Page 91 - EcoRéseau n°36
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n°36
Taux immobilier : Trump affole les compteurs
Depuis le début de l'année, les particuliers aspirant à la propriété se frottent les mains : ils bénéficient non seulement d'une accalmie au niveau des prix, mais aussi
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d'une conjoncture particulièrement avantageuse sur le plan des taux d'emprunt. Du jamais vu ! Mais ce climat pourrait être de courte durée... conséquence inattendue de l'accession de Donald Trump à la Maison Blanche : les taux obligataires ont connu à la mi-novembre une brutale remontée. Selon les analystes, ce sont les anticipations d'un retour de l'inflation découlant du programme du Républicain qui expliquent cette tendance : baisse des impôts, hausse des investissements publics... Quoi qu'il en soit, la remontée des taux obligataires devrait se traduire par un durcissement des conditions de crédit, notamment en ce qui concerne les taux immobiliers proposés par les banques.
éthique & Finance
Baromètre Finance & Investissements aRT DE VIVRE & PaTRIMoInE uLE COIN DES ANALYSTES
u Victoire de Trump : des conséquences en demi-teinte selon AXA IM
Malgré une victoire non anticipée par les sondages, Donald Trump a remporté la majorité des votes des grands électeurs. Pour Laurence Boone, responsable de la recherche chez AXA IM, les propositions de Trump, si elles se limitent à la baisse et à la simplification des taux d'imposition, pourraient stimuler l'économie locale en ligne avec les propositions des Républicains. « En revanche, le programme controversé sur le commerce et l'immigration pourrait avoir un impact négatif sur les Etats-Unis et l'économie mondiale », ajoute-t-elle. Pour Serge Pizem, responsable de la gestion Multi Asset, la politique fiscale agressive de Trump, en l'état, pourrait se révéler positive pour l'économie américaine en relançant l'investissement privé et en redressant la productivité. Il ajoute toutefois qu'elle pourrait cependant aussi précipiter le durcissement de la politique monétaire, qui serait un frein à la reprise de la croissance. Une telle politique entraînerait probablement une hausse de l'endettement américain à moyen terme. « Nous nous attendons à une réaction négative à court terme en raison de l'incertitude et du manque de visibilité, avant une remontée probable de la Bourse américaine », conclut l'analyste.
u Invesco anticipe une hausse des taux d'intérêt et une volatilité accrue
Si Invesco Fixed Income s'attend à une accentuation de l'incertitude à court terme suite à l'élection de Donald Trump, il prévoit aussi que l'impact économique des politiques du nouveau président américain dicte la direction des marchés. « Bien que la personnalité et le tempérament des candidats aient pris une place importante dans la campagne, M. Trump a quand même présenté certains cadres politiques de base », rappelle Rob Waldner, stratège en chef et responsable des placements multisectoriels. Il s'attend à un assouplissement budgétaire, à une déréglementation de l'économie américaine, et à
des mesures à court terme sur le commerce inter-
frontalier allant à l'encontre du libre-échange.
Le résultat de l'élection devrait mettre de la pression à
court terme sur les actifs risqués selon Invesco.
Cependant, à moyen terme, les événements
économiques et les politiques précises devraient
déterminer les rendements de ces actifs.
Selon lui, la victoire de Donald Trump devrait entraîner
plusieurs conséquences, notamment une hausse des
taux d'intérêt aux Etats-Unis et un renforcement du
dollar américain. Des circonstances qui devraient
pénaliser les marchés émergents. « Nous nous
attendons à ce que les devises des marchés émergents
reculent et que leur croissance ralentisse », anticipe-t-
il. Enfin, Invesco table sur une volatilité accrue des
actions et des titres de créance.
Par Antoine Pietri
L
saient de près à l’éthique. Surpris, je questionnais mon in- terlocuteur, dont je préserverai l’anonymat, pour en savoir davantage. L’éthique a pour nous au moins quatre valeurs : d’abord, elle est avant tout un outil de communication in- terne : « nos baromètres internes nous informent que les sa- lariés du groupe se sentent parfois pressurisés ou assaillis de toutes parts, diffamés dans l’opinion publique », et l’éthique est une « manière de gérer notre relation avec eux et de les motiver ». Ensuite, l’éthique est une « ligne de conduite qui nous permet de faire respecter les réglementa- tions en vigueur » : l’éthique est alors utilisée comme « un instrument de conformité ». Par ailleurs, l’éthique est un critère de choix d’investissement bien connu sous le label RSE. Enfin, l’éthique est aussi un vecteur du discours com- mercial, essentiellement à destination d’une clientèle de particuliers : « les communiquants nous ont enseigné l’im- portance de construire dans le discours notre image de marque autour des valeurs que nous défendons, afin de constituer un avantage concurrentiel ».
Éthique vs bullshit ?
par
ors d’un récent entretien avec un haut cadre dirigeant d’une grande institution bancaire de détail, je me suis entendu dire que les milieux financiers s’intéres-
Ma première réaction fut de lui faire remarquer que, quelle que soit l’utilité reconnue ou accordée à l’éthique, celle-ci se trouvait toujours instrumentalisée par la politique du groupe : l’éthique n’était pas recherchée comme une fin mais comme un simple moyen. cultivé, ce banquier rétor- qua que « le kantisme était une philosophie qui correspon- dait à une époque révolue », et évoqua le concept de « post-vérité » dont il ignorait qu’il était forgé par le philo- sophe Ralph Keyes dans The Post-Truth Era : Dishonesty and Deception in Contemporary Life (St Martin’s Press, 2004). La post-vérité ne correspond pas au mensonge, mais au bullshit, c’est-à-dire à un registre du discours où les va- leurs logiques de vrai et de faux n’ont plus cours. La post- vérité, c’est le lieu du baratinage, du discours sophistique qui n’a plus besoin de référer à une vérité extérieure, ni même à une cohérence interne. La post-vérité renvoie à l’abolition des principes logiques de base (principe d’iden- tité, principe de non contradiction). autrement dit, dans l’ère de la post-vérité, c’est la pensée pragmatiste qui règne où seul l’effet produit et son efficacité sur l’allocutaire im- portent. Sommes-nous donc entrés dans l’ère de la post- éthique ?
Arthur
Cohen
Président Directeur général des éditions Hermann, Philosophe spécialisé dans les questions éthiques appliquées au secteur financier
Déc. Jan. 2017
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