Page 64 - EcoRéseau n°29
P. 64
www.ecoreseau.fr
n°29
RH & FORMATION Carrières & Talents - Executive MBA, le vent en poupe malgré tout
Analyse d'une formation et de sa capacité à satisfaire les besoins des entreprises
Master of Business Transformation
M Pourquoi cette formule coûteuse et de moins en moins prise en charge par les entreprises continue-t-elle chaque année de convaincre maints cadres seniors?
algré la frilosité MBA. La déclinaison Exe- léités de changement d’un les participants ont besoin diplôme. Non, un EMBA correspondre sa vie profes- des entreprises à cutive, elle, se fait plus rare. haut potentiel ne peut être d’être sensibilisés à la nou- n’est pas qu’un gouffre dans sionnelle avec ses principes financer ces pro- Une quinzaine de formules qu’un atout pour une entre- veauté, aux transformations lequel on jette de l’argent. moraux et valeurs. « Cela
grammes coûteux, chaque possèdent en effet l’appel- prise qui souhaite engendrer numériques, aux nouveaux De même qu’il n’est pas peut se traduire par le pas-
année se clôture avec au compteur mondial entre 300 et 500000 obtentions du titre de MBA (Master of Business Administration). Si la for- mule plaît au-delà du coût et du sacrifice personnel, il importe bien évidemment de séparer le bon grain de l’ivraie, d’autant qu’aucune règle n’est strictement ap- pliquée autour du libellé. En corollaire, le nombre des ouailles travaillant d’arrache- pied le GMAT ne cesse d’augmenter. En Asie, la for- mule reste demandée à un niveau élevé. Aux Etats- Unis, après une phase de stagnation, le marché repart. Partout dans le monde le MBA séduit, y compris dans ses récentes déclinaisons : MBA junior ou e-MBA – entendez MBA dispensé 100% à distance. De même, les MBA sectoriels et spé- cialisés coulent des jours heureux. La conjoncture éco- nomique a également favo- risé les formules en « part time » qui laissent au réci- piendaire un pied dans l’en- treprise. L’Europe, elle, se caractérise par une demande croissante en matière d’Exe- cutive MBA (EMBA). Au regard de la conjoncture, les problématiques des grandes écoles demeurent les mêmes. En façade, la tâche porte es- sentiellement sur un travail acharné quant à la notoriété de leur marque, mais les écoles doivent aussi s’atteler à un tout autre chantier : celui de convaincre entre- prises et hypothétiques can- didats que l’Executive MBA comble les attentes de chaque partie prenante.
lation sur notre territoire. De fait généraliste contrai-
une dynamique interne de changement et d’innovation.
business models, etc. », note Thomas Jeanjean, directeur
juste un outil d’outplacement et de réseautage à plusieurs dizaines de milliers d’euros (voire plus de 100000 pour certains). « Il faut corriger cette erreur de perception, précise Thomas Jeanjean. Participer à un Executive MBA, c’est faire progresser conjointement l’entreprise et le participant. L’intérêt premier pour l’en- treprise, c’est de bénéficier d’un collaborateur motivé, mieux formé et préparé aux défis de demain. » Les avan- tages à court et moyen termes sont notoires. Surtout lorsqu’il s’agit de faire tra- vailler en interne un haut potentiel sur le cap straté- gique de l’entreprise dont il connaît de nombreux rouages. Enfin, côté entre- prises, financer tout ou partie de la formation revient à en- voyer un signal que l’orga- nisation souhaite qu’un cadre se développe pour l’entre- prise et non pour partir vers un autre horizon profession- nel. Un message qui s’adresse d’ailleurs à chaque haut potentiel d’une organi- sation.
sage à l’entrepreneuriat, à l’expatriation, à la direction de business unit... Mais dans tous les cas, ce questionne- ment est riche et trouve des réponses lors d’un Executive MBA », soutient Pascale Ber- thier, directeur du MBA de l’EM Lyon.
