Page 18 - EcoRéseau n°25
P. 18
www.ecoreseau.fr
n°25
PANoRAMA International - Le modèle hybride singapourien
Focus sur un pays ou sur une problématique qui concerne plusieurs pays et interpelle la rédaction,
Ying et yang
choisi en toute subjectivité
Et si la démocratie à l’occidentale n’était pas la fin de l’histoire ? D’autres en Asie ont choisi une voix plus pragmatique, partie pour durer...
Chine présente de nom- breuses facettes très diffé- rentes : son modèle de dé- veloppement, sa politique interne, son attitude face à ses voisins... », précise Tsu- neo Nishida, ancien vice- ministre des Affaires étran- gères du Japon, représentant permanent du pays à l’oNU, qui s’attend à ce que le “pa- ternalisme doux” fasse des émules à l’avenir. Et ce d’autant plus que des ré- formes sont en cours pour le rendre pérenne.
la fameuse commission de supervision et d’adminis- tration des actifs de l’Etat. « Les problèmes de gestion calamiteuse de dirigeants qui accédaient à ce rang par récompense ou en semi- retraite, ainsi que les af- faires de corruption, ont encouragé les autorités à prendre des mesures dans tous les secteurs, notamment les plus stratégiques comme l’énergie ou les transports », explique Philippe le Corre. La différence est criante avec les entreprises chi- noises privées, qui se rap- prochent plus de leurs consœur d’Asie du Sud-Est. Selon celui qui est aussi chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), « les pouvoirs publics, pour maintenir le système à flot, a besoin de renforcer ces conglomérats. Lorsque les politiques promettent d’équiper le Pakistan d’in- frastructures, ils ne peuvent y parvenir qu’avec ces géants. Les entreprises pri- vées auront plus de réti- cences ». Une privatisation ? Aucunement. La vision de Xi Jinping est celle d’une modernisation permettant justement de pérenniser le pouvoir de l’Etat-parti. Ce qui passe par des entreprises plus rentables, moins dé- pendantes des crédits pu- blics, comptant des mana- gers plus aguerris pour abor- der les marchés internatio- naux – finalement dont le modèle se rapproche un peu plus de celui du fonds sou- verain de Singapour, Tema- sek, souvent cité comme
(1) « L’Offensive chinoise en Europe », de Philippe le Corre, en collaboration avec Alain Sepulchre, éd. Fayard, 2015.
Julien Tarby
PEt si « l’autoritarisme doux » singapourien faisait plus d’émules sur la planète ?
DYSFONCTIONNE- MENTS REPÉRÉS
Dès novembre 2013, un an après l’arrivée au pouvoir de M. Xi, le parti commu- niste chinois (PCC) s’était engagé à “moderniser” la centaine de gigantesques entreprises directement pla- cées sous le contrôle de Pé- kin, telle que China Mobile, premier opérateur mondial en termes d’abonnés, ou en- core Sinopec ou China Sou- thern, respectivement pre- mier raffineur et première compagnie aérienne d’Asie. Une séparation sera opérée entre celles destinées à en- granger des profits et celles contribuant au service pu- blic. Selon le gouvernement
ourquoi le décès en LE PRAGMATISME la danse. La configuration mars 2015 de Lee AVANT TOUT chinoise et l’orientation com- Kuan Yew, véritable Lee Kuan Yew, connu pour muniste correspondaient par-
cette approche du dévelop- pement pourrait bien être reprise dans certains pays émergents. « Les Chinois ont comme stratégie affichée de ne jamais interférer dans les affaires domestiques des autres pays. Ce qui est un leurre au vu de leurs acti- vités humanitaires et leur diplomatie économique. Le modèle chinois ne peut être un “statu quo power” éter- nellement », note Thierry de Montbrial, directeur de
fondateur de la cité-Etat de avoir géré son pays comme faitement à ce modèle.
Singapour, a-t-il donné lieu à autant d’hommages en Asie et particulièrement en Chine ? Peut-être parce que cet homme d’Etat d’origine chinoise – son arrière-grand- père avait émigré de la pro- vince de Guangdong – a fait de Singapour un centre ré- gional financier, de services et de haute technologie où les élites du continent vien- nent encore puiser des idées. Le modèle singapourien a eu une influence considéra- ble sur la voie de dévelop- pement empruntée par Deng Xiaoping, qui s’y était rendu dès 1978. A partir de 1992, des hauts fonctionnaires et des chefs d’entreprise chinois ont afflué dans la « ville jar- din » pour en tirer des en- seignements, notamment en matière de gestion adminis- trative, de lutte contre la corruption, d’implantation de parcs industriels... Ce n’est donc pas un hasard si les autorités chinoises, lorsqu’elles promeuvent l’état de droit, font référence à la « Suisse de l’Asie. »
une entreprise, a prosaïque- ment décidé de prendre le meilleur des civilisations oc- cidentales et orientales, sans idéologie aucune, privilégiant tout ce qui favorisait essor économique, justice et main- tien de l’ordre. Il a ainsi rejeté la démocratie à l’oc- cidentale pour instaurer un régime de parti unique, avec
« China Railways était au- trefois le ministère des che- mins de fer. Et l’on peut trouver ses équivalents dans tous les secteurs, même si la situation évolue. Il y a 20 ans la part des entreprises étatiques dans le PNB était de 50%, elle n’est plus que de 35% aujourd’hui. Il existe néanmoins nombre d’entre-
Un régime de parti unique, des conglomérats dépendant de l’Etat, mais une administration qualifiée, intègre et efficace...
.
18
NoVEMBRE 2015
MODÈLE QUI VA FAIRE TACHE D’HUILE ?
Même si elle découle d’une histoire chinoise spécifique,
une administration omnipré- prises dites privées qui sont l’Institut français des rela- qui a énoncé les grandes sente, ce qui lui a permis de très proches du pouvoir, di- tions internationales (IFRI) lignes de sa réforme le 13 gérer le pays d’une main de rectement liées à l’Etat, à lors d’une conférence “La septembre, une ouverture fer. Cet “autoritarisme doux” une Province, ou agissant Chine et le monde”. Les aux investisseurs par – selon les termes des cher- de concert avec le parti », hauts fonctionnaires de échange d’actions ou prises cheurs – se différencie des observe Philippe le Corre, l’Empire du Milieu partici- de participations pour les dictatures classiques par son chercheur à la Brookings pent de plus en plus à des premières est prévue. Ces administration qualifiée, in- Institution à Washington, organisations internatio- groupes auront plus de la-
source d’inspiration...
tègre et efficace, et par ses institutions judiciaires strictes et impartiales. L’interven- tionnisme étatique est une réalité dans ce pays où les entreprises publiques, véri- tables conglomérats, mènent
spécialiste de la Chine(1).
nales, leur influence croît et l’administration tend à devenir plus nationaliste au fil du temps. Autant d’élé- ments qui annoncent une influence croissante sur de nombreux autres pays. « La
titude pour fixer les salaires de leurs employés et em- baucher des managers plus professionnels, afin de se tourner vers l’international. Les conseils de direction prennent du pouvoir face à

