Page 10 - EcoRéseau n°31
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n°31
GALAxiE ECoRéSEAu Le baromètre de l’optimisme - Actions symboliques
Focus sur ces petites interventions discrètes qui changent le quotidien
Le beau geste impromptu
Une baguette moitié prix pour les retraités niçois
La BA sociale inattendue
Ils laissent leur entreprise à leurs salariés !
A nantes, les employés de l’entreprise d’usi- nage spécialisée dans la production de pièces unitaires techniques Delta Meca se préparent à vivre une donation hors du commun. En effet, dans quelques mois, ils deviendront tous propriétaires de la société. En 2008, Mi- reille Bréheret et Christian Caillé
dirigeants. « Une fois parti à la retraite, il devra revendre sa part. Une manière pour nous de faire perdurer notre travail dans le temps », raconte Mireille Bréheret. Cette so- lution forme un cercle vertueux. Elle permet à l’entreprise de bénéficier d’abattements fis-
Perspective
Vive le risque !
ont créé Delta Meca. Aujourd’hui,
à quelques années de la retraite, ils souhaitent transmettre leur
« bébé » à leurs 31 salariés. C’est
pourquoi ils ont, tout d’abord, dé-
cidé de transformer leur entreprise
en Société coopérative de produc-
tion (Scop), au mois de mai 2015.
« Depuis la création de Delta
Meca, nous avons décidé que la mécanique industrielle et l’ouver-
ture d’actionnariat aux salariés se-
ront les deux bases fondamentales
de notre entreprise », explique Mi-
reille Bréheret. « Nous voulions
que l’employé ne soit pas spectateur de la so- ciété, mais son acteur. C’est une sorte d’émancipation des salariés par le tra- vail ! », précise la dirigeante de Delta Meca. Ainsi, en devenant actionnaires, les salariés peuvent prendre des décisions et participer pleinement au développement de leur entre- prise. Ce choix étonnant des entrepreneurs vient en effet de leur souci de transmission et de pérennisation de l’entreprise. « Créer une entreprise demande beaucoup d’énergie, nous ne voulions pas vendre le fruit de notre travail aux étrangers par peur des spécula- tions », explique Mireille Bréheret. La trans- mission se passe de manière progressive. Les salariés rachètent les parts d’actions à leurs
Depuis cinq mois, Fraj Mahjoub a ouvert sa boulangerie « Le Cassin » à l’ouest de nice. Malgré le fait qu’il ait eu du mal à se faire une clientèle – plusieurs boulangeries étant déjà pré- sentes depuis longtemps sur le Boulevard René Cassin – sa bou- langerie apparaît dans tous les journaux de France depuis un mois. Ce trentenaire offre en effet des baguettes à moitié prix aux personnes âgées ! « Ce n’est pas une opération marke- ting ! », se défend Fraj Mahjoub. il a tout simplement été touché par les retraités qui comptaient leur moindre centime devant son comptoir. « Ce n’est pas facile pour tout le monde », poursuit le boulanger. « Je suis parti de l’idée qu’en 50 ans, le prix du pain a été multiplié par 12 ! Je me suis dit que vendre une baguette à 45 centimes au lieu d’un euros ne fera pas couler mon busi- ness », explique l’artisan. Depuis, entre 10 heures et midi et entre 14 heures et 16 heures, il propose aux retraités des ba- guettes à moitié prix. Cette belle initiative a suscité l’intérêt de nombreuses personnes âgées qui viennent désormais se procurer le pain même pour leurs proches, en espérant que les boulangers aussi généreux se multiplieront comme des petits pains... Dis- cret et humble, outre ce beau geste impromptu qui a fait des heu- reux, Fraj Mahjoub parle peu du fait qu’il donne aussi ses invendus au Secours Populaire et aux Restos du Cœur.
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infinitésimal et d’une façon incertaine en l’état des connaissances scientifiques, le principe de précaution a transformé chacun de nous en trouillard compulsif. Dans le doute abstiens-toi, tous aux abris ! De la Renaissance à une époque récente, l’homme n’a pourtant cessé de remporter de superbes victoires sur une nature par définition arbitraire et hostile, à travers notamment les avancées de la science, de la physique et de la médecine. Les dé- couvertes majeures de la deuxième partie du xxe siècle, au premier rang desquels l’arme atomique, ont progressivement transformé le progrès en menace létale. Même les vaccins sont désormais suspects
caux pour les salariés. De plus, les action- naires touchent les dividendes. « Ce fonctionnement profite à l’investissement du territoire et à nos clients », explique Mireille Bréheret. Même si la transmission a com- mencé l’année dernière, elle va se diluer sur six ans pour que l’ensemble des parts puisse être vendu aux salariés. Pour le moment, les dirigeants accompagnent leurs salariés dans ce changement et donnent des conseils en matière de direction. « Grâce à ce fonction- nement, nous pouvons maintenir les emplois et les activités pour que toute cette énergie profite non pas aux spéculateurs mais aux personnes qui ont vraiment mouillé la che- mise », conclut Mireille Bréheret.
port au risque est une aberration qui nous isole. interdire des solutions sans jamais tenir compte du danger des alternatives ou du coût de notre inaction est une menace qui doit être débattue et combattue, faute de quoi il sera bientôt défendu de rêver. Les risques sont inhérents à la re- cherche scientifique, voire à toute activité humaine. Mais ne trahissons pas la mé- moire de celles et ceux qui en ont pris pour nous depuis des siècles et ont ainsi rendu notre vie infiniment plus supportable. Réapprenons le plaisir qu’il y a à plonger dans l’inconnu, et remplaçons dans notre Constitution l’obsession sécuritaire par la poursuite du bonheur. La vie, la VRAiE vie, n’est qu’une succession de risques pris... et surmontés !
Philippe Bloch
www.philippebloch.com
ou l’environnement existe, même
par
artant du principe que mieux vaut s’abstenir si un risque pour la santé
aux yeux d’un pays (celui de Louis Pas- teur !) qui ne supporte plus la moindre prise de risques. Toute découverte scien- tifique devient susceptible de provoquer une hécatombe. La « légitime crainte » suffit à stopper net chaque initiative ou à l’encadrer de façon tellement rocambo- lesque qu’elle finit par mourir d’elle- même sans même que l’on s’en aperçoive. La peur est devenue une vertu qui handi- cape le futur. Ce qui compte n’est plus tant le risque réel que le risque perçu, relayé sur la Toile et dans l’opinion pu- blique.
Auteur - conférencier, animateur et entrepreneur (auteur de « Tout va mal... Je vais bien ! » [Ventana Editions], animateur sur BFM Business et Fondateur de Columbus Café)
Entendons-nous bien. Prendre en chaque chose les précautions nécessaires est une nécessité qu’il convient de préserver à tout prix. Mais accepter que la surenchère sécuritaire corrompe à ce point notre rap-
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Juin 2016
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