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ANORAMA Grand Angle

Génération Z







Ca y est ils sont là, frappant à la porte, avec des convictions déroutantes et des réserves d’énergies prometteuses.

L’enchaînement générationnel promet d’être aussi explosif qu’intéressant dans les entreprises.
«D 



ans dix se- C’est la première fois en 
« à tel point que des entreprises complexité. Nombre de Y ont 
condes, ce mes- France que se dessine une en ont joué pour intégrer ces saisi la supercherie et ont fini 
sage s’autodé- telle difficulté d’enchaînement nouvelles recrues sans vrai- par accepter ces cadres im-
truira. » Snapchat permet à entre les générations », révèle ment changer. Fausses orga- posés, en devenant les plus
ses utilisateurs d’envoyer pho- Monique Dagnaud, sociologue nisations horizontales, soi-di- cyniques des managers. Mais 
tos et vidéos éphémères, dis- de l’Ehess, directrice de re- sant en réseaux pour satisfaire ce qui posait problème aux Y 
paraissant après avoir été vi- cherche au CNRS qui a écrit leur rejet de l’autorité et leur sera rédhibitoire pour les Z. 
sionnées par le destinataire qui un essai sur la génération Y. envie de collaboratif, réseaux Tricheries et compromis ne 
doit garder un doigt sur l’écran (2)Et pourtant l’espoir est per- sociaux d’entreprise pour leur seront pas envisageables. La 
de son téléphone tout au long mis.
donner l’impression que leur raison ? Les Z n’ont pas appris 
de l’opération. Un détail qui parole est prise en compte, à connaître Internet, ils sont 
D
empêche de faire une capture valeurs générales et creuses nés dedans et ne connaissent ES COULEURS
d’écran. Une fois le délai de affichées sur les frontispices pas de codes et de mondes éPLUS MARQUÉES
Y
trois ou dix secondes écoulé, modernes que sont les sites différents. « Ce sont des « mu- QUE CHEZ LES 
l’image disparaît. Délirant ? Internet et les plaquettes pour tants » hyperconnectés, Nés après 1995, une souris 
Chaque jour 200 millions répondre à leur idéalisme... comme l’affirmait Michel d’ordinateur et un smartphone 
d’images fantômes sont en- L’artillerie lourde a parfois Serres dans « La Petite Pou- greffés dans les mains, ils 
voyées via l’application, es- été sortie pour par des géné- cette ». Les parents qui leur cultivent des aspirations 
sentiellement par des adoles- rations précédentes qui ne offrent un smartphone dès la contradictoires. Mi-réalistes 
cents. Bienvenue dans l’univers sont pas toujours à l’écoute. sixième ne leur procurent pas mi-idéalistes, en quête de li- 
de la génération Z, née dans « Bien souvent les lignes hié-
un téléphone, mais une
berté mais aussi de réassu-
le bain des nouvelles techno- Ce qui posait problème aux Y sera 

logies, du marketing de soi et rédhibitoire pour les Z. Tricheries et 
des connexions. « Ils sont les 
seuls à avoir inventé un mode  
de vie, un langage, une écriture. "Ca y est le premier Z est arriv!? Christine, trouvez lui un compromis ne seront pas envisageables
C’est la première génération placa... heu un bureau. Il ne faut pas que les clients le voient"
qui apprend aux parents, parce 
qu’elle s’est d’emblée annonce Didier Pitelet, spé- de Publicis affirme que « la 
construite dans un « monde cialiste RH du changement, génération Z sera difficile à rance, solidaires mais sélectifs, rarchiques verticales, repor- connexion Internet, avec toutes 
liquide », comme le dit le so- dirigeant du groupe de conseil manager, peut-être même plus plus à l’aise dans l’échange tings contraignants et asser- les possibilités d’informations 
ciologue Zygmunt Bauman. en réputation Moons’factory. que la génération Y ». Une virtuel que dans le contact vissement sont encore trop et d’achats qu’elle implique 
Avec pour corollaire qu’ils ne Dans«Leprixdela difficulté majeure, d’autant direct... De quoi donner une présents. L’équilibre n’est pas en continu », pointe Didier 

comprendront pas les barrières confiance »(1), celui qui a dirigé plus que le contexte ne se migraine à leur futur manager, encore trouvé. Les jeunes vont Pitelet. Cette génération Z a 
érigées dans les entreprises »,
durant 16 ans des structures
prête pas à leur intégration.
qui a déjà ingurgité des aspi- devoir se battre pour vraiment le même rapport à l’autorité, 
rines avec les Y, nés entre travailler en mode réseaux », au temps, à l’information, à 
1980 et 1994. Depuis des an- affirme Laurent Bibard, pro- la multiplicité des technologies 
nées manuels de RH et coachs fesseur permanent de mana- que les Y. « Mais de manière 
en management décortiquent gement à l’Essec, titulaire de beaucoup plus marquée, ce Evolution des études sociétales
les valeurs et attentes des Y,
la chaire Edgard Morin de la
qui n’est pas sans consé-
Un prisme générationnel à modérer



« Nous sommes saturés de formules et caté- la population qui a été jeune au même moment, 
gorisations sur les nouvelles générations », et qui a donc un imaginaire commun. « Ainsi 
déplore Laurent Bibard, professeur permanent ces Z sont la « we » génération, plus collabo- 
de management à l’Essec, selon qui ces slogans ratifs que leurs aînés. Les enquêtes montrent 
cachent une angoisse : celle de ne pas les qu’ils sont aussi marqués par un retour aux 
comprendre, de ne pas réussir à décrypter valeurs, dont la principale, pour eux qui ont 
leurs codes si différents. « Evoquer une géné- souvent connu le divorce de leurs parents, est 
ration Z est catastrophique, car cette idée la famille. Ce qui n’était certainement pas le 
sous-entend que nous leur terminons le monde, cas des soixante-huitards », note Nathalie 

qu’il n’y a pas de futur. Nous abandonnons Damery. L’approche permet ainsi de généraliser 
notre mission de transmission », accuse le des comportements, mais elle a de sérieuses 
philosophe-gestionnaire. Un malaise partagé limites. Par exemple les Y ont été impactés 
par Nathalie Damery, présidente de l’Obser- par l’apparition d’Internet, puis des réseaux 
vatoire de société et de consommation (Obsoco), sociaux, mais d’une manière beaucoup plus 
qui traduit ce découpage par « une difficulté soutenue dans les foyers à niveau d’éducation 
à continuer de catégoriser la population avec élevé. Le couplage avec le degré d’éducation 
les marqueurs classiques : âge, sexe, CSP... doit au moins être pris en compte selon 
qui ont beaucoup servi dans les Trente Glorieuses Nathalie Damery : « A l’Observatoires des 
pour déterminer les groupes de consommateurs. consommations émergentes, nous nous aper- 
Ce prisme n’est plus applicable aujourd’hui, cevons par exemple que les Velib’, BlaBla- 

tant les données se recoupent. L’individu est Car,... sont utilisés par les jeunes, mais surtout 
multiple et ne rentre plus dans les cases. » Le par les plus diplômés. Chez les autres, le fait 
classement par génération a donc fait son ap- de posséder sa propre voiture reste un marqueur 
parition – la génération étant cette partie de
social de première importance. »
"J'en ai marre de ce boss qui se croit jeune parce qu'il me fait des "I like" toutes les deux minutes"
A2014
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