Page 35 - EcoRéseau n°27
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Interview croisée - Ces « nouveaux entrants » qui créent leur entreprise en France CLUB eNTrePreNdre
dans une voie complexe – la création d’entreprise –, tout en étant dépourvus des réseaux et codes im- plicites nécessaires pour réussir. Je ne suis pas contre l’idée de devoir bos- ser plus pour y arriver, mais soyons réalistes : la société française a encore un vrai souci avec l’égalité des chances. Personnelle- ment, j’ai eu l’opportunité d’évoluer dans un secteur, les services financiers, où on ne regarde pas qui vous êtes mais la plus-value que vous apportez. C’est pour-
démarre dès l’école. J’ai dû moi-même y faire face en pleine révision du Bac. voyant passer mes cama- rades avec des enveloppes kraft à la main, je leur ai demandé à quoi elles ser- vaient. dès lors, j’ai dé- couvert un nouveau monde : les inscriptions aux classes prépas ! J’ai vécu comme une injustice de ne pas avoir été informé de telles filières. et pour cause : dans les familles peu au fait de la com- plexité de l’enseignement supérieur, les choix
des filières sélectives, et en présidant en 2008 la chaire Management et di- versité de mon ancienne université, dauphine. en- fin, j’ai été co-fondateur du Club du XXie siècle, qui rassemble l’élite ré- publicaine issue de la di- versité.
qui leur ressemblent, la république française est loin de promouvoir un quelconque racisme struc- turel. Ma couleur de peau, mon appartenance à une minorité sont certes des données clés qui ont in- fluencé mon parcours, mais elles n’en restent pas moins anecdotiques à de nombreux égards. Je pense que les plus grandes bar- rières auxquelles on fait face dans la vie sont celles que l’on s’impose à soi- même. d’où la nécessité de ne jamais s’auto-limiter et surtout de croire en soi.
Quelle image avez-vous de la création d’entreprise en France ?
CT : Les opportunités en France sont nombreuses pour les entrepreneurs, quels qu’ils soient. Cette forte ouverture de notre pays à l’égard de l’entre-
lancé ma première entre- prise, eurotrésorerie, j’ai rencontré des difficultés pour lever des fonds, alors que mon père – sans passé ni avenir –, avait, une ving- taine d’années plus tôt, suscité la confiance des banques, en obtenant le prêt pour racheter sa piz- zeria. Heureusement, ma société de conseil en ser- vices financiers nécessitait à l’époque peu de fonds et j’ai pu trouver une al- ternative. Mais lorsque j’ai lancé discountis en 2000, distributeur électronique de crédit immobilier, le refus des banques fut bien plus pénalisant tant mon besoin en capitaux était patent et urgent. C’est ter- rible de voir combien l’in- dustrie bancaire est au- jourd’hui absente...
son innovation, et ainsi de lever les réticences qui peuvent subsister.
BN : La confiance en soi et en son projet est un le- vier essentiel. Ainsi, le leitmotiv qui m’a animé dès le départ était la vo- lonté de révolutionner la chirurgie en misant sur la robotique. Grâce à ma force de conviction, j’ai remporté le concours na- tional d’aide à la création d’entreprise de technologie innovante qui m’a permis de concrétiser mon projet : lancer ma start-up, Med- tech, en 2002. et ainsi dé- velopper Brigit, un robot destiné à la chirurgie or- thopédique. J’étais convaincu de l’intérêt éco- nomique et surtout sociétal et médical de la démarche, à savoir améliorer la prise en charge des patients. Ainsi, même lorsque j’ai peiné à trouver des inves- tisseurs pour me suivre –
BN : Ce serait mentir que d’affirmer cela. Bien sûr, je suis conscient que le racisme existe, en France comme ailleurs, et qu’il induit de réelles discrimi- nations sur le marché du travail ; cela étant, j’ai
BN : La création d’entre- prise en France reste ultra dynamique, et ce, grâce à l’existence d’un bon sys-
L'hétérogénéité culturelle de la société française ne doit pas juste se refléter dans notre équipe nationale de foot
preneuriat répond à un in- térêt croissant de nos jeunes vis-à-vis de la créa- tion d’entreprise. il y a 20 ans il n’était pas tendance de lancer sa start-up, au- jourd’hui le virus entre- preneurial touche tout le monde ! C’est très enthou- siasmant, mais toutefois
tème éducatif et surtout d’un éco-système en ma- tière d’innovation très per- formant, favorisant la créa- tivité. Autant d’atouts re- connus au-delà de nos frontières. Cependant, comme moult entreprises innovantes, nous avons eu du mal à être reconnus au départ en France et à être pris au sérieux. Bien sou- vent, il faut passer par l’étranger pour convaincre l’Hexagone. Sans les Nord-Américains pour re- connaître notre technolo- gie, nous aurions pu rester dans l’ombre...
