Page 10 - EcoRéseau n°32
P. 10

www.ecoreseau.fr
n°32
GAlAxie eCoRéSeAu Le baromètre de l’optimisme - Actions symboliques
Focus sur ces petites interventions discrètes qui changent le quotidien
Le beau geste impromptu
La BA sociale inattendue
Les entreprises soudées et solidaires face aux inondations !
Les arrondis de salaire par solidarité
les inondations du mois de mai n’ont épargné personne. Des mètres d’eau ont submergé les particuliers, les commerçants et les entrepreneurs. AA Casino, une jeune entreprise d’événementiel située à Semoy (loiret) fait partie des 4000 entreprises loirétaines touchées par les inondations. un mètre d’eau dans la cour et 40 centimètres dans le bâtiment où Alexandre laskowiecki, Aurélien Chavaneau, deux dirigeants de la société et leurs deux salariés stockent, au sol, 23 tables de casino, en acajou, en bois massif... les factures papier des fournitures ont aussi péri. le jour de l’inondation, l’entreprise était inaccessible. l’équipe se retrouve devant un triste décor à seulement quelques jours d’une soirée eDF organisée à
individuel
Perspective
S
entretenons avec la France, c’est bien celle consistant à désigner sans cesse «Ce»paysplutôtque«NotRe» pays, à chaque fois que nous avons un reproche à lui adresser ou une cri- tique à formuler. objectif évident : afficher notre mépris envers nos com- patriotes ou ceux qui nous dirigent, se démarquer des uns comme des au- tres et surtout n’être jamais solidaires des décisions qu’ils prennent ou des choix qu’ils font.
il en va de même au sein des entre- prises, où sévit partout ce même type de distanciation. Combien d’entre nous évoquent ainsi « Cette boîte » à chaque fois qu’ils évoquent la col- lectivité professionnelle à laquelle ils sont censés appartenir ? Combien s’expriment en disant toujours « ils »
« Dans cette boite... »
plutôt que « nous » ? « leur » produit plutôt que « le nôtre » ? « la Direc- tion » plutôt que « je » ? Soit autant d’expressions qui en disent long sur l’absence totale de sentiment d’ap- partenance à l’entreprise. en nous distançant ainsi de l’organisation que nous sommes supposés incarner, nous envoyons un message fort à nos clients : « Je vous conseille d’aller voir ailleurs, car cette entreprise est détestable et je n’ai aucune envie de me défoncer pour ces abrutis qui la dirigent, ni d’ailleurs pour vous ! » Certes, tout atteste que le dénigre- ment permanent est une vieille pas- sion hexagonale, réputée aussi ancienne que notre histoire. Mais cette passion prend aujourd’hui des proportions inédites, indécentes et dangereuses. inédites, parce que nous n’avons jamais autant critiqué tout, tout le monde, tout le temps, en
Paris, où la société doit animer le séminaire avec ses tables de jeux. « Nous avons passé quelques coups de téléphone au menuisier pour qu’il prépare neuf plateaux au plus vite et à notre fournisseur nantais pour qu’il nous livre des cartes à jouer et autres accessoires », se souvient Alexandre laskowiecki. « Nous ne pouvions pas tout stocker chez nous. Nous avons donc décidé de passer un appel à l’aide sur les réseaux sociaux », raconte
accompagnant la création d’entreprises par des personnes exclues du monde du travail, et un projet de mutuelle santé pour les agriculteurs à Madagascar. « En 2017, nous allons probablement faire évoluer le dispositif et proposer de nouveaux projets », annonce Bénédicte Bois. « Nous communiquons régulièrement sur l’Arrondi et tous les nouveaux collaborateurs sont invités à adhérer au projet. Ils plébiscitent largement cette démarche », explique Bénédicte Bois. Pour que les salariés puissent poser leurs questions sur l’avancée des projets soutenus, l’entreprise organise des rencontres avec les représentants des associations bénéficiaires. « Ce projet est facile à mettre en place et a un impact fort et direct. Lorsqu’une entreprise fait toute seule un don à une association, le salarié n’est pas impliqué. Avec microDon, nous participons tous ensemble à une bonne cause », conclut Bénédicte Bois.
en 2012, la direction des ressources humaines de la société de courtage
donateur
pour télécharger son reçu fiscal, modifier le montant de son don et suivre l’évolution des projets menés par Siaci Saint-Honoré. l’année dernière, l’entreprise a ainsi versé 16000 euros pour soutenir l’action de l’Adie, association
et de conseil
assurance Siaci Saint-
Honoré, qui compte
1200 salariés en France,
a lancé une démarche
globale de responsa-
bilité sociale (RSe).
Ainsi, le groupe a
découvert la plate-forme de microDon, une entreprise solidaire d’utilité sociale (eSuS) spécialisée dans le domaine du prélèvement de don sur salaire avec son programme l’Arrondi. « Nous avons réalisé un sondage en interne pour savoir comment serait accueilli ce type de projet par nos collaborateurs », explique Bénédicte Bois, responsable des ressources humaines de Siaci Saint-Honoré. Près de 60% des employés ont donné une réponse positive. « Les premiers versements ont eu lieu en janvier 2013 », raconte Bénédicte Bois. le principe est simple. le salarié remplit un bulletin d’adhésion et peut donner de quelques centimes à cinq euros de sa paie et ainsi apporter son soutien à une action solidaire choisie par l’entreprise. « Nous avons opté pour un abondement de 200%. Lorsqu’un salarié verse un euro, l’entreprise en ajoute deux », précise Bénédicte Bois. Chaque salarié peut aussi se connecter sur son espace
en
Alexandre laskowiecki. un élan de solidarité s’est tout de suite mis en place. la mairie de Saint-Jean-de-Braye s’est mise en quête d’un local. elliott Bobiet, dont l’agence Pub’n’drive est voisine, contacte la société Kangourou vert, pour laquelle il a créé un site internet dédié au stockage de colis. et voilà le miracle ! les deux associés à la tête de Kangourou vert, Maxime Asselin et Christophe Descombes, ont décidé de secourir les sinistrés, gratuitement, dans un de leurs entrepôts. « Nous avons été surpris par tant de générosité et la solidarité de nos employés », déclare Alexandre laskowiecki. en effet, durant dix jours, main dans la main, les salariés et leurs deux dirigeants ont nettoyé et réparé leur matériel. la société peut désormais continuer à animer des soirées.
Philippe Bloch
www.philippebloch.com
par
’il est une expression qui in- carne mieux que toute autre la relation compliquée que nous
toutes occasions. indécentes, parce que nous nous affranchissons systé- matiquement de toute responsabilité individuelle ou collective dans ce que nous dénonçons. et dangereuses, parce qu’en agissant ainsi, nous contribuons généralement à aggraver la situation.
Auteur - conférencier, animateur et entrepreneur (auteur de « tout va mal... Je vais bien ! » [Ventana editions], animateur sur BFM Business et Fondateur de Columbus Café)
Nous ferions bien de nous interroger sur l’intérêt de cette passion fran- çaise... Car au fond de nous-mêmes, ne ressentons-nous pas de temps en temps une forme de gêne, voire de honte, face à nos vaines vociféra- tions ? il est grand temps de rappeler qu’aucun progrès n’est atteignable sans une forme minimale d’apparte- nance à une communauté. Qu’aucun pays ni aucune entreprise ne peut réussir sans solidarité. et que les suc- cès ne valent rien sans fierté parta- gée.
10
Juillet-Août 2016


































































































   8   9   10   11   12