Page 82 - EcoRéseau n°32
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n°32
ARt De ViVRe & PAtRiMoiNe Regard sémantique
Depuis neuf ans, Jeanne Bordeau compose des “tableaux de mots” à partir de collages issus d’articles de presse. Démonstratives et percutantes, ses “compositions sémantiques” accrochent le coeur et la raison. A la fois miroir et interprétation de l’actualité,
ses tableaux décryptent l’époque de manière presque prémonitoire.
Créations thématiques et singulières, ses tableaux mettent en scène les mots-clés d’une année dans des secteurs d’actualité majeurs : politique, économie, crise, culture, société, culture, femmes, développement durable, ressources humaines, verbes. Chaque année, ces dix toiles forment ainsi “une tapisserie de Bayeux contemporaine” et sont exposées courant janvier à Paris.
Nomdutableau: Communication,2015,JaneBee Alphabet étend sa toile
cliquent. elle se compose d’« ultra-connectés » et de militants de la « créativité digitale ». toujours sous « applis », certains se rêvent en « data scientists » capables d’apprivoiser les « algorithmes » et de deviner les com- portements du client avec le « marketing prédictif ». les flots de données sont organisés dans de vastes serveurs grâce au « data- driven ». « Cohérence » et « convergence » s’inscrivent aux frontons des « Licornes ». Les licornes Wonder Woman
Et qui sont les gardiens de la fidélité ?
2015, une année de communication qui n’est pas comme les autres. Google change de nom. Une autre histoire commence.
Le moteur de recherche Spiderman
A la radio, c’est le « grand foutoir de l’audio- visuel public » après 28 jours de grève à Radio France.
A la télé, les visages se succèdent. « Claire Chazal » est remerciée, « Anne Claire Coudray » prend la relève. et « Léa Salamé » se starifie. Qui va reconstruire un peu d’harmonie dans cette Babelweb ? le géant « Alphabet » qui manie biotech sciences et langage ou une « Licorne » dont la corne d’abondance n’est
Ce tableau se nomme « Alphabet » car, quand les historiens se pencheront sur l’histoire digitale, ils analyseront ce passage à « Al-
2015 restera l’année d’ « Alphabet » mais
également des « Licornes ». il s’agit d’entreprises
technologiques (Skype, BlaBlaCar, Zalando...)
qui ne sont pas encore sur le marché boursier
mais qui sont valorisées à près d’1 milliard de
dollars. elles savent nous parler à nous, cy-
bercitoyens « augmentés ». « Augmentés »
mais aussi « ciblés » : les marques s’ingénient pas encore perceptible ?
Dico d’époque
Faire monter la sauce
une étude du site Vangage montre que pour concocter une « creepypasta » ef- ficace, il faut des ingrédients assez clas- siques : l’utilisation du « je », le meurtre,
La mémoire des mots
elle est « Alphabet » !
à tout savoir de nous grâce aux « datas ». « Datas » qui peuvent parfois s’évaporer de manière incontrôlable ou même devenir inac- cessibles en cas de « datastrophe ».
Le mobile est le super héros
le « mobile » trône en roi de notre quotidien. il a besoin de contenus marqués par « l’hyper personnalisation ». Se renouveler et se remettre en question, telles sont les règles du « commerce agile » qui s’impose aux marques. tout doit se « digitaliser » et à grande « vi- tesse ».
Et l’ubiquité est le super pouvoir
Cette digitalisation se déroule sous le regard des publicitaires. « Qu’elle était verte ma publicité », regrettent-ils. l’heure de la « re- conquista » de la pub sonne. Mais, sur la toile, un ennemi publicitaire se profile, son nom « Ad Blocker ». la pub, il sait la sulfa- ter.
Nous sommes « augmentés », nous avons ac- quis, grâce à la technologie, un nouveau don : « l’ubiquité ». « L’ubiquité » ou l’art d’être ici et ailleurs sans bouger. Nous dévorons une vidéo tournée à l’autre bout du monde avec « YouTube ». Nous nous transformons en ani- mateur ou en journaliste en diffusant en direct notre vie à des spectateurs que nous n’avons jamais vus. Comment ? Grâce à l’appli « Pe- riscope ». Notre smartphone devient alors ca- méra en temps réel. Mais notre doudou portable est aussi un merveilleux conteur. il distille des « #creepypasta », histoires invraisemblables colportées sur le Net. Si « l’ubiquité » ne suffit pas, nous transformons l’éphémère en éternité et immortalisons nos plus beaux clichés avec l’ami « Instagram ».
Le pouvoir de refaire le monde
« La Génération Z » née avec internet s’em- pare, elle, des lendemains qui
phabet ». le passage de qui ? De « Google » bien entendu.
la firme montre qu’elle ne peut être réduite à son activité « moteur de recherche ». elle veut peser sur la marche du monde. elle est la somme de filiales qui peuvent révolutionner les objets connectés, lutter contre le vieillis- sement et construire une voiture électrique.
Creepypasta pour vous faire trembler
Décryptage d’un mot digitalement com- patible.
la « fidélité » du consommateur lecteur auditeur internaute est si volatile. Pour lui, on imagine les « instant articles ». Des articles taillés sur mesure pour Facebook.
par
en 2006 une communauté d’internautes invente le terme de « copypasta ». il désigne une histoire copiée-collée qui devient virale et circule sur le Net sans fin. et dans cette famille « copypasta » ; il y a l’inquiétant « creepypasta ». in- quiétant car il s’agit de diffuser des his- toires horribles !
Jeanne Bordeau
Creepy , not funny
Fondatrice de l’institut de
« Creepy » veut dire « terrifiant » en anglais. « Pasta » est synonyme de « pâtes ». Vous assemblez le tout et vous obtenez ce mot intraduisible. il définit toutes les histoires effrayantes que l’on trouve en ligne. C’est la version moderne des fameuses légendes urbaines des années 70-80 !
1 un phénomène surnaturel...
la qualité d’expression
Discernement, mon ami
Face obscure
le risque c’est que ces « creepypasta » inspirent des comportements réels dan- gereux. Voilà le paradoxe du Web, ses réseaux sont sociaux et virtuels mais peuvent rendre asociaux et être pris pour vrais !
S’amuser à se faire peur, un réflexe hu- main depuis la peur du loup. D’ailleurs
Juillet-Août 2016
PROCHAIN NUMÉRO LE JEUDI 1ER SEPTEMBRE 2016
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