Page 40 - EcoRéseau n°35
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n°35
CLUb eNTrePreNDre Electron libre - Clémentine Chambon, cofondatrice d’Oorja
Dans cette rubrique EcoRéseau Business met à l'honneur un(e) entrepreneur(e) parce qu'il (elle) a un profil atypique, parce que son entreprise
Sélectionnée par le mIT parmi les dix personnes de moins de 35 ans les plus innova- trices en France, Clémentine Chambon n’en demandait pas tant pour médiatiser son idée (1) : créer des centrales à technologie hybride – so- laire et biomasse – pour électrifier l’Inde, et ainsi participer au développement économique et social du pays. « Le concept principal est de transformer des dé- chets agricoles en électricité pour approvisionner des vil- lages qui n’y ont pas ac- cès », explique celle qui s’est associée à Amit Sa- raogi, un Indien diplômé de Columbia, pour créer oorja – qui signifie «éner- gie» en hindi.
l’énergie dans les campagnes indiennes.
pour comprendre l’évolution de la demande. « Nous comptons bien initier une nouvelle approche. D’autant plus que le modèle de fran- chise, que nous mettons en place avec des entrepre- neurs locaux pour financer le système et distribuer les produits, est encore très peu développé dans le sous-
plusieurs cultures et d’avoir grandi aux Etats-Unis et en Belgique m’a probable- ment donné envie de m’in- téresser à cet ailleurs exo- tique et dépaysant. Un par- cours qui a facilité mon in- tégration. »
l’électricité dans le monde sont dans ce pays », ce qui représente 450 millions de personnes si on compte ceux qui ne bénéficient pas d’ac- cès continu. Le projet pilote sera lancé dans l’Uttar Pra- desh, un état de 200 millions d’habitants, où les déchets agricoles sont importants et où les régions sont peu rac- cordées au réseau national. « Et quand c’est le cas, ce n’est pas très fiable. Les populations n’ont alors que quatre heures d’électricité par jour », déplore Clé- mentine Chambon. oorja prône la décentralisation. « Les gouvernements pen- chent pour des centrales gigantesques de nouvelle génération, avec des sys- tèmes très centralisés. Là nous sommes dans le local, moins cher, et surtout re- nouvelable », insiste-t-elle, alors que le gouvernement indien a lancé un plan d’électrification « totale » de l’Inde à horizon 2022. « Pour eux électrification signifie qu’au moins 10% des foyers ont accès au ré- seau, cela ne concerne pas nécessairement l’ensemble de la population. » et sur- tout cela passe par la construction de centrales à charbon. Les systèmes dé- centralisés qui pourraient être connectés au réseau na- tional via des mini-réseaux interactifs ont donc toute leur place. oorja organise un sommet rassemblant po-
Citoyenne énergique du monde
évolue dans un secteur unique ou parce qu'il (elle) a eu l'idée de sa boîte d'une manière peu conventionnelle
Cette Franco-Allemande polyglotte de 24 ans qui fait ses études à Londres s’apprête à révolutionner
t-elle. L’électricité ainsi pro- duite est destinée aux mi- cro-entreprises mais aussi aux particuliers – les reve- nus générés grâce aux pre- miers permettant de sub- ventionner les seconds. Le but ? Inclure tout le monde dans ce changement vers une électricité renouvelable. Pour ce faire, « il nous faut
sonnes pour installer le ma- tériel en local. Et cela ne fait que commencer », an- nonce-t-elle, tout en termi- nant sa thèse sur les bio- carburants à Londres.