D’après vous, quelles ont été les clés
de votre succès entrepreneurial ? CT : La persévérance ! Car être entrepreneur, c’est savoir trébucher et se re- lever. Tout au long de mon parcours, j’ai rencontré des difficultés qu’il a fallu surmonter. Surtout lors de la phase de mise en œuvre sur le marché. et pour cause : il s’agit de savoir constamment convaincre quant à la pertinence de
l’américain Zimmer, le lea- der mondial de la chirurgie orthopédique, a voulu ra- cheter la start-up – j’ai refusé de revendre, préfé- rant céder le portefeuille de brevets en échange de plusieurs millions d’euros. Cela nous a permis de re- bondir en ayant les ressources nécessaires pour développer rosa Brain, ro- bot dédié aux opérations du cerveau. C’est dire si ma détermination a été es- sentielle pour maintenir le cap ! de quoi susciter in fine la confiance de mes proches collaborateurs, sur laquelle j’ai pu m’appuyer à des moments clés du
©JEAN-CLAUDE ROCA
quoi je n’ai pas eu de dif- ficulté particulière en lien avec mes origines. Mais est-ce le cas de tous les entrepreneurs ? il n’y a tout simplement pas de re- nouvellement des élites en France. Une petite oligar- chie de 500 personnes dé- tient les manettes du CAC 40, de la politique et des médias. et cette inégalité
d’orientation – pourtant capitaux – sont souvent laissés de côté. et l’école – censée remplir ce rôle – est défaillante ! C’est pour pallier une telle situation que je me suis engagé en politique et dans diverses associations. en créant, en 2005, “Les entretiens de l’excellence” pour inciter les ados à se tourner vers
toujours refusé de m’en- fermer dans une réalité “victimaire” ou d’en faire l’alpha et l’omega de ma carrière, ou plus généra- lement, de ma relation aux autres. La solution consiste à ne tomber ni dans le déni, ni dans la paranoïa ! Car s’il existe une ten- dance naturelle des êtres humains à favoriser ceux
pas aussi réjouissant qu’on pourrait l’espérer. et pour cause : si nos jeunes ont des projets de création for- midables, encore faut-il qu’ils soient soutenus dans leurs démarches ! et c’est bien là que le bât blesse, tant le financement reste un problème majeur dans notre pays ! déjà dans les années 90, lorsque j’ai
développement de Medtec. au démarrage, lors de l’ou- verture de nos cinq filiales à l’étranger, lors de l’introduc- tion en Bourse de la société fin 2013... C’est cette con- fiance qui amène la réus- site, et surtout aide à gérer les échecs inévitables de la vie d’entrepreneur.
Bertin Nahum, fondateur de Medtech
On le surnomme le "Steve Jobs Français". Diplômé de l’Insa Lyon et d’un master en sciences de la robotique de l’université de Coventry (Angleterre), Bertin Nahum, 46 ans, est le patron de Medtech, concepteur de robots d’assistance chirurgicale. Champion de France junior de boxe française à 17 ans, il a su révolutionner la neurochirurgie avec le lancement en 2009 de Rosa Brain, dédié aux opérations du cerveau, solution vendue dans 30 pays. Fort d'un tel succès, ce grand battant a été classé quatrième entrepreneur le plus révolutionnaire au monde, en septembre 2012, par le magazine scientifique américain Discovery Series, juste derrière Steve Jobs, Mark Zuckerberg, et le réalisateur canadien James Cameron !
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Charles Cohen
Février 2016 35


































































































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