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ANORAMA Hexagone - spécial Brésil

France-Brésil, couple... en devenir







ruées sur les terres brésiliennes, la France ne fait pas Si les entreprises hexagonales se sont depuis longtemps

vraiment rêver les investisseurs sud-américains. Explications avec deux acteurs-clés du couple franco-brésilien.

I



Par Catherine Quignon
taines idées reçues sur la France ont la ssu d’une famille d’origine portu- 
*
peau dure : « Les Brésiliens considèrent gaise, Olivier Costa vit une histoire de 
qu’il existe des lourdeurs administratives longue date avec le Brésil. Ce luso-
phone de 40 ans est avocat associé du ca- et que le droit social y est trop lourd », re- 
Philippbinet lyonnais Bismuth, en charge du grette Olivier Costa. Des a priori non jus- e Lecourtier
« Brasilian Desk », bureau qui s’occupe de tifiés aux yeux du président du Brasil 

l’accompagnement juridique des entre- Business Club, qui estime qu’il y a un « ef- 
prises françaises au Brésil, et inversement. fort de pédagogie à réaliser du côté fran- ancien ambassadeur de France au 
Ses contacts réguliers avec les milieux çais ».
d’affaires brésiliens l’ont propulsé à la tête Brésil et président du conseil Un effort qui doit être aussi mené du côté 
du Brasil Business Club, qu’il a contribué des entrepreneurs hexagonaux souhaitant 
àcréerilyaunpeuplusd’unan.«On d'administration de la Chambre s’implanter au Brésil, pas toujours au fait 
s’est aperçu qu’il y avait un vrai besoin de commerce du Brésil en France de la réalité du pays. Olivier Costa les met 
d’information des entreprises françaises en garde : « Pour lutter contre la corrup- 
sur le Brésil, et que nul club d’affaires L
(CCBF)
tion, le Brésil s’est doté d’un lourd arsenal
franco-brésilien
Si énormément «législatif et régle- 
n’y répondait »,
mentaire », pré- 

de Brésiliens se explique-t-il. Im-
vient-il. Les coûts 
planté à Lyon, le
du travail et d’im- a France est le 4ou 5inves- gient le Mercosur ainsi que leur entourage 
rendent en France club rassemble
portation peuvent e e tisseur au Brésil et près de 600 géographique immédiat, comme les Etats- 
une quarantaine
également être pé- entreprises françaises y sont
Unis. » Mais le Brésil semble aussi favoriser 
implantées », se félicite Philippe Lecourtier. d’entreprises sur
nalisants : « Le ses relations avec d’autres partenaires au 
pour les vacances, toute la France.
protectionnisme 
Une réussite à laquelle l’ancien ambassadeur Fin connaisseur
brésilien et les sein des BRICS : « Du fait de la forte de- 
peu viennent
n’est pas étranger. Né en 1941 à Neuilly-sur- de la culture luso-
taxes discrimina- mande de l’Asie en matières premières, le 
Seine, ce fils d’une famille de juristes opte phone, Olivier
toires à l’entrée Brésil a beaucoup développé ses relations 
y investir
pour une carrière diplomatique après le par- Costa peut témoi-
sur le territoire avec ce continent », confirme ce fin connais- 
cours classique Sciences Po-ENA. L’homme des marchandises seur du pays. La Chine est aujourd’hui le 
enchaîne les missions à Rome ou Tokyo, gner des liens
deuxième partenaire commercial du Brésil. 
puis se voit chargé de suivre le dossier du forts qui unissent
et des produits Le pays a aussi son regard tourné vers le 
Pacte de stabilité. Il est ensuite nommé am- le Brésil à l’Hexa-
sont une réalité ».
continent africain, « en particulier vers 
Ces taxes ont d’ailleurs incité l’UE à de- bassadeur au Brésil, fonction qu’il occupera gone : « Il y a une vraie affection du peuple l’Afrique lusophone, l’Angola et le Mozam- 
mander en décembre dernier l’ouverture de 1995 à 2000. « Le pays venait de se doter brésilien pour la France et les Français. bique », indique l’ancien ambassadeur.
d’une enquête auprès de l’OMC.
d’un nouveau prési-
Les Brésiliens aiment dire qu’ils ont une 
Malgré le ralentissement de son économie, frontière commune avec la France grâce à La France est Les relations franco- 
le Brésil demeure une terre d’avenir aux dent, Fernando Hen-
la Guyane ». Le savoir-faire hexagonal a brésiliennes ont-elles 
yeux d’Olivier Costa : « Le pays représente rique Cardoso, qui a
également la cote : « L’Hexagone est perçu le4eou5e
souffert de l’acces- 
une porte ouverte sur tout le continent sud- ouvert une nouvelle
comme un pays de culture, de raffinement sion à la présidence .
américain, souligne-t-il. Par ailleurs, il phase dans la vie
et de bon goût. Les compétences et le sa- en 2011 de Dilma 
économique du Bré-
Rousseff, réputée investisseur 
possède un marché intérieur de 200 mil- sil », se remémore
voir-faire des Français sont reconnus, no- plus panaméricaine 
lions d’habitants et une classe moyenne Philippe Lecourtier.
tamment dans l’ingénierie ou que son prédéces- auBrésiletprès
qui se développe. De plus, la croissance L’ambassadeur tra-
l’aéronautique ».
seur ? L’échec de la 
demeure ». Selon la Banque centrale bré- vaille alors à favori-
vente du Rafale au Mais ces clichés ont leur revers : « La de 600 entreprises 
silienne, le produit intérieur brut du Brésil
ser l’entrée des
Brésil, en décembre France est d’abord considérée comme une 
terre de tourisme. Si énormément de Bré- devrait progresser de 2% cette année.
entreprises françaises
dernier, pourrait le siliens s’y rendent pour les vacances, peu françaises y sont 
sur un marché brési-
laisser penser. En viennent y investir... » Sans surprise, cer-
lien en pleine libéra-
dépit de la visite du implantées
lisation. C’est donc
président François 
naturellement qu’il
Hollande au Brésil à 
prend les rênes de la
la fin 2013 et des Olivier Costa
CCBF dès sa création
contrats remportés
en 2009, après une dernière nomination en par Total, Areva ou encore Arianespace à 
tant qu’ambassadeur au Liban et la conclu- cette occasion, l’intimité du couple franco- 
sion de sa carrière publique au Conseil brésilien semble avoir reculé d’un cran après
président du Brasil 
d’Etat.
la lune de miel Lula-Sa
rkozy.Enbondiplo-

Si la France peut se targuer d’une forte pré- mate, Philippe Lecourtier réfute cette idée Business Club
sence dans ce pays, l’inverse est moins vrai : : « Dilma Rousseff continue dans la ligne de .
« Seule une dizaine d’entreprises brési- ses prédécesseurs et la coopération demeure 
liennes sont présentes sur notre territoire », toujours très forte entre les deux pays » af- 
regrette Philippe Lecourtier. Un déséquilibre firme-t-il. L’ancien ambassadeur met en 
que le président de la CCBF impute au avant les atouts de la France : « Nous 
manque de maturité économique du pays. sommes l’un des pays qui investit le plus *
« L’internationalisation des entreprises bré- dans la R&D. Le Brésil a la ressource, nous 
siliennes n’est pas encore aboutie, souligne- avons la technologie ».
t-il. De plus, elles ne pensent pas forcément 
à venir en Europe ou en France et privilé-


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