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n°30
PaNORaMa International - Alliances françaises, un dynamisme sans sous
Analyse d'une problématique transversale qui concerne plusieurs pays et interpelle la rédaction,
Soft power sous-exploité
choisi en toute subjectivité
Oalors qu’une partie des élites tricolores cède aux sirènes du tout anglais, la demande de français explose dans le monde. Enquête sur le réseau des alliances françaises très prometteur...
ctobre 2014. Por- de la structure, recherche mine. « Les Chinois savent toviejo, au fin fond des étudiants et des fonds : qu’il existe de très bonnes de l’Equateur. tout est géré par des res- écoles d’ingénieurs peu
dans cette ville de taille ponsables locaux particu- chères en France, ainsi que
moyenne, la sixième du pays par sa population, on s’apprête à recevoir l’am- bassadeur de France. L’évé- nement est organisé par l’alliance française. Le pré- texte ? L’anniversaire de la visite officielle du général deGaulleilya50ans.La réunion ne passe pas ina- perçue. des membres de la municipalité se déplacent, des universitaires, des mé- decins. de quoi resserrer les liens entre la France et ce petit pays d’amérique du Sud.
lièrement motivés. En 2015, les aides des ambassades françaises n’ont représenté que 15% du budget général des alliances, le reste étant surtout levé auprès des étu- diants (les cours sont payants) et par le biais de partenariats locaux.
des universités gratuites. Dans leur écrasante ma- jorité, les étudiants ont pour objectif de venir y étudier », explique Bruno Leroux, ancien fonction- naire détaché à la direction de l’alliance. L’impact n’est pas neutre ; une fois revenu au pays, c’est un peu de la France que les apprenants chinois rappor- tent chez eux. des liens se tissent, des réseaux se for- ment. Et les entrepreneurs français qui veulent tenter leur chance dans le pays ont toutes les raisons d’en profiter. « Nous voyons souvent des expatriés qui contactent l’Alliance, sou- ligne Bruno Leroux. Ils ont besoin d’aide en langue ou demandent des conseils pour se loger, mais ils cher- chent aussi à participer à des activités culturelles, à rencontrer du monde. En outre, une Alliance peut ponctuellement organiser un événement, par exemple si un restaurant français ouvre dans la ville. » Les entreprises hexagonales peuvent aussi trouver d’ex- cellents traducteurs dans les alliances. C’est en se basant sur ce réseau que l’ancien ambassadeur de France en Chine a crée Campus France. Le but ? Réunir les Chinois qui ont étudié ou voyagé dans l’Hexagone et monter des événements propres à fa-
des alliances françaises, il en existe quatre rien qu’en Equateur. Elles y enseignent notre langue, et participent indirectement à l’action cul- turelle de l’Hexagone. « Ce ne sont plus les officiels qui défendent le français dans le monde, au contraire, mais des asso- ciations comme les Al- liances », souligne albert Salon, ancien ambassadeur et président d’avenir de la langue française. « Les Al- liances facilitent les échanges entre la France et les pays d’accueil par
Petit, mais costaud...
une meilleure connaissance de l’autre : de sa langue bien sûr, mais aussi de sa culture », explique Emilie
çaises, et le nombre d’étran- gers inscrits dépasse les 500000. des établissements sont présents dans 133 pays,
planète : en dix ans, les ef- fectifs étudiant en alliances ont grimpé de 50%. Un dy- namisme d’autant plus éton-
moRCEAux dE FRAnCE
Le profil des étudiants dans les alliances françaises est diversifié, les motivations aussi. Créé par des Equa- toriens francophiles, l’éta- blissement de Portoviejo accueille autant des per- sonnes désireuses de par- ticiper à une activité cul- turelle que des étudiants
800 Alliances françaises, un nombre d’étrangers inscrits dépassant les 500 000, avec une croissance
Barberet, directrice de l’éta- blissement de Portoviejo. Le réseau est conséquent : dans le monde, il existe plus de 800 alliances fran-
de 50% en dix ans
souhaitant étudier dans un pays francophone. a l’al- liance française de Nankin, qui concentre 1000 étu- diants, l’aspect pratique do-
sur les cinq continents. a l’heure où les décideurs tri- colores font la part belle au tout anglais, la demande de français explose sur la
nant que, contrairement aux mastodontes publics que sont les instituts français, ces établissements se dé- brouillent seuls. Montage
Trois questions à Albert Salon, président de réseau Avenir de la langue française, auteur en 1981
de la thèse de référence sur « L’action culturelle de la France dans le monde ».
« Echanges, amitiés et influence »
Depuis quand les Alliances françaises existent-elles ?
Ces vecteurs de relations culturelles de la France sont officiellement nés en 1883. Mais les relations culturelles extérieures organisées commencent dès 1535, avec le Traité entre François Ier et Soliman le Magnifique donnant à la France le monopole de la protection des chrétiens dans l’Empire ottoman. En 1883 et en 1902, l’Alliance française et la Mission laïque ont pris le relais. On parlait alors de « mission civilisatrice » par les soins, l’école, et la langue.
Quel est l’apport essentiel des Alliances françaises ?C
Devenu mondial, ce réseau crée des échanges culturels et des amitiés, tout simplement. Les élites des pays partenaires sont ainsi amenées à favoriser les intérêts français, et vice-versa. L’Allemagne, les États-Unis ont pratiqué une grande « politique d’influence » par la culture. Les Chinois s’y mettent.
La France possède un atout extraordinaire : on estime le nombre de
locuteurs francophones à environ 230 millions sur la planète et ils sont présents sur tous les continents. L’Organisation internationale de la fran- cophonie (OIF) regroupe 80 pays. Mais c’est un réseau sous-valorisé, encore méconnu, voire occulté volontairement par trop de nos dirigeants.
Pourquoi nos dirigeants ferment-ils les yeux ?
Ils ont estimé que la France était dépassée et qu’il fallait se placer sous tutelle américaine. C’est vrai sur le plan diplomatique mais aussi culturel : regardez la loi Fioraso, qui avait initialement autorisé que des enseignements supérieurs fussent exclusivement donnés en anglais dans nos universités. Tout cela est d’ailleurs le résultat de la politique américaine de « conquête des esprits » – de soft power – mise en place après-guerre, dans les fourgons du Plan Marshall, et qui bénéficie aujourd’hui de moyens consi- dérables – Etat, universités, fondations.
contacts entre les
ciliter les. responsables des deux pays. « Les Alliances françaises sont une jolie vitrine qui maintient le capital sym- pathie dont la France bé- néficie dans le pays d’ac- cueil », résume Emilie Bar- beret. a utiliser sans mo- dération.
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Mai 2016
Ludovic Greiling


































































































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