Page 82 - EcoRéseau n°29
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n°29
ART DE VIVRE & PATRIMOINE Regard sémantique
Depuis neuf ans, Jeanne Bordeau compose des “tableaux de mots” à partir de collages issus d’articles de presse. Démonstratives et percutantes, ses “compositions sémantiques” accrochent le coeur et la raison. A la fois miroir et interprétation de l’actualité,
ses tableaux décryptent l’époque de manière presque prémonitoire.
Créations thématiques et singulières, ses tableaux mettent en scène les mots-clés d’une année dans des secteurs d’actualité majeurs : politique, économie, crise, culture, société, culture, femmes, développement durable, ressources humaines, verbes. Chaque année, ces dix toiles forment ainsi “une tapisserie de Bayeux contemporaine” et sont exposées courant janvier à Paris.
La mémoire des mots
En 2015, l’actualité politique sera dominée par l’ex- pression « Etat d’urgence ». C’est une année qui ne laisse même plus le temps aux politiques de faire de la politique ni d’exprimer une vision de la société !
Nomdutableau: Politique,2015,JaneBee Dico d’époque
« Les Républicains », sans « Nadine Morano ». Exclue à
La France se bat pour ses valeurs républicaines et pour son avenir !
ETAT D’URGENCE AU CŒUR DE LA VIE POLITIQUE
Nous sommes le 13 novembre 2015, François Hollande décide de décréter « l’état d’urgence ». L’expression il- lustre cette année 2015 où les dirigeants du pays se sont retrouvés « la tête à l’envers ». Ils sont accaparés par « l’urgence ». Le président de la République et son minis- tre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve sont partagés entre deux questions cruciales : « les hommages » aux victimes et les mesures visant à accroître la sécurité. Et les mots du chef de l’Etat entrent alors dans la mémoire collective, il parle désormais de « pacte de sécurité» plus impor- tant que « le pacte budgétaire ». C’est le « virage sécu- ritaire ».
Et la vie politique continue ou presque
Le débat et la polémique se focalisent alors sur une autre expression présidentielle : « la déchéance de na- tionalité ». Cela n’empêche pas une concorde nationale, quand le 27 novembre, le locataire de l’Elysée sollicite les Français pour qu’ils pavoisent avec le drapeau trico- lore. Une façon de saluer la mémoire de ceux qui sont tombés sous le feu du terrorisme. Rupture de stocks pour le fanion tricolore !
Dans ce panorama, il ne faut pas oublier d’autres pre- miers rôles. « Juppé » réunit ses comités de soutien le 3 octobre 2015 à Paris ; la présidentielle est si proche. Les régionales, elles, se focalisent autour du « FN ». Pas de région pour le parti frontiste mais, une place de troisième au nombre de suffrages exprimés. Et, à l’égard de ce troi- sième, Sarkozy prône la stratégie du « Ni ni » ! « Ni rap- prochement, ni front républicain ».
Lucette, Charles, Nadine, Claude et les autres
Le 21 août 2015, le «Thalys Amsterdam-Paris » fait l’ob- jet d’une tentative d’attentat. Le « courage » de trois jeunes Américains en vacances en Europe et d’un père de famille britannique permet d’éviter la catastrophe. En 2015, le mot « décapité » a aussi relaté la dramatique ac- tualité. Un chef d’entreprise « décapité » par un terroriste en juin, « une rédaction décapitée » en janvier.
La vie politique continue quand même un peu. La droite recueillie devant la dépouille de « Charles Pasqua ». La droite qui sous la houlette de Nicolas Sarkozy, qualifié par certains journalistes de « chef de bureau », réussit la transformation : exit « L’UMP », mai 2015 c’est l’acte de naissance des « Républicains ».
Un climat de « guerre » est donc palpable : premières « frappes » de l’armée française contre un camp d’en- traînement de djihadistes situé à l’est de la Syrie et « cy- berguerre » contre « Daech » et ses actions de « radicalisation » par le biais du web.
l’unanimité des listes des « Régionales » après ses propos sur « La France, pays de race blanche ». Claude Barto- lone, lui, accuse sa rivale Valérie Pécresse de défendre « en creux Versailles, Neuilly et la race blanche ».
Etat d’urgence !
Et Lucette ? Son heure de gloire, c’était hier : lors d’un déplacement en Lorraine, « François Hollande » s’invite chez « Lucette », infirmière retraitée de 69 ans. Elle confie à la presse que son hôte est « simple, sympathique, cha- leureux » mais tout cela ressemble à un « coup de com ». « Lucette » racontera comment l’entretien avait été pré- paré la veille par « des gens de l’Elysée ».
par
L’urgence provient du verbe « urgere » qui signifie « pousser, presser ». C’est normalement un état passager qui re- quiert une action rapide. Mais, il sem- ble qu’aujourd’hui, cet « état d’urgence » est fait pour durer. Pas seulement par le biais de décisions politiques mais aussi et surtout parce que plus que jamais, le monde appa- raît en état de fragilité et sous pres- sion, dans une accélération jamais perçue jusqu’alors !
Jeanne Bordeau
Habitude de l’urgence
la qualité d’expression
Le 8 novembre 2005, Jacques Chirac décrète « l’état d’urgence ». A l’époque, il s’agit de ramener le calme dans les banlieues françaises. « L’état d’urgence » est caractéris- tique d’un « régime d’exception » pour répondre à une « atteinte grave
C’est l’expression politique qui ré- sume l’année 2015. Elle frappe les esprits. Elle incarne les incertitudes du monde face à des défis clima- tiques, économiques et politiques.
Etat d’urgence
à l’ordre public » ou à « une calamité nationale ».
Urgence partout
Fondatrice de l’Institut de
Histoire immédiate
Même si en 2015, « l’état d’urgence » est la réplique face au terrorisme, il semble que les Français s’habituent à ce climat d’urgence. Les médias ne cessent d’employer l’expression dans des domaines variés. « Etat d’ur- gence » pour le climat, « Etat d’ur- gence » pour les marchés financiers quand les Bourses s’effondrent ; « Etat d’urgence » face au chômage.
AVRIL 2016
PROCHAIN NUMÉRO LE JEUDI 28 AVRIL 2016
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