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n°31
GALAxiE ECoRéSEAu Rétrospective - La perception de l’équipe de France de football dans le temps
n ous ne voyons plus en Platini, Zidane et Kopa que des types bien sous tous rap- ports. Lourd héritage pour les Bleus d’aujourd’hui qui, du haut de leurs 20 ans, vi- vent entourés de micros et de caméras prêts à trans- former leur moindre déra- page en affaire d’Etat. il faut dire qu’après la victoire de 1998, le panégyrique a suivi. Quelques mois après la victoire de l’équipe de France, la nation a découvert l’intimité de ses héros à tra- vers un documentaire au- jourd’hui cultissime : « Les yeux dans les Bleus », réa- lisé par Stéphane Meunier. Ce dernier a peint une bande de copains détendus et ri- golards, avec qui on a fran- chement envie d’aller jouer àlabelote.ilyaDes- champs, le chef de meute simple et sympa, au phy- sique de joueur de district plus que de milieu de la grande Juventus de Turin. il y a Zidane, le génie timide et son copain Dugarry, le mal-aimé qui prend sa re- vanche dès le premier match de la compétition en ins- crivant un but de la tête. Astérix et obélix. il y a même le héros tragique, Laurent Blanc, sentinelle sur le terrain, vieux sage en coulisses, injustement expulsé en demi-finale, ce qui le prive de la finale his- torique. « Putain d’enculé de ses morts », tel Clytem- nestre découvrant le projet de son mari de sacrifier iphigénie, voilà comment Blanc ponctue face caméra
marque de cigarettes ou lorsque le transfert de Platini à la Juve pour 1M de francs choque une France qui dé- couvre le sport business. Pourquoi ces oublis ? « Car les victoires lavent les foot- balleurs de toutes leurs im- perfections », juge Thomas Pitrel. Qui se souvient, par exemple, que le nouveau chouchou du public, Antoine Griezmann, faisait partie de la bande des joueurs de l’Equipe de France Espoirs qui, en 2012, avait décidé de prendre un taxi depuis Le Havre jusqu’à Paris pour aller en boîte de nuit, à quelques jours d’un match capital ?
« Je t’aime, moi non plus ! »
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.
Depuis 1998, la France voudrait que son équipe de foot soit une dream-team de gendres idéaux. L’histoire ne retient que les trophées et laisse à sa porte l’écume des polémiques...
La victoire les laverait de leurs imperfections...
naissent. Au point de perdre sa place dans le groupe pour l’Euro. Mais la liste est longue des sélectionnés ou sélectionnables au compor- tement douteux en dehors du terrain : Patrice Evra et Franck Ribéry, meneurs dé- signés de la grève de Knysna et impliqués il y a quelques années dans des histoires de coucheries peu reluisantes ; Samir nasri insultant les journalistes ;
en 2012 des « Miscellanées des Bleus » avec Ronan Boscher (Hugo Sport). Les Français et les medias com- mencent à s’intéresser à l’équipe de France quand elle arrête de perdre... C’est-à-dire très tard, qua- siment avec l’arrivée de la génération Platini. Mais les journalistes sont très peu nombreux à les suivre. Ces quelques-uns sont quasiment des copains, donc aucune
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la femme de Platoche. S’en- suit donc pour lui une quasi mise au ban de l’Equipe de France. » imaginez au- jourd’hui le scandale si Ma- tuidi piquait la femme de Lloris... Plus loin de nous encore, un certain Raoul Diagne, qui a sévi dans les années 30, aurait donné la leçon en matière de scandale à tous nos contemporains. « C’était un fêtard invétéré qui compte pourtant 18 sé- lections en équipe de France, poursuit Thomas Pitrel. Il était ami avec Jean Gabin et Joséphine Baker, buvait, fumait et passait ses nuits dans les cabarets de Montmartre. La légende veut même qu’un jour, il aurait promené un guépard en laisse sur les Grands Boulevards... Mais le foot n’intéressait pas les gens, donc ça ne choquait per- sonne. »
La question de l’identifica- tion des foules à leur équipe suit les mêmes règles. on s’identifie soit aux vain- queurs, comme en 1998, soit aux loosers magni- fiques, comme en 1982. « On a glorifié cette équipe de 1982 car les circons- tances ont fait naître autour d’elle un capital sympathie énorme. C’est une équipe qui joue très bien au foot- ball, et qui perd contre LE pays encore très largement honni, l’Allemagne, de sur- croît dans des circonstances tragiques avec le fameux attentat du gardien alle- mand Harald Schumacher sur Patrick Battiston. »
jours sincères et droits dans leurs bottes. Ajoutez là des- sus la pommade politicienne du Black-Blanc-Beur et l’af- faire est pliée : enfiler la tunique frappée du coq vous place dans l’obligation d’être un héros national contemporain.
L’édifice s’effondre quand l’équipe perd, et quand ses membres – reflets fidèles de ce qu’est le foot : un sport populaire – sont des
En septembre 2015, Em- manuel Petit, l’un des héros de 1998, sortait un nouvel ouvrage autobiographique, « Franc-Tireur ». on y ap- prenait que les futurs cham- pions du monde fumaient des clopes à Clairefontaine, et que la bière était parfois consommée avec excès. Qui s’en est ému ? Personne. « Il ne faut pas toucher aux idoles, la dorure en reste aux
Les joueurs de 98 seraient des modèles de vertu, idée à laquelle on a ajouté la pommade politicienne du Black-Blanc-Beur
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cet épisode douloureux. Le problème de cette mer- veille télévisuelle, c’est qu’elle a contribué à construire une vaste mysti- fication : les joueurs de l’équipe de France seraient des modèles de vertu, bien sous tous rapports, genti- ment grossiers parfois, tou-
gamins de cité pas toujours olivier Giroud retrouvé en histoire ne sort. « Au- très instruits, très bien édu- slip dans une chambre d’hô- jourd’hui, des éléments sont qués, très bien entourés. En- tel avec une escort-girl... connus, dont on a très peu tre l’affaire Zahia puis la Alors, nos Bleus sont-ils parlé à l’époque, comme récente polémique de la sex- moins blancs que leurs il- la relation très tendue entre tape – en plus d’un rende- lustres ancêtres ? « Ils sont Michel Platini et Jean-Fran- ment très discutable en bleu surtout suivis par une horde çois Larios, de surcroît co- – Karim Benzema est de- de journalistes, ce qui n’était équipiers à Saint-Etienne. venu le symbole de cette pas le cas autrefois », Larios est un très bon équipe mal aimée, dans la- tranche Thomas Pitrel, jour- joueur, mais il a commis le quelle bien peu se recon- naliste à SoFoot et auteur grave impair de fauter avec
oubliées également les pe- tites polémiques d’antan, lorsque Raymond Kopa fait de la publicité pour une
mains », disait Flaubert. Olivier Faure
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Juin 2016


































































































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