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n°30
PaNORaMa Hexagone - Investissements étrangers dans les secteurs créatifs
Dans chaque numéro EcoRéseau Business revient sur une problématique très commentée de l'actualité française,
désormais sixième puissance mondiale, la France descend dans le classement. du jamais vu depuis... 1976 ! Mais a- t-elle toujours la cote au ni- veau des investisseurs ? Si notre cher pays épouse la tendance positive européenne d’un regain d’attractivité en matière d’investissements, avec 608 décisions d’inves- tissements en 2015 – soit 18% d’implantations étran- gères de plus qu’en 2014 –, ces derniers ne sont pas pour autant pourvoyeurs d’emplois avec -11% de créations d’em- plois. Si le contexte fiscal et réglementaire et le coût du travail sont souvent posés comme des freins en matière d’attractivité, la culture, l’im- mobilier et l’art de vivre n’en demeurent pas moins d’autres leviers de séduction, à la fois vecteurs d’un soft power à la française, mais également de secteurs où il fait bon in- vestir.
structures en matière d’édu- cation, de transports, de santé, de numérique, résultats de nos dépenses publiques et donc de sa fiscalité... « Nous faisons partie du plus haut
par exemple, nous aurions pourtant de beaux atouts à faire valoir. Mais l’environ- nement fiscal et social, joue en notre défaveur au profit de grandes métropoles eu-
se réalisent davantage sous forme d’acquisition d’actifs et de recentrage plus que d’implantation d’usines et de centres R&D. Les entre- prises françaises qui ont été
le reste des ICC (Industries Culturelles et créatives) pè- sent deux fois plus en matière de PIB que le secteur de l’automobile », compare Marc Lhermitte. Ce secteur d’activité ferait d’ailleurs partie de nos exceptions pré- sentant une balance com- merciale excédentaire. « C’est un véritable vecteur de tourisme et d’investisse- ments. Il est certain que dans le rayonnement de la “marque France” à l’inter- national, les industries cul- turelles et créatives jouent un rôle essentiel, parce qu’elles incarnent et reflètent à la fois un certain génie français, nos valeurs, notre art de vivre », poursuit l’as- socié de chez EY. La question de l’attractivité française en matière d’art de vivre ne se- rait donc plus circonscrite à ses pendants gastronomiques, viticoles, culinaires et im- mobiliers. Les daft Punk auraient-ils plus d’aura que les grands crus classés du Bordelais pour attirer les in- vestisseurs ?
vivre... Tout comme notre rancœur à l’égard des fonds d’investissements Qatari qui se réduirait à peau de chagrin si un jour le PSG gagnait la coupe aux grandes oreilles... il en va de même avec les Chinois et notre cher patri- moine viticole. Laurent Cha- poulaud, associé responsable du bureau de Bordeaux chez EY, analyse : « Les investis- sements dans le patrimoine viticole sont la conjonction de deux facteurs : certaines familles françaises ont envie de passer la main en raison de problèmes de reprise d’ac- tivité, d’indivision, de fiscalité de transmission d’une part, et l’intérêt des investisseurs chinois d’autre part, qui re- présentent plus de 95% des IDE dans ce secteur d’acti- vité. »
Fluctuat, nec mergitur
afin de la décortiquer et de la mettre en perspective (historique, géographique,...)
Certes moins attractive que ses deux grands voisins limitrophes, la France continue de séduire. Une tendance qui s’expliquerait par son art de vivre et ses capacités créatives.
