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n°28
PaNOraMa Hexagone - La notation des gens en ligne
Dans chaque numéro EcoRéseau Business revient sur une problématique très commentée de l'actualité française,
L'application Peeple doit-elle être combattue ?
afin de la décortiquer et de la mettre en perspective (historique, géographique,...)
après les hôtels, les restos, les films, pourquoi ne pas noter les gens de votre entourage ? En surfant sur ce concept sulfu- reux, l'application Peeple a remporté le titre de "réseau social le plus détesté de l'année" d'après The Guardian. si bien que
les deux fondatrices de l'appli ont dû faire marche arrière avantC
Par Charles Cohen
tout lancement ! Une telle indignation était-elle justifiée ? réponses d'un expert en réseaux sociaux et d'une avocate spécialiste du numérique, aux avis 100% opposés.
roma*
hristiane Féral-schuhl, avocate spé- cialiste des nouvelles technologies, ne laisse planer aucun doute : « La
tels qu’Airbnb où le logeur et le logé peuvent certes se noter mutuellement, mais tout en ayant accepté en amont la règle du jeu, ne serait-ce qu’en ouvrant un compte sur le site ». On l’aura compris, si les commentaires sur Tripadvisor, Booking et même airbnb s’avèrent légitimes au regard de la loi, « tel n’est pas le cas pour certains sites de notation sur, les policiers, les médecins...», poursuit l’avocate en rappelant qu’en 2008, le site de notation de professeurs Note2be avait d’ailleurs été fermé, la Cnil considérant qu’il portait atteinte à la vie privée des en-
Malgré la levée de boucliers aux Etats-Unis, en angleterre et en France, contre l’application Pee- ple permettant de noter tous les gens que vous connaissez, romain rissoan, consultant spécialiste des réseaux sociaux, refuse de hurler avec les loups. « En son temps, Fa- cebook aussi a joué la provocation en s’ac- caparant l’identité de chacun, en divulguant des photos ou vidéos relatives à la vie privée, en complexifiant la suppression de comptes de personnes décédées, etc. Mais s’est-on pour autant offusqué ? », questionne l’auteur du livre “Les réseaux sociaux : Facebook, Twitter,
LinkedIn, Viadeo -
Comprendre et maî-
s’agit de professionnels ou de freelance ? »
in rissoan
version originelle de l’application Peeple
enfreint plusieurs principes de la loi Infor-
matique et Libertés de 1978 ». Et pour
cause : la collecte et le traitement des
données à caractère personnel doivent être
effectués « de façon licite et loyale, pour
une finalité déterminée, explicite et légitime
», comme le rappelle l’avocate. Or, si le
projet initial de Peeple nécessitait de détenir
un compte Facebook pour y publier du
contenu en son nom, il était possible pour seignants. Mais quid des recours possibles les utilisateurs de no- Une appli qui pour la personne dont ter et de commenter la réputation est at- d’autres internautes... enfreint la loi teinte par des com- même ceux non ins- mentaires négatifs ?
consultant spécialiste des réseaux sociaux
Des arguments que les deux créatrices de l’application, la Canadienne Julia Cordray et l’américaine Nicole McCullough, ont précisément repris à leur compte pour dé- fendre Peeple : « En permettant d’évaluer les gens sur une échelle de cinq étoiles, et ce, dans trois catégories, « personnel », « professionnel », « amoureux », l’appli- cation nous permet de mieux choisir qui nous embauchons, avec qui nous travaillons, sortons, devenons voisins, colocataires, etc. Il y a une infinité de raisons pour les- quelles nous voudrions pouvoir vérifier les
crits sur la plateforme,
à condition de ren-
seigner leur numéro de téléphone ! Ceux-ci devaient recevoir un sMs leur indiquant qu’ils avaient reçu un commentaire – mais n’avaient aucune possibilité de l’effacer. « Aussi, la condition de loyauté de la collecte n’est pas remplie lorsque des données “iden- tifiantes” sont collectées à l’insu des per- sonnes notées », indique cette ex-bâtonnière du barreau de Paris, deuxième femme en France à occuper un tel poste, en 2012 et 2013. Car en effet, la directive européenne de 1995 exige que la personne concernée ait donné son consentement. « Par ailleurs, toute personne dispose d’un droit d’accès, de rectification et d’opposition aux infor- mations la concernant. Or faute d’être in- formée, comment exercer un tel droit ? » Pour l’avocate, « l’application Peeple n’est donc en rien comparable à d’autres sites
« De tels commen-
Vérifier les profils et références de l’entourage
» Force est constater que ces ar- guments n’ont pas suffi à convaincre... Face au tollé suscité par Peeple – 40000
citoyen prenne conscience de l’import. de ses données personnelles et de son identité virtuelle afin de mieux les protéger ». Dans son rapport, remis en octobre dernier à Claude Bartolone, la commission a d’ail- leurs formulé une recommandation qui retient l’attention : « Inscrire dans la Consti- tution le droit au respect de la vie privée et l’exigence de protection des données à ca- ractère personnel ». affaire à suivre...
références des gens qui nous entourent.
taires peuvent consti- tuer des propos diffamatoires. Par ailleurs, la responsabilité civile du responsable d’un site de notation peut être engagée. » Pour cette co-présidente de la commission parle- mentaire de réflexion sur les droits et libertés à l’âge du numérique, « de telles expériences montrent combien il est primordial que le
ance
triser ces nouveaux ou-
tils de communication”
(Broché, 2011). Pour
l’expert, le lancement
de Peeple reflète « la
nécessité pour les réseaux sociaux de se distinguer dans un marché généraliste sa- turé ». La création par exemple de Whisper qui joue sur l’anonymat des utilisateurs ou snapchat surfant sur le credo technique en témoigne, même si de tels concepts doivent encore faire leurs preuves. « C’est pourquoi le meilleur avantage compétitif pour gagner de l’argent reste encore de jouer la suren- chère ! » si l’auteur reconnaît qu’il « n’ai- merait pas, dans l’absolu, être (mal) noté par ses pairs sur la Toile », il n’en considère pas moins que « de telles évaluations doivent faire partie du jeu ». Et d’expli- quer : « Les réseaux sociaux offrent la possibilité à tout un chacun de faire valoir, et même vendre, une identité plus ou moins fidèle d’eux-mêmes sur Internet. Quoi de plus normal donc que de pouvoir juger in fine tel ou tel profil, a fortiori quand il
Mars 2016
de
tweets énervés, des groupes Facebook hos- tiles spécialement constitués, insultes et mêmes menaces de mort... – les deux créa- trices n’ont eu d’autre choix que de calmer les esprits en vidant de sa substance l’ap- plication telle qu’elle était pensée à l’origine, en ne permettant plus aux utilisateurs d’émettre des commentaires négatifs ou de juger des personnes non inscrites sur la
Christiane Féral-schuhl
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plateform.
Peeple va-t-elle ainsi rejoindre la liste des plateformes de notation contestées – et ou- bliées – comme Note2be qui, en 2008 déjà, avait déclenché la polémique en permettant d’évaluer les professeurs ? « Quel que soit le sort réservé à Peeple, les créatrices peuvent au moins se targuer d’une chose : d’avoir crée le buzz ! », conclut romain rissoan.
avocate spécialiste des nouvelles technologies
e. sortie en novembre dernier,
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