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n°26
PANorAmA Hexagone COP21 - Issue des débats par Chantal Jouanno et Christian de Perthuis
Coup de maître ou coup (d’épée) dans l’eau ?
Les optimistes attendent de la mise en place de véritables politiques climatiques, sous les ricanements des pessimistes. Confessions d'une ex-ministre de l'environnement et d'un économiste.
«T
Chan*
outes les conférences sur le climat ont leur propre dramaturgie, avec des jeux de rôle entre les parties
dont ces pays sont vicitmes. A l’instar de la Chine où l’air devient irrespirable dans les prin- cipaux centres urbains. » Une prise de conscience chez les bric qui jouera certainement en faveur des négociations avec les pays riches lors de la CoP 21. « La Chine a déjà montré patte blanche avec son 12e plan quinquennal qui fait une totale
Par Charles Cohen
tal Jouanno
prenantes. La COP21 qui se déroulera à Paris à la fin de l’année n’échappera pas à cette théâ- tralisation », indique Christian de Perthuis, pro- fesseur d’économie à l’université Paris-Dauphine où il a fondé la chaire
Ex-ministre de l'environnement et sénatrice de Paris
Tarification internationale
inflexion en matière éner- gétique. C’est dire si l’en- gagement de ce pays – premier producteur et installateur de photovol- taïque et éolien – est une condition sine qua non à la réussite de l’actuelle COP 21. » bonne nou- velle,lorsdudéplacement en novembre de François
E«Lasociétécivileestenavance,mais semble négligée »
d’économie du climat
et co-auteur du livre «
Le climat, à quel
prix ? » (odile Jacob).
Si l’économiste consi-
dère que « depuis Co-
penhague, la machine
onusienne fait du sur-
place en privilégiant
des contributions éta-
tiques hétérogènes, dures à agréger et à transformer en objectifs ambitieux », il fonde toutefois quelques espoirs sur le succès de la CoP 21. « La conférence de Paris intervient dans un contexte nouveau qui invite à un certain optimisme par rapport à il y a dix ans, analyse Christian de Perthuis, comme la baisse significative du coût des énergies renou- velables, rendant compétitif un nombre croissant de sources, à l’instar de l’éolien ou du solaire photovoltaïque. De quoi faciliter le développement de ces énergies vertes en substitut des énergies fossiles. »Autre facteur d’optimisme : « l’amé- lioration continue des connaissances pour dé- velopper des solutions techniques non carbonnées innovantes, par exemple en termes de stockage d’électricité et de réseaux électriques décen- tralisés ».
du carbone nécessaire
lle ne cache pas son pessimisme s’agira-t-il de financer des mesures d’at- sur les chances de succès de la ténuation ou d’adaptation ? Et quel sera
n’a été réglée, ce qui crée un fossé entre pays développés et pays en développement qui sont les premiers touchés par le ré- chauffement climatique. » réaliste, Chantal Jouanno constate que les Etats sont loin d’être les mieux placés pour répondre à l’enjeu complexe du climat mêlant consi- dérations économiques et géopolitiques.
Hollande à Pékin pour évoquer avec son homo- logue, Xi Jinping, les négociations climatiques et le convaincre d’aller plus loin en la matière, les deux hommes sont parvenus à adopter une dé- claration commune ambitieuse. Elle porte sur un mécanisme de révision tous les cinq ans des contributions nationales déposées à Paris. « Un dispositif dont, jusqu’à présent, ne voulaient pas entendre parler les pays émergents. C’est donc un pas important. Avec ce mécanisme de révision, la France a peut-être une porte de sortie pour éviter que sa conférence de Paris soit un échec cuisant », indique l’expert en rappelant toutefois
CoP 21. Peut-être parce que Chan- le mode
tal Jouanno, ex-ministre de l’Environnement Aujourd’hui encore, aucune de ces questions
et sénatrice de Paris, en connaît un rayon
sur les scénarios des négociations clima-
tiques internationales. « Les négociateurs
dépêchés par chaque ministère des Affaires
étrangères se concertent systématiquement
en secret. Les représentants de la société
civile n’ont jamais accès aux négociations,
puisqu’elles sont la chasse gardée des ex-
perts de la diplomatie », Halte aux Derrière les grandes
que le succès de la CoP 21 passe d’abo. l’adoption d’une tarification internationale du carbone. « Seule cette décision conférera un ca- ractère historique à l’accord. » Sans oublier la création d’instruments – de type bonus-malus carbone international – pour organiser les transferts financiers des pays riches vers les pays moins avancés au titre du climat : « un chantier complexe que doit traiter la COP 21, en convaincant le cercle plus restreint des pays donateurs”.
regrette la sénatrice, tout
en déplorant que la der-
nière session de négo-
ciations, à bonn, en Al-
lemagne, sur le climat
avant l’ouverture de la
CoP21, « ait débouché
sur la parution d’un
brouillon final rallongé
à 51 pages et truffé d’op-
tions ou de points entre parenthèses ». De d’être suffisantes pour contenir le réchauf-
rd par
de gouvernance de
ce fonds
?
subventions aux énergies fossiles !
déclarations, place donc aux petites ac- tions. « Preuves en sont les contribu- tions nationales re- mises à l’ONU en octobre dernier par 150 pays partici- pants à la COP 21 : elles sont loin
Un élément novateur majeur concerne les pays émergents, qui deviennent acteurs de la lutte contre le changement climatique. « Désormais, ils intègrent tous dans leur politique nationale des éléments de transition énergétique. Une dé- marche plus pragmatique qu’altruiste puisqu’elle vise à apporter une réponse aux pollutions locales
quoi susciter l’inquiétude de l’ex-ministre. Et pour cause : « Si un consensus ne prévaut même pas en amont de la COP 21 sur certaines questions clés, on peut se demander si un accord va vraiment être signé à Paris ! » Et d’ajouter : « Lors de la conférence de Copenhague, décrite par la doxa comme un échec, un texte avait au moins été signé par des pays riches qui s’étaient engagés à créer un fonds climat. Je ne suis même pas sûre qu’aujourd’hui, on arrive à adopter un texte de même am- pleur ». Pour Chantal Jouanno, le point d’achoppement est toujours le même : la question cruciale des financements. « Le fonds climat a été institué afin de trouver 100 milliards de dollars d’ici 2020 pour aider les pays en développement à lutter contre le changement climatique. Mais
DéCEmbrE / JANviEr
fement sous le seuil critique fixé à +2°C! « Des ambitions très basses, et ce, à tous les niveaux. “Si l’accord ne fixe pas un prix du carbone, s’il ne stoppe pas une bonne fois pour toutes les subventions aux énergies fossiles fortes de 500 milliards de dollars à travers le monde, alors, non la COP 21 ne franchira pas un cap histo-
Christian de Perthuis
professeur à l'université Paris Dauphine et fondateur de la chaire Economie
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rique en.
gement climatique.” Avec un réchauffement qui va alors culminer à 3°C à court terme, comme le rappelle l’intéressée, “un seuil catastrophique pour les rendements agri- coles, la biodiversité...” Pour éviter de tels fléaux, elle préfère alors faire confiance à la société civile “qui elle reste bien plus en avance que les diplomates sur ces ques- tions”.
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matière de lutte contre le chan-
« Un contexte technologique plus propice »
du climat :
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