Page 20 - EcoRéseau n°25
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n°25
PANoRAMA International - Focus sur le Canada
Un pays qui gaze ?
Le pays est sur les tablettes des investisseurs et entrepreneurs depuis belle lurette, et ce bien que la situation soit un peu plus contrastée dans la réalité que sur le papier. L’arrivée du libéral Trudeau rimerait avec statut quo...
PLe voile se lève sur les ambitions canadiennes
jourd’hui, si le prix du baril permet aux ménages de gagner en pouvoir d’achat, sa faiblesse en- traîne le report des inves- tissements dans les ré- gions dépendantes du sec- teur énergétique, lequel représente presque un tiers des exportations. L’Est,
nomiques pourraient se ré- sumer à l’enjeu du pipeline Keystone XL. Dans son principe, cet oléoduc per- mettrait d’optimiser le transfert actuel de la pro- duction énergétique des sables bitumineux de l’Al- berta jusqu’au Golfe du Mexique. « Mais les ater- moiements sont nombreux quant à l’agrandissement de ce pipeline. Les Etats- Unis refusent ce nouvel aménagement pour raisons environnementales. Face à cette valse-hésitation, un projet alternatif d’oléo- duc prenant source dans la région de l’Alberta me- nant jusqu’à la Colombie britannique et la côte Pa- cifique vers les terminaux de liquéfaction du gaz sont en réflexion », analyse la spécialiste de l’IFRI. Au- jourd’hui, le «Northern Gateway» est toujours su- jet à polémique, bien qu’ottawa ait donné son feu vert. Initialement, le début de l’exploitation de ce projet à sept milliards de dollars canadiens avait été programmé à octobre 2018 et le début de son
intime qu’entretiennent les
deux pays s’exprime éga-
lement par la valeur quo-
tidienne des biens et des
services échangés et des
revenus de placement. Ces
échanges ont été permis
par l’ensemble des accords
bilatéraux, notamment
ceux de libre-échange.
L’ALENA (Accord de li-
bre-échange nord-améri-
cain) depuis 1994 puis le
« partenariat nord-améri-
cain pour la sécurité et la
prospérité» (2005) ont lar-
gement contribué à réduire
les obstacles commerciaux
en libéralisant l’agricul-
ture, les services dont ceux
de la finance, l’énergie et
les marchés publics.
« Mais si l’on doit retenir
une chose des rapports
entre les Etats-Unis et le
Canada, ce serait bien
leur caractère inégal »,
explique Laurence Mar-
don, responsable du pro-
gramme Amérique du
Nord à l’IFRI. Un rapport
démographique de un pour
dix d’abord : 35 millions
pour les amateurs de sirop
d’érable contre 320 mil-
lions au sud des grands
lui, en ressent moins les lacs. Ce rapport démogra- chantier à octobre de cette effets. D’autant que phique laisse deviner la année... Avant que le projet
SCHIZOPHRÉNIE CANADIENNE
« La nature des échanges internationaux pourrait sensiblement évoluer à la faveur des derniers traités signés, à l’image de l’AECG (Accord écono- mique et commercial glo- bal, ndlr) signé avec l’Union Européenne », prévoit Laurence Mardon. Mais l’accord n’est pas sans soulever certaines ré- sistances. Malgré un ac- cord ratifié, la mise en place de l’AECG est concomitante aux polé- miques suscitées par le TTIP, partenariat transat- lantique de commerce et d’investissements, car elle procède du même fonc- tionnement que ce dernier. « Ces nouveaux traités font partie des accords de libre-échange de nouvelle génération qui ne font pas que du global et qui sou- haitent sortir de l’esprit OMC. Les Etats montrent ainsi qu’ils ne souhaitent plus réaliser des accords produit par produit mais établir un cadre général de fonctionnement. D’où les tribunaux d’arbitrage qui soulèvent l’ire de la France et de l’Allemagne au sujet du traité transat- lantique », commente Lau- rence Mardon. Autre fait d’importance, l’AECG au- torise également l’ouver- ture aux marchés publics aux entreprises d’une autre zone – autorisation déjà à l’œuvre dans le cadre de l’ALENA entre le
ays aux mille lacs, Unis et se demander si le il possède aussi destin canadien peut évo- mille visages, alors luer autrement.