LA ConTRAdiCTion FRAnçAisE suR L’éCHiquiER EuRoPéEn
ropéennes. Cette tendance pourrait se confirmer en 2016 et nous empêche de progres- ser dans les classements d’at- tractivité et d’IDE », note Marc Lhermitte.
rachetées ou qui ont accueilli des actionnaires ont été main- tenues en raison de l’excel- lence des centres d’innova- tions », observe Mar Lher- mitte.
in vino vERiTAs
La France, un paradoxe ? « Notre pays possède un po- sitionnement très différenciant dans le monde, en raison de qualités indiscutables et de caractéristiques écono- miques, créatives, artis- tiques.Pourtant son image et sont coût ne sont pas à la hauteur », introduit Marc Lhermitte, associé chez EY France. Le pays possède une image de marque qui séduit toujours les investisseurs en matière d’aéronautique, de luxe, d’agroalimentaire. « Nous possédons des forces à rayonnement mondial qui tirent un écosystème autour de grands donneurs d’ordres. C’est une vraie force dis- tinctive », poursuit Marc Lhermitte. L’attractivité fran- çaise s’exprime aussi dans la haute qualité des infra-
CRéATion ET innovATion, FERs dE LAnCE dE noTRE AT- TRACTion
« Nous ne sommes pas exclus de la course dans le numé- rique, l’énergie, la santé. Sur ces trois grands domaines, force est de constater que la France demeure attractive,
autrement dit, « en France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées », lançait Va- léry Giscard d’Estaing alors ministre des Finances en 1976. L’adage fait au- jourd’hui doublement écho : la France était alors sixième puissance mondiale et la France créative d’alors était aussi un important fer de
Justin Bridou est devenu Chi- nois il y a quelques années. Souvenez-vous du sentiment de consternation et de cris- pation qui avait atteint la po- pulation. aujourd’hui, la ma- jorité actionnariale a été ra- chetée par un groupe Mexi- cain Sigma alimentos. Mais rassurez-vous, cette marque apéritive, tout comme Co-
quant à
« Les nouveaux propriétaires sino-quatari insistent pour que tous les macarons soient roses, quel que soit leur parfum... »
niveau en matière d’infra- structures avec l’Allemagne, Singapour et la Suisse par exemple. Mais pour autant nous accusons un retard com- parativement au Royaume Uni et à l’Allemagne en ma- tière d’Investissements directs de l’étranger (IDE). L’Hexa- gone souffre d’un déficit d’image dans les médias, et d’un déficit de compétitivité auprès des investisseurs et entrepreneurs », analyse Marc Lhermitte. La faute vi- siblement à un marché du travail qui manque de flexi-
Si dans un premier temps, ce type d’investissements a été suscité par la reconnais- sance sociale que ce type de bien procure – à l’image de la motivation d’un achat dans la belle pierre –, aujourd’hui, la tendance évolue. « Sur les 10000 domaines bordelais, 120 à 130 ont été rachetés par des investisseurs étran- gers. Il s’agit de domaines intermédiaires vendus entre 3 et 20 millions d’euros. La marque Bordeaux reste très prestigieuse. Elle évoque la ville et le vin. Mais au- jourd’hui, on investit dans le vin pour rénover et pro- duire. La démarche est en- trepreneuriale et il existe un
Sur les 10000 domaines bordelais, 120 à 130 ont été rachetés par des investisseurs étrangers, désormais dans une démarche entrepreneuriale
plus grand respect.
ce type d’investissements », conclut Laurent Chapoulaud. des investissements qui res- tent cependant à pondérer dans leur importance, au re- gard de ce qui est réalisé en aquitaine en agro-alimentaire et en aéronautique, les autres piliers de la région.
bilité et un rapport coût/com- constate l’associé chez EY. lance. aujourd’hui, l’indus- chonou, est développée de- pétitivité moins attractif à Le marché est dynamique et trie culturelle et de la création puis sa création par Compo- cause de l’environnement le leadership français sur les artistique pèse 1,3 million frio Food Group, un groupe fiscal trop lourd. « Au regard biotechs, une réalité sur la d’emplois. « Mis bout à bout, espagnol. L’exemple ques- du poids économique de notre scène mondiale. Côté inves- le spectacle vivant, la radio, tionne notre position sur les industrie culturelle et créative, tissements, les mouvements la télévision, le jeu vidéo et produits qui sonnent art de
Geoffroy Framery
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