rement aux formules secto- rielles, le positionnement des EMBA se porte logi- quement sur l’excellence du contenu. L’EMBA se légi- time pour de nombreuses raisons, aussi variées qu’il existe des virages de carrière
La logique du MBA épouse aussi des besoins de forma- tion personnelle, celle de devenir par exemple un meil- leur gestionnaire après un background trop scientifique ou d’être capable, de façon intrapreneuriale, de déve-
La quête de sens et l’envie de sortir de la masse, deux puissants moteurs du EMBA...
de la formation continue à l’ESSEC. Plus classique- ment, les candidats expri- ment aussi le besoin de re- nouveler leur vision pour cultiver une ouverture sur de nouvelles opportunités business et professionnelles.
L’ÉPANOUISSEMENT DU SENIOR ET LA QUÊTE DE SENS DU QUADRA
Par ailleurs, les principaux besoins actuels des candidats s’expriment aussi dans le renforcement des dispositifs d’accompagnement person- nel durant ce parcours de haut vol. « La personnali- sation de l’accompagnement est de plus en plus poussée : série de rencontres avec des coaches dont le vivier se compose de dirigeants de grandes entreprises, de DRH également issus de grandes entreprises, d’intervenants de la London Business School, etc. Les candidats sont en demande d’être épau- lés pour concilier études et vie professionnelle », ex- plique Pascale Berthier. L’EM Lyon fait partie de ces institutions qui poussent cet accompagnement un cran plus loin. « Depuis octobre, nous avons élargi le dispositif carrière du MBA aux Exe- cutive MBA. D’autres ponts se sont d’ailleurs établis pour faire fructifier la for- mule. Nous avons fait le choix d’intégrer certains ef- fectifs de l’Executive MBA (les participants aux fast tracks, NDLR) aux partici- pants du MBA classique », poursuit la directrice. Des
Non le MBA n’est pas qu’un outil d’outplacement. Il faut corriger cette erreur
Fabienne Autier, enseignante à l’EM Lyon, spécialiste des problématiques RH, décom- pose dans l’un de ses ou- vrages les différents âges professionnels. Si jusqu’à 30 ans, le collaborateur se situe dans une phase d’obli- gation et ne profite que d’une marge de manœuvre res- treinte, ce dernier, passé ce cap de la trentaine, rentre dans sa phase d’initiative. Dans cette logique impla- cable, la crise de la quaran- taine est synonyme d’une recherche de sens et d’aspi- rations profondes pour faire
de perception
nt
Geoffroy Framery
FAIRE COÏNCIDER LES INTÉRÊTS PER- SONNELS ET CEUX DES ENTREPRISES
La France regorge de plus de 250 programmes appelés
ou des dispositifs de pro- motion au sein des entre- prises. Le siège en cuir et le bureau de la direction ne sont pas les seuls objectifs. Ce type de formation cor- respond à une aventure in- térieure qui irradie l’entre- prise dans laquelle le parti- cipant souhaite évoluer. Car la prise en compte des vel-
lopper une business unit. Les atouts de l’EMBA ? Le programme bouscule les cer- titudes. Les gens évoluent manifestement grâce au rap- prochement des programmes au plus près des aspirations personnelles des candidats. « Ce type de programme est de plus en plus modulaire. Nous sentons également que
Les participants souhaitent également se sensibiliser aux problématiques internatio- nales et sociétales. « Le choix de la formation se justifie par une envie d’être sur- pris », poursuit le directeur de la formation continue de l’ESSEC. Cela dit, le rôle des écoles reviendrait à chan- ger l’image qui auréole ce
missionsencommunso. ainsi confiées, ce qui permet aux participants de bénéficier d’un cadre le plus riche pos- sible à la fois multiculturel et inter-générationnel. Une manière de prouver que la génération Y prétendant au MBA peut collaborer avec les autres générations...
64
AVRIL 2016