que l’heure des élections actuelles est aussi celle des bilans : il est l’un des plus développés du monde mais n’a pas hésité à pro- voquer un désastre éco- logique dans l’Alberta. Un pays dont l’un des poumons économiques est culturellement et histori- quement tourné vers la France et l’Europe mais avec des projets d’ampleur qui regardent davantage vers l’Asie. Un niveau de vie enfin que jalousent les voisins nord-américains, mais une bulle immobi- lière qui pourrait éclater à tout moment et peser lourdement sur les mé- nages. Cette complexité canadienne transpire éga- lement dans les relations entretenues avec son grand frère nord-améri- cain. A l’aune macro-éco- nomique, la dixième puis- sance semble emprunter un tournant à la faveur de nouveaux accords inter- nationaux. L’occasion de se questionner sur l’am- bivalence des rapports en- tre le Canada et les Etats-
UNE CROISSANCE STABLE QUI CACHE D’IMPORTANTES DISPARITÉS RÉGIONALES
Des chiffres encoura- geants qui font rêver les gouvernement d’Europe : +2% de PIB en 2014 et +2,4% prévus en 2015. « Le Canada s’en est mieux sorti que les USA en 2008-2009, mais sa si- tuation actuelle est com- parativement moins bonne en raison du choc pétro- lier et de son développe- ment intimement lié au secteur énergétique », ex- plique Julien Marcilly, économiste en chef à la Coface. L’économie na- tionale s’est contractée pour la première fois de- puis 2011. « Le déficit courant s’est aggravé en raison du ralentissement de la croissance améri- caine. » Vaste, le pays de- meure sujet à des déve- loppements régionaux iné- gaux. L’ouest a beaucoup bénéficié de l’essor des matières premières. Au-
Pieds et poings liés aux Etats-Unis, la Canada s'entiche de la Chine tout en faisant les yeux
« l’économie canadienne demeure largement diver- sifiée et peut s’appuyer sur le secteur manufac- turier », complète Julien Marcilly. Un tableau éco- nomique tout en contraste...
doux à l'Europe...
nature des échanges. Du point de vue économique, le déséquilibre entre les deux pays se résume en quatre chiffres. Le Canada exporte 73% de ses biens et services vers les Etats- Unis tandis que dans l’au- tre sens, le Canada repré- sente 20% des exportations américaines. Et seules 15% des importations pro- viennent du Canada, selon une étude de janvier 2014 de l’institut canadien Fra- ser. Cette donne écono- mique serait pourtant sur le point d’évoluer vers un autre équilibre. Les nou- velles opportunités éco-
ne soit envoyé en Cour d’appel fédérale pour le manque de prise en compte des « Premières Nations », terme qui dé- signe les groupes autoch- tones dans l’ouest cana- dien. Ajoutez à ce sujet quelques baleines à bosse sur le chemin du « Nor- thern Gateway », espèce sortie de la classification des espèces protégées, plus l’exploitation du gaz de schiste provoquant des séismes et vous avez un beau débat à lancer autour d’une poutine, le plat qué- bécois à base de frites et fromage en grain.
ts-Unis
S’ÉMANCIPER DES ETATS-UNIS AU PRIX D’UN DÉSAS- TRE ÉCOLOGIQUE ET HUMAIN ?
Jamais deux pays n’auront entretenu relations aussi étroites que les Etats-Unis et le Canada. 200 millions de citoyens franchissent la frontière des deux côtés chaque année ! Ce rapport
Mexique, les Eta.
et le Canada. Mais l’axe prévalent reste celui de l’énergie. Certes, le Ca- nada regarde vers l’Eu- rope, mais s’entiche en- core davantage de l’Asie et de ses opportunités d’af- faires. Un cap qui se main- tiendrait a priori.
Geoffroy Framery
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NoVEMBRE 2015


































































































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