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ANORAMA Grand Angle - spécial Brésil

Environnement : je t’aime moi non plus...







Or vert, café, pétrole, minerais... Les matières premières ne sont pas étrangères au « miracle brésilien ». 

Mais l’exploitation intensive des ressources naturelles n’est pas sans conséquences, 

notamment pour la forêt amazonienne.
C




e 29 novembre 2012, qui lui offre une très grande teur mondial d’éthanol, le investissements d’exploita- pays émergents. Son PIB par d’âge est de 27 ans – le cin- 
avec sa coiffe de diversité d’écosystèmes » ex- biocarburant qui fait rouler tion, le géant de l’or vert, habitant est passé de 7522 quième pays le plus peuplé 
plumes jaunes, son plique Hervé Théry, directeur 80% de son parc automobile, qui survient à ses besoins dollars en 2003 à 11 800 dol- du monde aura besoin de
collier bleu, ses pendentifs de recherche au CNRS- et avec 255 millions de kilo- pétroliers depuis 2006, pour- lars en 2011. toutes ses forces pour tra-
d’oreille blancs et sa lèvre Creda, qui vient de publier watts, il possède le premier rait ainsi devenir un géant Un bémol toutefois dans le verser le siècle. Or, depuis 
inférieure agrandie depuis Le Brésil, pays émergé (éd. potentiel hydroélectrique du de l’or noir et avoir son rond « miracle brésilien » : c’est les années 1970, l’Amazonie 
ses 15 ans par le labret, le Armand Colin). En 2010, monde. Une hydroélectricité de serviette à l’OPEP à l’ho- un colosse aux pieds d’argile a déjà perdu 18% de sa sur- 
chef Raoni dénote sur le per- dans un article du Monde qui représente d’ailleurs 86% rizon 2020. Le Brésil est qui dépend trop de ses ma- face à cause des barrages hy- 
ron de l’Elysée, à côté d’un Diplomatique, le géographe de la production totale d’élec- aussi la sixième plus grande
tières premières. Le ralentis- droélectriques, de la progres- 

François Hollande en cos- sement de la croissance chi- sion des cultures de soja et L’exploitation de ces fabuleuses ressources 
tume cravate. Comme depuis noise et du commerce mon- de la déforestation. Les épan- 
quatre décennies, le chef tri- dial ont brisé son élan : alors dages aux pesticides provo- n’est pas toujours compatible avec la 
bal est en tournée interna- qu’elle était de 7,5% en 2010, quent d’importants problèmes 
tionale pour défendre la forêt sa croissance est tombée à écologiques et sanitaires. Le préservation de l’environnement
amazonienne et les peuples 0,9% en 2012 et 2% en 2013.
développement de la culture 
qui y vivent. Cette fois, c’est de la canne à sucre entre en 
le projet de la présidente concurrence avec les cultures DÉFORESTATION
Dilma Rousseff d’ériger le vivrières, et l’éthanol pro- Mais surtout, l’exploitation 
barrage hydroélectrique Belo voque une pollution au souf- Nieves Lopez Izquierdo et tricité du pays. Grâce à une nation minière.
de ces ressources et la stra- 
Monte, dans l’Etat du Parà, fre, facteur de réchauffement l’ethnologue Federico Labanti culture agricole qui couvre En 2011, cette abondance de tégie de développement pro- 

