), de projets liés à la mobilité urbaine équipes (30 personnes au total) sont réparties en quatre grands pôles :
Brésil n’échappe pas une réalité mondiale : les mu- Agrotech (agrobusiness et équipements agricoles), MHS (mode, habi-
nicipalités n’ont plus d’argent, l’Etat non plus. Et de- (construction de nouvelles lignes de métro et de monorails) tat, santé), ITI (infrastructures, transports, industrie, énergie, environ-
main ? Selon Jean-François Ambrósio, conseiller ainsi qu’à des travaux d’assainissement (dépollution du nement) et NTIS (nouvelles technologies, télécoms, services).
d’Ubifrance au Brésil, « l’enjeu des prochaines an- fleuve Tietê).
nées sera la mobilité urbaine, dans une ville où les
transports ont été pensés et définis sur une dominante Un attrait pour les investisseurs
« voiture », mais aussi l’aménagement des anciens Ville des superlatifs
quartiers industriels en friche et la reconquête du
centre-ville par la classe moyenne ».
Véritable jungle urbaine avec ses six millions d’au-
tomobileset ses hélicoptères zigzaguant entre les
buildings, São Paulo reste un lieu de vie et de culture - São Paulo, ville de l’argent et du pouvoir, mais aussi ville du - 4èmevilleaumondeoùlespersonnessontlesplusgentilles
.
formidable où le charme des Brésiliens opère comme sport de haut niveau : quatre équipes de football en première et agréables, selon le Reader's Digest.
partout ailleurs au Brésil. La ville possède un patri- division ; des centres de formation renommés ; berceau - Elle possède la plus grande flotte d'hélicoptères au monde.
moine culturel et architectural remarquable, ce qui lui d’Ayrton Senna, triple champion du monde de Formule 1, - São Paulo a le cinquième plus grand jardin zoologique du
vaut le titre de capitale culturelle du Brésil. « São
Paulo ressemble à New York il y a 20 ans. Une ville dont on célèbre cette année le 20ème anniversaire du décès.
monde.
hyperactive, un peu intimidante par sa dimension, - Elle est la plus grande ville de l'hémisphère sud.
- La rue Oscar Freire est une des huit plus luxueuses du
mais stimulante car elle est traversée par une colos- - São Paulo est surnommée la capitale des Italiens car elle y monde, selon le magazine Mistery Shopping International.
sale énergie qui se ressent dès que l’on débarque de abrite la plus grande communauté italienne du monde, 6 mil- - Le plat le plus consommé dans la ville est la pizza, en
l’avion. »
lions d’habitants (Milan, la plus grande ville d'Italie, en
concurrence avec New York, avec une production d’ 1 mil-
lion d'unités chaque jour.
compte 4,3).
Anne Diradourian
J2014
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UIN