ABOUTISSEMENT D’UNE LONGUE RÉFLEXION
Les deux associés ont na- turellement cherché de l’ar- gent pour mettre au point un pilote de centrale hy- bride. Une part des fi- nancements est venue
d’agri- cul-
duplicable à
Notre technologie hybride – énergie solaire et biomasse – génère une électricité transmise via un mini-réseau dans deux
comprendre le système de castes, de religions et toutes les divisions sociales ». L’énergie plus fiable et abor- dable est une étape pour fa- ciliter l’accès des popu- lations
Une entrepreneure, une innovation, une vision. Le cocktail dé- cisif pour changer le monde.
ou trois villages alentour
UNE PASSION SUIVIE DE BOUT EN BOUT Cette citoyenne du monde s’intéresse aux sciences et
DES AMBITIONS TRÈS LARGES
continent », insiste celle dont la fierté est de rem- placer les générateurs à mo- teur diesel qui polluent. Une mise en place d’un modèle
au changement climatique depuis toujours – « Je me souviens d’un livre que je lisais enfant et qui s’appelait “50 choses que vous pouvez faire pour sauver la pla- nète” ». C’est donc tout na- turellement qu’elle s’inscrit en génie chimique à Cam- bridge puis en
bioéner- gie à l’Im- perial College. « Les deux tiers de mes camarades se destinaient au sec- teur pétrolier, ce qui ne m’intéressait pas du tout. J’étais dès le début tournée vers les énergies propres. » en 2014, lors d’un pro- gramme d’été de cinq se- maines organisé par Climate Geek, Clémentine Chambon rencontre celui qui devien- dra le co-fondateur de son entreprise, et décide avec lui de se tourner vers l’Inde. « Le fait d’être issue de
oorja a pour but de couvrir un maximum de territoire. « Nous ne cherchons pas forcément le gain financier mais l’impact, énonce-t-elle en bonne entrepreneure so- ciale. Les gens dépenseront trois à quatre fois moins d’argent et pollueront moins localement. » L’électrifica-
des etats-Unis avec echoing Green ou Cli- mate-KIC. « Nous avons levé des fonds philanthropiques pour pouvoir mener des études villages. Puis nous avons noué des par- tenariats avec d’autres entreprises indiennes qui sont déjà présentes dans les campagnes pour former des entrepreneurs, car nous allons travailler avec des redistributeurs locaux. Nous nous sommes aussi tournés vers des entreprises travail- lant dans le paiement par téléphone mobile », raconte celle qui attend désormais le pilote pour janvier 2017. « Nous générons de l’élec- tricité dans un mini-réacteur et la transmettons via un mini-réseau qui approvi- sionne des villages trois ki- lomètres autour », détaille-
tion permettra d’éclairer les rues « pour améliorer la sécurité ». Les ma- gasins pourront ouvrir plus tard le soir, générer plus de revenus, créer des emplois. « Et ces revenus pourront rester dans la communauté plu- tôt que d’être utilisés pour acheter du diesel ou du ké- rosène de basse qualité. » Cela impactera également l’éducation puisque les jeunes pourront travailler plus tard le soir et que les écoles seront éclairées plus longtemps. C’est aussi l’émancipation des femmes qui est visée. « Ce sont elles qui sont le plus victimes des énergies traditionnelles qu’elles utilisent pour cui- siner, devant souvent aller très loin chercher le bois. » Le plan prévoit la construc- tion de 20 centrales dans l’année, puis d’une centaine l’année suivante, afin d’im- pacter à terme des millions de paysans. « Un tiers des gens qui n’ont pas accès à
rs,
Julien Tarby
40 Novembre 2016
teurs à
des services
concernant l’éducation, la santé... Au programme des réseaux intelligents, des sys- tèmes prépayés par mobile, et une récolte de données
grande échelle donc, qui implique de grandir. « Nous sommes quatre, et trois salariés à temps partiel. Mais nous avons recruté une équipe de quelques dizaines de per-
litiques, entrepreneu. oNG, pour exercer un lob- bying. La jeune co-fonda- trice n’exclut pas de s’éten- dre en Afrique un jour, « à condition de comprendre le contexte local sur place ». Pour l’instant, elle se concentre sur l’Inde, où le travail ne manque pas...
* oorjasolutions.org
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