Page 28 - EcoRéseau n°32
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n°32
CluB eNtRePReNDRe Regard sur l’actualité - Julien Leclercq, dirigeant engagé de l’agence Com’Press
Dans chaque numéro une personnalité inattendue (artiste, philosophe, sportif, personnalité médiatique,...) parle de sa carrière et
Pourquoi monter au créneau face au gouvernement et aux syndicats ?
J’ai réagi pour exprimer deux sentiments : la tristesse et la colère. la tristesse de voir stigmatiser les patrons et l’image négative qu’on attribue aux entrepreneurs, aux entreprises et à la France. De la colère égale- ment de constater que la violence revient inlassable- ment dans les débats – je repense à la pancarte tenue par une jeune sur laquelle on pouvait lire : « Sur le pont d’Avignon, on y pend tous les patrons ! » – alors que depuis trois ans, on pouvait observer de nom- breuses initiatives positives pour rétablir le dialogue, pour promouvoir l’entre-
à destination des syndicats et du ministre du travail. Rencontre.
Aimer son « salaud de patron » ?
Vous avez écrit ce livre choc1 pour ensuite le décliner sous forme de blog. Comment vous est venue l’idée ?
J’ai repris l’entreprise fa- miliale il y a six ans alors que la société était au bord
Le coup de gueule de Julien Leclercq !
les entrepreneurs en herbe, les patrons de PMe, les in- dépendants, les profession- nels libéraux et les dirigeants de grandes entreprises, sou- haitait une simplification drastique du Code du travail et un allègement des charges et des cotisations. l’idée m’est venue lors d’une in- terview à France Culture où l’on me demandait ma position sur le pacte de res- ponsabilité. Je me suis aperçu qu’en quelques an- nées, sur un effectif total de 35 personnes, je payais 84000 euros de charges en plus...
porte son regard personnel sur l'actualité.
le fondateur des « Déplumés », auteur du « Journal d’un salaud de patron »1, qui défilait en slip pendant la conférence sociale, est devenu le héraut (héros ?) des patrons via une lettre ouverte au vitriol
preneuriat.
Sur cette pancarte, vous remplacez le mot de patron par n’importe quel autre mot, et vous êtes sûrs d’aller au procès. Car aujourd’hui, on arrive toujours à vous faire croire que vous serez soit esclave soit chômeur... les méthodes fascisantes employées par la CGt me révoltent. J’assume le mot. Mais je parle ici des mé- thodes. Car empêcher la parution de certains jour- naux et empêcher le pays en général de travailler sous couvert de dénoncer le manque d’intervention de l’etat et la toute puissance des actionnaires sont des méthodes très discutables. Comment se dire défenseur de M. tout-le-monde quand on bloque M. tout-le- monde...?
or je reste persuadé que l’essentiel demeure celui de promouvoir les choses po- sitives en France, l’entre- preneuriat. Qu’un dialogue est permis hors syndicats et que le clivage patron/sa- lariés n’est qu’une vue de l’esprit.
du dépôt de bilan.
Avec les salariés, nous avons convenu d’une baisse col- lective des salaires de 15% en trois semaines. en pa- rallèle, les médias nous par- laient de la rémunération exorbitante de Carlos Ghosn. là est le déficit d’image. on oublie en France que dans les PMe, le patron se paie le dernier. Dans notre situation, nous avions besoin de 240000 euros. J’ai appelé le bon- homme vert et les autres acteurs du crédit renouve- lable pour « financer un voyage de noces » et ensuite pour « faire le tour du monde ». Nous sommes plusieurs à contracter des crédits conso. Au final, j’en contracte plus d’une dizaine à mon nom car aucune banque ne souhaite nous ai- der. Déontologiquement, ce n’est pas extraordinaire ; mais c’est cela la réalité des entrepreneurs. Parfois faire avec les moyens du bord pour éviter de couler. en 2015, l’entreprise se porte mieux. les salaires sont revenus à leur niveau d’antan, voire ont été reva-
qui jugent et pourtant nour- rissent une profonde mé- connaissance du quotidien des dirigeants de PMe. en trois ans, j’ai rencontré 30000 chefs d’entreprise qui souffrent, au-delà de l’incompréhension, de so- litude.
Ces initiatives vous ont- elles donné envie de vous engager autrement dans la vie économique ?
Je suis engagé et possède
formidable opportunité de constater que la France est un pays d’entrepreneurs. Dans ce type d’initiatives, les adolescents n’ont pas encore de préjugés sur l’en- treprise et souhaitent juste créer. et certains résultats sont juste bluffants. C’est également un bon remède contre le « french bashing ». et des dispositifs tels que ePA permettent à la jeunesse de prendre conscience de son talent, de son droit à
© Nicolas Dias
de sexe, de vocation... Nous vivons dans un pays qui bouge.
D’autres velléités à part celle d’entrepreneur ? Faire de la politique, pour- quoi pas ? Mais pas dans son sens partisan. Plutôt faire de la politique en tant qu’acteur de la cité pour faire bouger la société à l’échelon local. Je suis assez emballé par le « Do tank » bleu blanc zèbre d’Alexan-
Aujourd’hui, les entreprises font toujours face à un pro- cessus complexe d’aides auxquelles s’ajoutent des mesurettes. les aides, telles que conçues, ne servent à rien. idem pour le contrat génération. De même que la loi el Khomri ne changera pas la donne.
28 Juillet-Août 2016
Comment se dire défenseur de M. Tout-le-monde quand on bloque M. Tout-le-monde...?
tives locales tant . miques que sociétales. et en parallèle, un « two men show », un spectacle co- fondé avec un entrepreneur bordelais montera sur les planches à partir d’octobre prochain... une nouvelle manière de valoriser les pa- trons. Ces salauds !
(1) « Journal d’un salaud de patron », de Julien Leclercq, Fayard 2016.
les solutions émaneront da- vantage de la société civile, des gens du terrain. le défi est de leur donner de la puissance, de la liberté d’ex- pression et de dupliquer les initiatives qui donnent des résultats et qui créent des emplois.
Ce faisant, je m’apprête à lancer deux web télés qui s’intituleront « Bougeons la France », qui diffuseront des formats de 20 minutes pour promouvoir les initia-
écono-
lorisés. le mien en dernier. un rôle actif au sein du Cen- l’erreur et de l’étendue des dre Jardin. De mon côté, entre temps, j’ai eu envie tre des jeunes dirigeants choix possibles. Certes, tout j’ai fondé les Déplumés en de raconter notre histoire (CJD) qui œuvre pour la le monde peut avoir affaire 2014 et nous avons été plu- pour montrer que « la lutte défense de valeurs huma- à un patron sans scrupules, sieurs centaines de chefs des classes » ou le clivage nistes depuis 80 ans. Cette mais libres à nous de choisir d’entreprise à défiler en slip patron/salariés dans une année, on m’a également un autre métier, une autre – tout un symbole – devant PMe sont dépassés. le but proposé de prendre la pré- entreprise. Nous sommes le CeSe lors de la confé- est de réhabiliter la fonction sidence du concours national dans un pays qui le permet. rence sociale pour exprimer patron, sans faire pleurer. d’entreprendre pour appren- Nous avons le droit de chan- notre ras-le-bol. Ce mou- Nombreux sont les Français dre (ePA). ePA reste une ger de travail, de religion, vement qui entendait fédérer
Propos recueillis par Geoffroy Framery


































































































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