qui a fait quitter sa retraite climatique. En outre, « la ré- recensaient les atouts du 4 fois la France, il est aussi ressources en a fait la sixième ductiviste adoptée par le Bré- 
au fringuant octogénaire. La cente réforme du code fo- « Géant vert », qui « regroupe un géant de l’agrobusiness, puissance économique du sil ne sont pas toujours com- 
construction de ce barrage restier a marqué d’importants 28% des forêts primaires du exportant soja, sucre, café et globe, devant le Royaume- patibles avec la préservation 
sur le Rio Xingu, débutée en reculs dans la préservation globe, un tiers des forêts tro- éthanol. Ses mers recèlent Uni. Les matières premières de l’environnement. Plus 
janvier 2012 et qui se termi- de l’Amazonie » regrette Neli picales et plus de 20% du aussi de douces promesses, représentent en effet 50% qu’ailleurs, la définition du 
nera en 2015, inondera une Aparecida de Mello-Théry, flux superficiel d’eau douce. »
puisque le groupe pétrolier
des exportations du pays, qui
Rapport Bruntland prend ici
surface de 500 kilomètres professeure au département 
carrés, entraînant la dispari- de gestion de l’environnement 
tion de plusieurs espèces rares de l’Université de Sao Paulo. 
et le déplacement de 25 000 Toutefois, il serait injuste de 
indigènes. Un épisode parmi croire que le Brésil se désin- 

tant d’autres qui illustre le téresse de la préservation de 
dilemme du Brésil, déchiré son écosystème. Au début 
entre la préservation de son des années 2000, c’est même 
incomparable richesse natu- devenu une priorité, puisque 
relle et la nécessité de la la déforestation est passée 
croissance, alors que les iné- de27000km2en2004à 
galités sont criantes et que 6000 km2 en 2011. L’objectif 
chaque ralentissement me- est d’atteindre 3500 km2 de 
nace la paix sociale. En 2012, déforestation annuelle en 
la ministre de l’écologie Iza- 2020. Le pays possède le 

belle Texeira déclarait ainsi : plus grand territoire protégé 
« Le Brésil veut protéger du monde, avec 2,4 millions 
l’environnement tout en conti- de km2, soit 28% de son ter- 
nuant à produire des ali- ritoire. En outre, il exige de 
ments ». Dit comme ça, com- ses agriculteurs qu’ils pré- 
ment lui en vouloir ?
servent au moins 20% de fo- 
rêt native sur leurs terres, et GV
est un champion du recyclage ÉANT ERT
(50% du papier consommé Il faut reconnaître que la carte 
et 96,5% des canettes ven- postale ne manque pas de 
dues). Rio de Janeiro a aussi charmes. Le pays de la « mé- 

hébergé deux Sommets de
gadiversité » héberge 63% 
des 6 millions de km2 de la 2 et en 2012
la Terre, en 199
forêt amazonienne, et avec (Rio +20). Peu de pays peu- 
elle 2,5 millions d’espèces 2 Le pays de la « mégadiversité » héberge 63% des 6 millions de km
de la forêt amazonienne
.
vent en dire autant. « Bien 
d’insectes, 40 000 de plantes, sûr, les défenseurs de l’envi- 
1294 oiseaux, 427 mammi- ronnement peinent encore à On ne porte par le surnom Petrobras a récemment dé- a particulièrement profité du tout son sens : « le dévelop- 
fères, sans compter poissons, s’imposer face aux puissants de « poumon de la planète » couvert plusieurs gisements « supercycle des commodi- pement durable est un déve- 
reptiles et autres invertébrés. lobbys agricoles, mais ils pour rien.
offshore géants au large du ties » entamé au milieu des loppement qui répond aux 
« Le Brésil doit sa richesse font avancer la cause pas à Dame Nature a été généreuse pays, comme Tupi en 2007 années 2000 avec la hausse besoins du présent sans com- 
naturelle à sa taille – c’est pas » assure Neli Aparecida avec le Brésil, qui a su en (5 à 8 milliards de barils spectaculaire des cours du promettre la capacité des gé- 
le cinquième pays au monde de Mello-Théry
tirer le meilleur parti : grâce équivalent) et Libra en 2010 pétrole, des métaux et des nérations futures à répondre 

par la superficie – et son à ses champs de canne à su- (8 à 15 milliards de barils produits agricoles sous l’effet aux leurs ». Avec une popu- 
étendue latitude-longitude,
cre, il est le premier produc-
équivalent). Après de lourds
de la croissance des grands
lation très jeune – la moyenne
Aymeric Marolleau
J2014
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