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n°29
STrATéGiE & iNNOvATiON NUMériQUE Regard digital - Marc-Arthur Gauthey, cofondateur de OuiShare Entretien avec une figure clé de la transformation numérique
Place à l’économie de la contribution
Marc-Arthur Gauthey, cofondateur de OuiShare, média de l’économie du partage et de la collaboration, décrypte ce tsunami à venir dont on ne perçoit que les vaguelettes aujourd’hui.
Est-ce que votre métier consiste à connecter les gens ? Assurément. Notre métier, en tous cas une partie, est d’être un espace de conver- sations et de rencontres entre des gens qui n’ont pas tellement l’habitude de se parler et d’échanger alors qu’ils ont beaucoup à apprendre et à faire en- semble les uns avec les autres, qu’ils soient acteurs publics, politiques, insti- tutions privées, grandes entreprises, start-up, mou- vements associatifs, initia- tives citoyennes et acti- vistes. Et au milieu de tout cela, OuiShare essaye d’être un espace d’inter- médiation, de rencontres, pas du tout de lobbying parce que nous ne défen- dons les intérêts de per- sonne. Nous privilégions l’échange en nous disant qu’ilyadubonetdu moins bon à prendre à l’in- térieur de tous ces univers- là et que si nous arrivons à créer de la porosité entre ces mondes, nous avons
rait un peu paradoxal de cracher dessus tout en étant un utilisateur aguerri. En revanche, ce que ces en- treprises racontent sur la façon dont le monde évolue pose un certain nombre de questions. Exemple : chez Wikipedia, on crée du bien commun, alors que chez Uber, on crée de la valeur qui sera un jour redistribuée à des actionnaires. les le- viers sont similaires, par contre les finalités sont ex- trêmement différentes. Et le problème, c’est que l’ex- pression « d’économie col- laborative » a été complè- tement galvaudée.
Donc que faut-il dire aujourd’hui selon vous ?
la définition que j’aurais donnée traditionnellement est l’ensemble des pra- tiques et des business mo- dels qui s’appuient sur des communautés d’individus pour créer de la valeur de façon distribuée. Mais au- jourd’hui, nous avons changé notre fusil d’épaule. Nous essayons de nous sé- parer du discours de l’éco- nomie collaborative parce qu’il est trop lié à quelques plateformes et fait finale- ment mettre des œillères aux gens qui associent di- rectement le mot « colla- boratif » à Uber ou Airbnb, passant du coup à côté d’un tas d’autres pratiques qui
sont vraiment des pratiques de mise en commun. Je pense donc que désormais, il ne faut plus parler d’éco- nomie collaborative mais bien d’économie de plate- forme et d’économie de la contribution pour des pro- jets impliquant des gens qui viennent contribuer à la création de quelque chose qui les dépasse. Wi- kipedia et linux sont des exemples d’outils qui n’ap- partiennent aujourd’hui à personne.
tous à y gagner.
ons rien à envier
Et l’autre partie de votre métier ? l’autre partie consiste à identifier les émergences, à les rendre non seulement
« Tous ensemble et avec plein d’outils, nous allons bien réussir à créer une carte du monde moins enfantine ! »
Comment se situe la France dans cette économie de la contribution ? dans notre capacité à tenter de nouvelles choses, no- tamment en termes d’usages, nous sommes as- sez en pointe. il y a quand même un fort dynamisme entrepreneurial, des gens qui proposent des services assez novateurs. Je pense même que nous vivons une période d’euphorie et que
ces émergences, nous ra- content sur l’avenir qui se dessine ?
Justement quelles sont les grandes tendances qui se dégagent ?
il y en a beaucoup. Celles aujourd’hui auxquelles on
pératives numériques. C’est-à-dire un modèle de plateforme où les utilisa- teurs, les personnes qui créent de la valeur, sont aussi parties prenantes de la plateforme à part entière. Et donc qui verraient leur niveau de rétribution ou
nous avons réalisé un gros travail afin de définir ce qu’était l’économie colla- borative. Nous avons fini par dire que ce n’est rien. Aujourd’hui, nous essayons de casser cette expression, de la faire disparaitre, parce que tout simplement elle
nous n’av.
à personne. En revanche, il y a peut-être un déficit, en France comme ailleurs, dans l’intellectualisation. il faudrait être capable d’in- terroger davantage ce que nous raconte le monde que nous sommes en train de dessiner.
Désormais les réflexions se portent sur la création de coopératives numériques, un modèle de plateforme où les utilisateurs qui créent de la valeur, sont aussi parties prenantes
Cyril Michaud
tangibles mais aussi voyantes, c’est-à-dire à faire de la vulgarisation. identifier des projets, des usages, des tendances qui nous semblent intéressantes mais qui sont encore sous le radar, en France ou par- tout dans le monde, les dé- crypter, les rendre visibles. Et essayer d’aller au-delà en essayant de nous dire : qu’est-ce que ces projets,
48 Avril 2016
s’intéresse, ce sont notam- ment les coopératives nu- mériques. Pour faire sim- ple, il y a eu l’ère des pla- teformes communautaires entre 2010 et 2015, période durant laquelle des tas de plateformes se sont créées – de type Uber, Airbnb, Blablacar... désormais, en face, nous voyons émerger beaucoup de réflexions au- tour de la création de coo-
leur pouvoir de prise de décision directement liés à leur niveau d’activité à l’intérieur de cette plate- forme.
Vous citez Uber, Blablacar... Est-ce que l’économie collaborative n’a pas tout intérêt au- jourd’hui à se détacher de ces plateformes ? Si, complètement. En fait,
ne correspond à aucune réalité et qu’à l’intérieur on met tout et son contraire. C’est le premier point. le deuxième, c’est que chez OuiShare nous ne pouvons pas dire que nous avons une vision négative des plateformes que vous citez puisque nous sommes tous des utilisateurs : je prends des Uber régulièrement, j’utilise Airbnb, donc il se-
Bio Express
Tête pensante
Il n’aime pas les cases, Marc-Arthur Gauthey, et encore moins les titres. Ce qu’il aime, en revanche, c’est réfléchir et mettre ses idées en commun. A 30 ans, il est l’une des têtes pensantes de OuiShare, mais surtout l’homme des partenariats et événements : Startup Assembly, OuiShare Fest (festival de l’économie collaborative) et prochainement Sharing Lille (21 avril 2016). Détenteur d’un master en histoire obtenu à Séville (Espagne), et diplômé d’HEC, Marc-Arthur Gauthey prépare un tour du monde qu’il débutera en août prochain « pour prendre du recul » après quatre ans passés à développer OuiShare.
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