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Grand Angle - Richesse des mers & océans PANOrAMA
réchauffement ont été dé- passés, et nous ne savons pas vraiment où nous al- lons », résume laurent He- quily, fondateur de Wave riding Solution, start-up qui installe des systèmes de vagues artificielles s’in- tégrant dans la nature et participant à la régénération de l’écosystème. Or l’océan est un véritable régulateur du climat : entre un quart et un tiers du CO2 émis par les hommes est dissout dans ses eaux. « Il absorbe aussi 93% de la chaleur que l’hu- manité produit », précise Françoise Gaill, directrice de recherche émérite au CNrS, coordinatrice scien- tifique de la plateforme Océan et Climat. Et n’ou- blions pas qu’ « une respi- ration sur deux est rendue possible par l’océan », rap- pelle Ségolène royal, puisque 50% de l’oxygène en émane. il joue donc un
nourriture. « Ajoutons que la transition énergétique avec la mer promet 450000 emplois en France, à l’exemple des éoliennes off- shore, des hydroliennes, des usines marémotrices ou des
millions de tonnes lors des années habituelles. Aupa- ravant les épisodes étaient espacés de 8-12 ans, au- jourd’hui plutôt quatre ans ! Le cyclone des Vanuatu ou des Fidji découle de ce phé-
tale de l’UNESCO. « Les ostréiculteurs américains souffrent déjà des remontées d’eaux profondes plus acides, donnant une indi- cation des conséquences économiques que de telles
la rentabilité. « Mais le fait de fixer du carbone devrait être pris en compte dans l’équation, ce qui changerait tout », précise le scienti- fique. Aux Etats-Unis, mais aussi en France, les start-
de mener des études d’im- pact afin de déterminer les conséquences qu’elles peu- vent avoir sur le milieu sous-marin. On peut aussi s’adapter à la montée des eaux, en protégeant mieux les récifs et les mangroves, plutôt que de construire des digues. » Enfin le finance- ment est un point crucial, et le fonds vert pour les projets marins et côtiers peut être renforcé. les ac- tions sont plus faciles à met- tre en place que dans d’au- tres domaines selon le coor- dinateur du programme Océans et zones côtières à l’iddri : « Il n’existe pas de clivage nord-sud quand on parle d’océan, les pêcheurs islandais ou péruviens sont confrontés aux mêmes pro- blèmes, ce qui permet d’or- ganiser des actions plus fa- cilement ». On l’aura com-
Nul clivage nord-sud quand on parle d’océan, les pêcheurs islandais ou péruviens rencontrent les mêmes problèmes,
expérimentations menées en Martinique entre courants chauds et froids qui s’an- noncent prometteuses aussi », soutient celle qui a vu les plages du Sénégal disparaître. le réchauffe- ment de El Niňo donne d’ailleurs un aperçu de ce que le réchauffement peut déclencher : lors du dernier épisode, 20% des coraux de Nouvelle Calédonie ont disparu. Cette année la tem-
ce qui facilite les actions
Bouteille d’oxygène, thermostat, garde-manger, pharmacie de l’humanité. Et accessoirement beauté absolue...
restiers a.
vail, en prouvant qu’il y avait un écosystème à pro- téger. S’il y avait un lobby autour des prairies ce serait la même chose. Nous nous devions de faire de même. Les puits à carbone sont essentiels », résume Michel Hignette.
rôle de moteur du climat, et « accessoirement » de réservoir de biodiversité phénoménal, prometteur en termes de médecine et de
pérature va être élevée jusqu’à fin mars. « Géné- ralement la pêche aux an- chois s’arrête au Pérou, alors qu’elle représente 12
Argo », observe Julian Bar- bière, chef de la section des politiques maritimes de la Commission océanogra- phique intergouvernemen-
Julien Tarby
nomène », remarque Michel Hignette. En outre, le CO2 qui se dissout accroît l’aci- dification des eaux, ce qui réduit leur capacité d’ab- sorption de CO2 et a des conséquences dommagea- bles sur les écosystèmes, dont on ne connaît pas le degré de résilience. « Des zones entières subissent ce phénomène d’après nos capteurs-dériveurs utilisés dans le cadre du programme
évolutions peuvent générer. Un autre exemple permet d’entrevoir le sombre avenir qui se dessine : les zones de volcanisme sous-marin, autour desquelles les eaux sont justement enrichies en CO2. Dans la région du Vésuve à Naples, les ani- maux ont des coquilles trop fines pour se défendre contre les prédateurs. Les systèmes dans leur ensemble sont fragilisés. En Papouasie- Nouvelle-Guinée les récifs coralliens subissent un vé- ritable changement de po- pulation. Seuls les coraux les plus massifs résistent, ce qui signifie une moindre biodiversité et donc des sys- tèmes moins résilients », il- lustre Michel Hignette.
up s’activent, malgré un prix du baril très bas à 30 dollars qui met un frein à toutes les recherches et ex- périmentations. le cabinet d’architecte xTU a installé des panneaux sur des bâti- ments permettant de pro- duire des micro-algues. le groupe Seché installe une biofaçade sur une usine de traitement de déchet qui uti-
DES ACTIONS CONCRÈTES PEUVENT ÊTRE PRISES
la vraie clé consiste à di- minuer drastiquement les gaz à effet de serre, en sup- primant les carburants fos- siles. Mais ce n’est pas tout selon Michel Hignette : « Il nous faudra trouver des so- lutions pour reprendre les gaz déjà émis. Car l’inertie du système déréglé est forte, et ce n’est pas parce qu’on arrête d’émettre que les dé- règlements vont cesser. Il faut fixer et même augmen- ter les puits de carbone (océans, forêts, prairies, mangroves...), capter, li- quéfier, enfuir le carbone ». Une solution douce consiste à multiplier les cultures en masse de micro-algues qui captent le CO2. En outre celles qui sont chargées en huiles peuvent constituer un substitut solide au diesel. Elles permettent donc de baisser le taux de CO2 dans l’atmosphère tout en repré- sentant une énergie renou- velable. les pilotes existent, sans vraiment déjà atteindre
lise le CO2 émis par l’usine. de son côté la Fondation du Prince Albert ii de Mo- naco demande un rapport au Giec sur le sujet de l’océan. « Nous portons un plaidoyer. Cette étude don- nerait des billes aux poli- tiques pour qu’ils prennent des décisions concrètes se- lon différents scénarios d’impact », affirme raphaël Cuvelier, le coordinateur des projets au sein de la Fondation. les tâches di- rectement réalisables sont nombreuses selon Julien rochette, de l’institut du développement durable et des relations internationales (iddri) : « On peut atténuer le phénomène par les man- groves, estuaires, herbiers profonds qui séquestrent du CO2. Il faut aussi des pla- teformes d’énergies renou- velables, sous la condition
pris, l’océan est en danger, il se réchauffe et devient plus acide. les espèces qui migrent de l’équateur vers les Pôles viennent encore le prouver. il n’est pas une ressource comme les autres et son sort est intimement lié à celui du climat. En outre les actions à mener pour changer la donne peu- vent être synonymes de croissance économique et de nouvelles filières (cf. A la Une). « Le lobby des fo-
bien fait son tra-
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