Page 90 - EcoRéseau n°35
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n°35
ArT De vIvre & PATrImoINe Regard sémantique
Depuis neuf ans, Jeanne Bordeau compose des “tableaux de mots” à partir de collages issus d’articles de presse. Démonstratives et percutantes, ses “compositions sémantiques” accrochent le coeur et la raison. A la fois miroir et interprétation de l’actualité,
ses tableaux décryptent l’époque de manière presque prémonitoire.
Créations thématiques et singulières, ses tableaux mettent en scène les mots-clés d’une année dans des secteurs d’actualité majeurs : politique, économie, crise, culture, société, culture, femmes, développement durable, ressources humaines, verbes. Chaque année, ces dix toiles forment ainsi “une tapisserie de Bayeux contemporaine” et sont exposées courant janvier à Paris.
Nomdutableau: Duel,2012,JaneBee Hollandebashing,2013,JaneBee Implosion,2014,JaneBee La mémoire des mots
Etat d’urgence, 2015, Jane Bee
2012
2013
2014
Dans le rétroviseur présidentiel
Dico d’époque
Alors que se profile la présidentielle et que nous sommes déjà plongés dans les primaires de droite et de gauche, je
vous propose un retour en mots autour du mandat de François Hollande.
par
Où sont les riches et les femmes ?
Hollande Bashing
Un casque et un scooter
Jeanne Bordeau
Quand François Hollande revêt les attributs de chef de l’état, il arrive avec des idées comme « les 75% » tranche d’imposition pour les revenus excédant 1 million d’euros. Il est présenté comme « le président anti-austérité » qui popularise, la fabuleuse « ana- phore » du « moi président ». mais, cent jours après son entrée en fonction, cette anaphore semble déjà loin. Alors, il n’est plus bon, déjà en 2012, d’être l’homme qui incarne ce « président normal ». Les journalistes parlent ensuite de « doutes », de « tâtonnements » dans l’action du nouvel élu. Le voici taxé « d’amateurisme ». Cette perception est renforcée par le duel qui passionne, le duel entre « la première dame » et « la pre- mière femme » : le clash entre « Trierweiler » et « Royal ». Ce clash déjà présent lors de la cam- pagne présidentielle inspire par la suite les récits du « trio prési- dentiel ».
Dès 2013, nous rentrons dans l’année du « Hollande Bashing ». Il faut dire qu’en mars 2013, lors du débat sur la « taxe à 75 % » et du scandale autour des « évadées fiscaux », on découvre le « mensonge » fiscaletle«déni»de«Cahuzac».Le « je demande pardon » du fraudeur ne suffit pas à l’absoudre.
Décidément que les medias sont sans pitié à l’affut, car ce qui va marquer les consciences en 2014, c’est ce fameux « casque ». Celui d’un président qui s’en va faire des visites à « Julie Gayet ». François Hollande traverse encore une année difficile avec une « guerre sainte », des « otages décapités », des « migrants », des « clandestins ». Il y a encore le « tsu- nami bleu » lors des scrutins municipaux et européens.
Fondatrice de l’Institut de
Alors qu’il est question de « crise d’autorité », « d’enfer fiscal », les colonnes de journaux étalent les jeux de mots autour de ce pré- sident et ses femmes.
« Scandale », « discorde », cafouillage », « incohérences » illustrent aux yeux des commentateurs le climat présidentiel.
Seule consolation pour ceux qui en sont victimes, le « bashing » passe. Qui se souvient qu’en 2014 nous étions en plein « French-Bashing » et « Ayrault-Bas- hing»?
2015
Avec les réseaux sociaux, le « bashing » se transforme en « lynchage ». Une même cible concentre les attaques et les dénigrements. « Bashing » possède une sonorité qui exprime bien la rapidité et la violence de l’acharnement qu’il recèle.
C’est l’année de « L’Etat d’urgence » et nous en avons déjà parlé ici. Ce que nous pouvons juste retenir, c’est que le président « normal » a traversé une période com- pliquée et violente où les mots n’ont jamais été des alliés.
Le bashing passe aussi
la qualité d’expression bashing
Parallèlement, Les déclarations de patri- moine et d’intérêts des membres du gou- vernement sont rendues publiques : « huit ministres sont millionnaires ». « Trans- parence » et « moralisation » s’invitent dans le débat : c’est la « dictature des bien-pensants » clament les éditorialistes. mais, un autre mot va également polluer le quinquennat, c’est la « colère ». oui, elle est omniprésente : le « ras-le-bol fis- cal » coiffe un « bonnet rouge » contre « l’écotaxe ». Les contribuables, les « sages-femmes, » les « artisans », « les petits patrons, » les employés licenciés, « les instituteurs » manifestent. et, tout cela débouche sur le « Hollande bashing » avec en une du magazine « Le Point », la photo du leader socialiste affublé du terme « Pépère ». on voit fleurir des commen- taires comme « C’est donc ça un socialiste français ? »
et il y a ce « casque » qui risque de rentrer dans la mémoire collective. Pourtant, on agit avec le « pacte de responsabilité », mais si le gouvernement se bat pour plus de « simplification », si « Macron » arrive pour annoncer l’heure du « virage social libéral », si « Valls » semble être le « co-président », on ressent un malaise politique. malaise des « socialistes affligés », des « frondeurs », et au centre Ségolène royal est même perçue comme la « vice-présidente ».
On trouve « bashing » associé au président Hollande mais le terme a aussi été utilisé pour critiquer la France. « Bashing » c’est le mot qui sert à dire du mal, beaucoup de mal !
Une raclée
A l’origine « bashing » est synonyme en anglais de « raclée ».C’est donc le fait de frapper quelqu’un. Déjà au xvIIIème siècle, il renfermait l’idée « d’insultes », de coups portée à l’adversaire de façon presque intense et continue.
Les réseaux sociaux frappent aussi
Novembre 2016
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