Page 90 - EcoRéseau n°25
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n°25
ART DE VIVRE & PATRIMoINE Regard sémantique
Depuis huit ans, Jeanne Bordeau compose des “tableaux de mots” à partir de collages issus d’articles de presse. Démonstratives et percutantes, ses “compositions sémantiques” accrochent le coeur et la raison. A la fois miroir et interprétation de l’actualité,
ses tableaux décryptent l’époque de manière presque prémonitoire.
Créations thématiques et singulières, ses tableaux mettent en scène les mots-clés d’une année dans des secteurs d’actualité majeurs : politique, économie, crise, culture, société, culture, femmes, développement durable, ressources humaines, verbes. Chaque année, ces dix toiles forment ainsi “une tapisserie de Bayeux contemporaine” et sont exposées à la galerie Verneuil Saints-Pères à Paris.
La mémoire des mots
CRISE, VOUS AVEZ DIT "CRISE" ?
Nomdutableau: Crise, JaneBee Dico d’époque
En voilà une expression technique et financière qui jadis était réservée aux spécialistes. Depuis peu, ce «Triple A» est devenu familier. Il est bien en- tendu un symptôme de la crise. Il est comme sous-entendu lorsque l’on évoque la crise économique.
Et si la solvabilité est bonne alors le taux d’intérêt est censé être plus agréable !
Le Triple A passe à l’as ?
© Jean Paul Goffard
«Quand je m’examine, je m’inquiète. Quand je me compare, je me rassure « ?
En 2014 comme en 2015, la crise devient un état permanent. Il ne s’agit plus de sortir de la «crise» mais de vivre avec. La crise serait- elle devenue un état d’esprit ?
Parmi ces solutions, l’économie numérique et collaborative semble être l’unique vue.
La crise vient de loin !
Dans les années qui ont précédé ce «la vie en crise» de 2014, la «crise» a été jumelle de la ri- gueur.
A l’arrivée de François Hollande, 75% oblige, le champ sémantique de la «crise» était ali- menté par la chasse aux «Hyper-riches, il y avait également le «triple A» et les «profits». Bien entendu la «dette» n’avait pas disparu. Et on a même entendu parler «d’évasion» des riches.
Sur le tableau «la vie en crise», c’est effective- ment un mot et un seul qui occupe l’espace. Ce mot tourne en rond. Ce terme aligné à longueur de manchettes de journaux est devenu une ha- bitude. Il cristallise la somme des angoisses et des incertitudes dans tous les domaines. «Crise de société», «crise sécuritaire», «crise écono- mique» !
A l’origine «la crise» provient du latin «crisis» signifiant «manifestation grave d’une mala- die». Dans le grec ancien, la «krisis» renvoie à la notion de «jugement» et de «décision» ! Avec ses racines grecques et latines la «crise» ex- prime une situation grave où il faut agir et se distinguer.
Ensuite, en 2013, autour de la «crise» se gref- faient tout et son contraire. La croyance en «la sortie de crise» cohabitait avec le «la fin de la crise n’est pas pour demain». C’est pour cela que l’on voit en 2014 qu’elle est devenue un état de fait et que dans sa ronde infernale, elle dissout toute idée de rémission.
La danse de la crise
La transformation et la «crise» vivent en continu. Elles sont deux sœurs jumelles qui nous laissent en attente. Cela voudrait-il dire que tout ne dépend pas que de nous ?
La crise dans ce tableau semble danser et tour- ner. Ilyaceuxquienvivent.Ilyaceuxquisem- blent regarder la crise comme un moment de transformation. Et puis il y en a d’autres qui se voilent la face. Ils ne veulent pas voir et surtout ne rien savoir.
Malgré ce constat, l’oCDE publiait en 2014 un indicateur selon lequel les Français n’étaient pas si mécontents de leur sort notamment en matière de logement et d’environnement. Même si ce n’est pas une opinion que laissent transparaître les médias, cet état de satisfaction du public serait relié au fait que selon ce Better Life index, les Français se comparent avec d’autres pays.
Pourtant, les décideurs économiques et poli- tiques ne cessent de vouloir trouver des «re- mèdes» à la crise. Pourquoi des «remèdes» et pas des médicaments ? Parce que «médica- ment» reste étroitement relié à la médecine et à un traitement précis. Remède dégage un sens plus large qui peut accueillir toutes les idées et solutions.
Triple A !
La maxime de Talleyrand serait-elle juste :
Le pouvoir absorbant de la crise
par
Le citoyen, lui, ne paraît pas particuliè- rement passionné par cette considéra- tion financière. Il est confronté à tant de chiffres négatifs qu’il a besoin de choi- sir. Et le taux de chômage est évidem- ment plus significatif qu’un Triple A ! Aucun homme politique ne brandit le «retour du Triple A» comme promesse électorale.
Jeanne Bordeau
Le Triple A s’en va et alors ?
Fondatrice de l’Institut de
Les journalistes ont déployé une grande pédagogie pour expliciter cette expression. Et, finalement, il semble qu’aujourd’hui cela ne pro- voque plus vraiment d’inquiétude. Sans doute parce que les agences de notation sont entourées d’une image opaque. Le pays de Voltaire n’a pas oublié de s’interroger au fil de débats passionnés sur la légitimité de ces entités. Sont-elles vraiment indépen- dantes ?
la qualité d’expression
Le Triple A, on ne l’a pas
C’était en juillet 2013, la France per- dait son dernier «Triple A». Verdict de l’agence de notation franco-amé- ricaine Fitch Ratings. Ce «Triple A» ressemble à un 20/20. Il est une façon de signifier qu’un pays ou une entreprise possèdent une bonne sol- vabilité.
Perdre le «Triple A» a été perçu à l’époque comme une «alerte sérieuse». Depuis le signal d’alarme ne cesse d’être tiré, et de façon plus claire puisque, on ne sait plus très bien qui réussira l’opération «sauver l’euro» !
NoVEMBRE 2015
PROCHAIN NUMÉRO LE JEUDI 26 NOVEMBRE 2015
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