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Grand Angle ANORAMA







Aubert. « Le collaboratif, sont en retrait. « Les entreprises de la confiance. » Les trahir, 
l’horizontalité, le développe- familiales sont plus à mêmes imposer un cadre figé basé 
ment en mode projet n’ont d’intégrer ces mutants car elles sur la subordination, les em- 
pas pour simple but de satis- ont pour elles la durée, qui pêcher d’être co-acteurs, sera 
faire les Z », insiste Monique reste un paramètre essentiel. motif de rupture. C’est la fin 
Dagnaud. Ces pratiques sont Malgré l’apparence de zapping des beaux discours. Les Z de- 
tout simplement des prérequis permanent, ces jeunes sont en manderont des preuves d’au- 
à l’adoption du tout numé- quête de stabilité, de durabi- thenticité, d’éthique, de sens. 
rique, qui gagne tous les sec- lité », affirme Didier Pitelet. Tout le contraire de la logique 

teurs selon Franck Pasquet, Surinformés sur les entreprises « dominant-dominé », de cen- 
directeur associé du cabinet qu’ils courtisent, ils sont plus sure et de contrôle qui a fa- 
de chasse Arrowman : « Le attentifs à l’environnement et çonné les organisations jusqu’à 
digital n’est pas seulement au management proposés. présent. Avec ces bataillons
l’intégration de nouvelles tech- « L’arrivée des Z correspond reprise entre
de Z à venir, l’ent
nologies, il implique des chan- à la réhabilitation des mana- de plein pied dans l’ère de la 
gements culturels et organi- gers, comme guides et accom- .
coresponsabilité, en matière 
sationnels : vitesse accélérée pagnateurs de proximité, alors de gestion, de détention de 
dans la prise de décision et que les trentenaires ont été l’information, de maîtrise de 
donc hiérarchies plates, visi- transformés en chefaillons dés- l’image et de réputation. Un 
bilité décuplée, obligation humanisés », insiste Didier Pi- "Allez les gars, aujourd'hui c'est portes ouvertes, il va falloir sduire du Z ! "
vecteur de remise en question 
pour les managers d’acquérir quences lorise d'abord une économie 
telet. Les Z ont des convictions éde l’intérieur qui peut bousculer », révèle Laurent Bi- corollaire qu’ils sont peu po- 
une culture large et pas seu- plus assumées que leurs aînés, les codes et apporter un chan- bard. Un constat corroboré de rentes et de statuts, et est litisés, mais ont une forte 
lement une expertise... »
ce qui annonce des tensions, gement salutaire.
par Clémence Aubert, ensei- rivée davantage sur les di- conscience de l’autre et esti- 
mais aussi un renouveau. « Les gnant chercheur en économie plômes que sur l'expérience. ment avoir une responsabilité J, 
Y sont tombés dans le “oui, à l’ESG Management School : Ici plus qu’ailleurs, les jeunes individuelle dans le monde EUNESMAIS 1- « La prix de la confiance : une ré- 
mais...” : ils ont donné, mais « Il importe constamment de prennent en pleine figure les en marche, aux prises avec la MATURES ET MOINS volution humaine au cœur de l’entre- 
avec une attente claire en re- leur expliquer que la effets de la mondialisation », pollution, le chômage, la crise MANOEUVRABLES
prise » par Didier Pitelet, éd. Eyrolles, 2013.
tour. La crise les a fait transiger. connexion aux réseaux so- énonce Monique Dagnaud
deladette.«LesYsesont Avec les Z, l’heure est certes 2- « Génération Y, les jeunes et les 
Les Z, qui n’ont connu que la ciaux n’est pas naturelle et construits dans l’opposition, à la liberté, mais aussi – et réseaux sociaux, de la dérision à la 
morosité économique, sont doit cesser en cours, que l’uti- précise Didier Pitelet. 70% c’est un autre paradoxe de RÉSERVOIR subversion » par Monique Dagnaud, 
moins dans cette logique de lisations du smartphone n’est des managers trentenaires cette génération – au lien et D’ÉNERGIE EN éd. de Science-Po, 2011
3- « Génération A », de Douglas 
Coupland, éd. Au Diable Vauvert, 
négociation. Ils se placent tou- pas toujours autorisée ». La n’adhèrent pas aux valeurs au temps long. L’hyperindivi- PUISSANCE
2013
jours dans un rapport de don- présence d’Internet dans leur de leur entreprise, selon les dualisme et les comportements Les dés semblent donc jetés ? 
nant-donnant, mais au niveau
quotidien depuis la naissance études. Les Z poursuivent des mercenaires adoptés par les Y
Pas si sûr. L’écrivain canadien 
influence leur attirance pour idéaux et s’affirment en tant Douglas Coupland devenu en Mathieu Camozzi
la « gamification », leur mode qu’individus dans la société. 1991 malgré lui la voix de la 
de fonctionnement et de pen- S’ils aspirent à créer leur génération X, celle des enfants 
sée : « Les élèves attendent start up, c’est pour être libres de baby-boomers, de la fin 
par exemple une disposition
de leur mode de vie mais
de la Guerre froide, de la pi-
L’arrivée des Z correspond à la 


