Page 86 - EcoRéseau n°30
P. 86

www.ecoreseau.fr
n°30
aRT dE ViVRE & PaTRiMOiNE Regard sémantique
Depuis neuf ans, Jeanne Bordeau compose des “tableaux de mots” à partir de collages issus d’articles de presse. Démonstratives et percutantes, ses “compositions sémantiques” accrochent le coeur et la raison. A la fois miroir et interprétation de l’actualité,
ses tableaux décryptent l’époque de manière presque prémonitoire.
Créations thématiques et singulières, ses tableaux mettent en scène les mots-clés d’une année dans des secteurs d’actualité majeurs : politique, économie, crise, culture, société, culture, femmes, développement durable, ressources humaines, verbes. Chaque année, ces dix toiles forment ainsi “une tapisserie de Bayeux contemporaine” et sont exposées courant janvier à Paris.
La mémoire des mots
On pourrait croire que la femme n’est qu’un être d’apparence. Evidemment, non ! On se demande aussi comment se libérer de la « pression » ? Comment ne pas être condamnée à devenir une « Wonder Wo- man » ? Comment ne pas être ensevelie par une vie plurielle, par un temps qui va toujours plus vite ? En cédant peut-être à la « manie de faire des listes ». Etre ainsi l’arbitre de ses priorités.
Nomdutableau: Femme,2015,JaneBee dico d’époque
Cette femme insaisissable, est définitivement digitalisée. Elle est prise dans les mailles de la toile. Son mobile change la presse traditionnelle et regorge d’applis qui prolongent l’inaccessible quête de perfection. Les ordinateurs auraient-ils un sexe ?
le cordon bleu du foyer, la séductrice pour satisfaire le mari, la bonne co- pine, la femme qui pense...
LA FEmmE, AvEniR du mondE !
En 2015, l’image de la femme se déploie en deux temps discordants. D’un côté une femme futile en- gluée dans des préoccupations esthétiques et de l’autre une femme de l’ombre. Un être humilié qui doit défendre sa dignité !
Dans l’ombre du deuxième sexe
Futile mais écologique quand même
La femme de 2015 est comparée à « une poupée Barbie ». La comparaison avec la poupée n’offusque personne. Pas de polémique en vue mais plutôt une sorte de beauté responsable. Responsable, la beauté ? Mais oui Madame, on peut désormais avoir des « ongles écolos », grâce à des vernis composés de produits bio. Révolution encore avec la confirmation d’une tendance, les « bijoux équitables » ! Quid de la « minceur durable » ? il est enfin possible de manger à sa faim, d’être en harmonie avec les besoins de l’organisme et de maigrir quand même.
Par peur d’être vieille, faut-il « inventer son âge » ? Parade pour faire face à « quel âge faites-vous ? » ou même à « vous ne faites pas votre âge » !
Et le numérique créa une femme 3.0
En 2015, l’avenir de la femme se matérialise sur des terres de combats. La femme « engagée » hurle, ma- nifeste, risque sa vie mais on ne l’entend que trop ra- rement. « A Kaboul », une rappeuse dénonce le mariage forcé, ce sinistre et terrible « il a marié sa fille de 12 ans ».
a vrai dire, on ne sait pas si la femme est 3.0 ou 2.0. En tout cas si elle cherche sa moitié on lui propose désormais des « relations sexuelles 2.0 ». Jusqu’où le virtuel peut contenter les désirs du corps ?
« il a marié sa fille à 12 ans » comme un refrain ef- frayant qui se déploie dans l’actualité : en australie, un père comparaît devant un tribunal car il a voulu marier sa fille à l’âge où l’on est encore une enfant.
Les désirs de beauté peuvent bien entendu se satisfaire de la technologie. Pour être certaine de posséder le postérieur compatible avec le temps des plages, des lunettes procurent l’incomparable privilège d’admirer ses « fesses en 3D ».
Néoféminisme à l’horizon
avec les tutoriels de YouTube, on apprend sans peine à chasser les imperfections. il faut se faire du bien à l’esprit et au corps, avec la « gym émotionnelle ». Envie de danser pour parfaire ses bonnes résolutions ? Un air entraînant sur l’iPod et déjà vous succombez à la « hoopdance ».
Le « néoféminisme » mobilise le débat de société. Estimer que la femme et l’homme sont complémen- taires, une perspective qui enthousiasme. Seulement, cette vision ne parvient pas à embrasser la femme, celle qui demeure insaisissable. insaisissable car les médias s’interrogent sur le fait de savoir ce qu’est « une femme iconique ». Et puis comment comprendre « le choix du voile ». Femmes éprises de religion, li- brement ?
Le « contouring » s’occupe de votre visage. Kim Kardashian a démocratisé ce maquillage Photoshop. En prime : le « flex » pour la tonicité musculaire et la « respirologie » pour enfin ne plus être à bout de souffle.
Liberté chérie, liberté bafouée
par
Si l’on veut être tout à la fois, on risque de n’être plus rien du tout. On oublie de s’accorder du temps. Même la « Wonder Woman » d’Hol- lywood ne fait pas tout, elle ne s’oc- cupe pas de payer la cantine scolaire. Cessons le « oui augmenté », il faut aussi utiliser un super pouvoir ac- cessible : savoir dire « Non ». S’ar- rêter, souffler peut être un luxe.
jeanne bordeau
Wonder Woman dans le texte
Attention addiction
La célèbre super-héroïne revient au cinéma, incarnée par Gal Gadot. Mais par-delà la fiction, l’expression s’est imposée.
Wonder Woman
Oui, mais non
Fondatrice de l’institut de
Selon anne Boutelant, auteure de
la qualité d’expression
L’américain nous lègue ses expres- sions même dans l’univers féminin. La femme qui sait faire des affaires, qui dirige sa start-up est qualifiée de « working girl ». La « Wonder Woman », elle, ne se contente pas d’être une reine du business. Elle endosse tous les rôles : être la maman,
Trop bonne, trop conne (édition
Marabout), il pourrait y avoir quelque chose d’addictif à être cette « Wonder Woman ». Etre toujours sur le pont, être sur tous les fronts, être le grain de sable indispensable à la mécanique du quotidien. L’ivresse d’être irrem- plaçable.
Mai 2016
PRoCHAin numéRo LE jEudi 26 mAi 2016
86


































































































   84   85   86   87   88