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n°30
PaNORaMa Grand Angle - Uberisation de l’économie
L'occasion pour EcoRéseau Business d'enquêter sur le sujet principal du panorama, politique, sociétal ou macro-économique
« Uber » rime-t-il avec monde meilleur ? Quelles conséquences sociétales et économiques de l’uberisation ? Quel rôle avons-nous à jouer?
insolente et insouciante! Telle est l’idée que nous nous faisons, souvent méfiants, de la jeunesse. du point de vue économique, cette fougue entrepreneuriale accouche en 2016 d’une économie nouvelle popula- risée par le néologisme d’uberisation. « Un marché qui représente 3,5 milliards d’euros en France et qui de- vrait être multiplié par trois d’ici 2018 », estimait Sophie de Menthon, présidente du Mouvement ETHiC en préambule d’une table ronde sur les dangers et les op- portunités de l’Uberisation qui s’était tenu le 9 février dernier. Terme galvaudé et fourre-tout, l’uberisation de- meure un casse-tête à conceptualiser, peser et ana- lyser. il n’empêche que le terme possède au moins le mérite de questionner sur la transition économique, sociale, technologique que nous vivons actuellement. EcoRéseau Business mène l’enquête sur l’étendue du phénomène et de ses impacts sur les entreprises et la so- ciété.
que les black cabs anglais ont manifesté contre l’opé- rateur. autre son de cloche en Corée du Sud où le gou- vernement a décidé de ne pas légaliser Uber sur son précarré national ; tout en encourageant sa population à dénoncer l’activité des VTC grâce à un système de récompenses. Plus récem- ment, fin mars précisément, la plateforme « demander- justice.com » a été relaxée suite à de nombreuses at- taques légales des avocats, inquiets que la résolution de litiges mineurs et la pro- cédure de saisine ne leur échappent.
dAvid 2.0 ConTRE GoLiATH 1.0 ? allocab dans le transport de personnes BtoB, Uber qui n’est plus à présenter, Testamento pour les services testamentaires en ligne, One- Park, interface qui met en relation les entreprises pour les places de parking va- cantes, Popmyday, plate- forme de beauté et d’esthé- tique... Les success stories sont légions et attestent d’un phénomène à l’œuvre dans notre économie : l’uberisa- tion. Ce dernier implique plusieurs processus à l’œu- vre au sein de notre écono- mie et se situe à la croisée de trois grandes tendances : le collaboratif dans son in- novation d’usage, la « da- tafication » de notre écono- mie et sa monétisation via les algorithmes et le déve- loppement de l’économie à la tâche, apanage du travail
en freelance. Bruno Teboul, vice-président du groupe Keyrus en charge des sciences et de l’innovation, circonscrit : « le phénomène entend décrire des innova- tions réalisées dans les usages par ces start-up qui viennent de la périphérie et siphonnent les acteurs his- toriques. ». autrement dit, l’uberisation se caractérise donc par l’innovation de service et l’émergence de
tures technologiques, mais plutôt des innovations dites incrémentales ou d’amélio- ration qui s’expliquent da- vantage par l’amélioration d’une offre existante, d’un service ou par la simple motivation de répondre à l’insatisfaction des consom- mateurs qui a atteint son paroxysme ». Reste donc que l’uberisation à l’œuvre de notre économie n’est ni la transformation digitale,
pect de notre économie et s’en empare peu à peu. dou- cement mais sûrement, les nouveaux « barbares », nom que se donnent un collectif d’entrepreneurs grands dé- fenseurs du numérique, entre autres hérauts de la French Tech, questionnent les en- treprises traditionnelles ou professions réglementées. a l’image de Testamento, pla- teforme qui permet de réa- liser son testament en ligne,
autre acteur dans un autre créneau mais toujours à la sauce Uber, Popmyday, une application qui permet de réserver des services de beauté à domicile (onglerie, coiffure, maquillage & bien- être) auprès d’un réseau d’indépendants sélectionnés par la société. Cofondatrice de cet Uber de la beauté, Morgane L’Hostis ajoute: « Notre application permet aux professionnels de se
L’uberisation : une passe d’armes à fort enjeu dans le cadre de notre transition numérique...
L’uberisation se manifeste donc par l’émergence de nouveaux business models qui mettent à mal les acteurs existants et reflètent l’agilité économique de ces acteurs. « L’uberisation du secteur financier et l’émergence de la fintech nous influence dans nos processus de R&D, nous obligent à nous posi- tionner, à tirer la qualité de nos services vers le haut, à penser notre relation avec ses nouveaux acteurs (par- tenariat ou rachat,NdLR.) », observe Marie-anne Barbat Layani, directrice Générale de la Fédération Bancaire Française lors de la table ronde du 9 février organisée par le Mouvement ETHiC. En atteste aussi l’exemple d’Uber qui, valorisé à 41 milliards après seulement sept exercices annuels, ouvre sa plateforme à des services d’un genre nouveau et per- met aux usagers de faire baisser le prix de leur course par covoiturage. dans la même veine, l’opérateur américain a aussi bouleversé son modèle côté chauffeurs en leur donnant la possibilité de livrer un colis sur leur trajet. Les premiers tests ont également commencé pour la livraison de repas.... Le néologisme évoque donc un rapport de force qui ques- tionne. Quid de la destruc- tion d’emplois, de la fiscalité pour chacun des acteurs de
Services dans le médical, le juridique, le fiscal, le loisir, l'assurance, le financier voire même dans le recrutement
Mai 2016
un modèLE qui quEsTionnE
Services dans le médical, le juridique, le fiscal, le loisir, le recrutement, la beauté, l’assurance, le fi- nancier voire même dans le recrutement d’Escort Girl... Tout est uberisable. Force est de reconnaître que ledit phénomène, puisqu’il par- ticipe de la transformation digitale, irrigue chaque as-
ces plateformes qui évoquent une rupture au regard des acteurs et business models existants confrontés à ce bouleversement digital, in- carnant une transition vers des modèles numérisés et moins coûteux : qualité de service plus forte/plus réac- tive, ultra segmentation de l’offre... à grand renfort d’ap- plications, d’algorithmes et de CRM, avec en sus l’ab- sence d’investissements lourds, d’immobilisations financières ou de BFR gar- gantuesques. Bruno Teboul précise qu’ « avec le numé- rique, bon nombre d’inno- vations ne sont pas des rup-
d'Escort Girl... Tout est uberisable
ou encore Legalstart.fr, lan- cée en 2014, autre interface numérisée qui apporte de nombreux services juri- diques à bas coût et avec réactivité grâce à une pla- teforme qui fonctionne en arborescence, à laquelle s’ajoute un algorithme pour personnaliser le service. Le résultat est décoiffant : dix minutes pour créer sa SaS, des services dématérialisés 80% moins chers que les prestataires traditionnels et une automatisation de cer- taines procédures, à l’image des demandes de K-bis, de procédures d’embauches, de création de marque.
créer une clientèle. La coif- fure et l’esthétique sont des secteurs où la part de free- lances augmente fortement et il est difficile aujourd’hui pour eux de se faire connaî- tre autrement que par le bouche à oreille. Popmyday garantit la qualité de pres- tation par une forte sélection à l’entrée des professionnels et permet ensuite aux free- lances de fidéliser leur clien- tèle grâce à la notation qui suit chaque rendez-vous. » ailleurs, le bras de fer légal et médiatique entre G7 et Uber est ainsi venu cristal- liser cette lutte entre l’ancien et le moderne. de même
ni l’économie collaborative, mais repose sur une logique tripartite où une plateforme relie client et service, avec notation des prestataires et interface de paiement.
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