réhabilitation des managers, comme 

guides et accompagnateurs de proximité




permanente du professeur. lule, des divorces et des dés- aussi pour vivre une aventure 
S’ils envoient un mail à 22h, illusions, n’est pas de cet avis. avec les amis, où ils seraient 
ils ne trouvent pas normal de Plus de vingt ans plus tard, reconnus en tant qu’indivi- 
ne pas recevoir de réponse, avec la même clairvoyance dus. » Pas de réflexion passive, 
parce que pour eux la décon- mais plutôt un goût marqué 
et le même humour, l’écri- « 
nexion n’est pas envisagea- vain-plasticien-designer dé- pour l’action collective », spé- 
ble », ajoute l’économiste des peint dans un autre livre(3) cifie Nathalie Damery, prési- 
médias. Goût marqué pour le cette nouvelle génération, qu’il dente de l’Observatoire de 
collectif développé dans les nomme A et non Z, pour société et de consommation 
communautés et prédomi- échapper à la fin de l’alphabet, (Obsoco). Acteurs du monde ? 
nance de l’affect comme fac- et la placer au contraire « à Peut-être même acteurs de 
teur de motivation et de fidé- l’orée d’une série de l’entreprise qui saura impli- 
lisation... autant de caracté- triomphes et d’échecs stupé- quer ces collaborateurs ni ma- 
ristiques, plus extrêmes que fiants ». Car les « mutants » téralistes ni carriéristes, qui 
chez les Y, qui feront passer sont aussi porteurs d’espoir. apportent leur maison au bu- 

le manager simplement auto- Leurs représentations poli- reau et leur bureau à la maison. 
ritaire pour un ringard que tiques n’ont plus rien à voir Bien sûr ils semblent ouverts 
les équipes fuiront ou tour- avec celles de leurs aînés, à l’international et habiles à 
neront en ridicule sur les ré- marquées par des affronte- utiliser de nouvelles techno- 
seaux sociaux. Des difficultés ments idéologiques : Guerres logies, mais c’est surtout leur 
exacerbées par la morosité mondiales, décolonisation, mode de travail qui pourrait 
économique et un système de Guerre froide, démocraties bénéficier aux entreprises. 
formation encore inadapté. contre dictatures... Pour beau- « Je suis toujours frappée par 
« Les pays développés se coup la démocratie est une le naturel avec lequel ils 
transforment, les métiers évo- notion acquise et ils ne peu- constituent des groupes Fa- 
luent. Et ces jeunes devront vent imaginer qu’elle n’ait cebook pour échanger des 

être de vrais caméléons, alors pas toujours été présente, sur- documents et travailler en ré- 
que la France, sclérosée, va-
tout en Europe. Avec pour
seau », remarque Clémence

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