Page 15 - EcoRéseau n°23
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L ’Iran, Cuba, la Corée du Nord, le Soudan, la Russie, le Rwanda, la Chine... Autant de pays que l’on ne classe pas dans nos destinations estivales fantasmées. Du moins si l’on souhaite vadrouiller à notre bon vouloir en vacances. La liste des pays à mauvaise réputation est longue. Néan- moins, des échanges com- merciaux existent, au-delà des embargos et de relations diplomatiques délétères. Der- nière preuve en date, François Hollande vendait 24 Rafales au Qatar pour la coquette somme de 6,3 milliards d’eu- ros. Contrat commercial qui cependant ne cesse de faire jaser parce que plane toujours l’ombre d’un éventuel finan- cement qatari de certains ré- seaux salafistes. Qu’importe, les capitaines d’industrie fran- çaise ambitionnent d’asseoir leur assise dans certaines zones chaudes du monde, quelle que soit leur réputa- tion : Airbus en Iran par exemple, Total en Syrie, à Cuba... On serait tenté de croire qu’un pays tel que la France et bien d’autres Oc- cidentaux seraient depuis bien longtemps devenus schi- zophrènes, sorte de Janus politiques contemporains avec d’un côté un visage ré- publicain et soucieux des Droits de l’homme et de l’autre, une seconde face un peu plus trouble qui fait fi de la première par opportu- nisme d’affaires. Naïf ? A contre-courant, outre-Atlan- tique, quelques poignées de mains viennent de sceller une nouvelle entente entre Cuba et les Etats-Unis qui accordent à quelques com- pagnies américaines de fer- ries le droit d’assurer les quelque 150 kilomètres qui séparent les deux ennemis historiques. Un signe d’un apaisement diplomatique en- tre les deux pays. Se pose donc légitimement la ques- tion du « doit-on conduire des affaires avec des régimes
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International - Business dans les pays à la réputation sulfureuse PANORAMA Focus sur un pays ou sur une problématique qui concerne plusieurs pays et interpelle la rédaction,
Very bad trip
Peut-on faire des affaires dans les pays à mauvaise réputation ?
dits autoritaires ? ». Voici quelques clés de lecture pour dépasser la bien-pensance.
des raisons d’ailleurs pour lesquelles PSA s’est forte- ment implanté en Iran. Tout comme Total qui « suit éga- lement attentivement les évo- lutions de la situation en
avance Frédéric Jenny. Le dilemme revient donc à se demander s’il faut faire sauter certains verrous diploma- tiques pour engendrer une spirale économique vertueuse
à faire dialoguer des pays habitués à se détruire. Le développement économique fait naître un intérêt commun. Dans le cas de l’Europe, elle lui a permis d’être pacifiée.
l’Open Door de 1978 a été seulement rendue possible suite à la transformation du marché du système de pro- priété et de la transformation des entreprises d’Etat. L’ou- verture de la Chine s’est donc manifestée par sa part croissante dans le commerce international, dans les in- vestissements directs/indirects et dans le système global en termes de finance (AIIB, BRICS Bank, etc). » De même que le pays a pro- gressivement tourné le dos à son passé politique, « ses administrations sont désor- mais fortement orientées « business » avec une ap- proche très pragmatique, même s’il existe encore quelques restrictions pour les pays occidentaux compte tenu de la relation privilégiée nouée entre les entreprises d’Etat et le gouvernement », complète Haiyan Zhang. « Et si certaines tensions persis- tent avec des voisins, la Fair Trade Area, par exemple, partie intégrante de l’ASEAN, consiste en une plateforme pour discuter des conflits entre pays mem- bres. » Jusqu’à quel point la croissance et l’ouverture commerciale peuvent-elles alors profiter au pays en ma- tière de diplomatie ? S’il n’y pas de recette miracle à la question, le curseur des re- lations internationales pour- rait toutefois changer de di- rection, notamment en raison de la récente création chi- noise, l’AIIB, censée concur- rencer la banque mondiale sans pour autant dépendre de l’influence de Washing- ton. La France, l’Allemagne et l’Italie font partie de ces pays qui rejoignent les rangs de cette nouvelle banque au grand dam des Etats- Unis. Une révolution pour un pays dont la réputation évolue bien depuis des dé-
Geoffroy Framery
SEPTEMBRE 2015
choisi en toute subjectivité
COMMERCER AU-DELÀ DES SANCTIONS ÉCONOMIQUES
La politique internationale du gros bâton n’est plus. Mais, le pays de l’Oncle Sam demeure le gendarme mondial le plus dissuasif en matière de commerce inter- national. « Les Etats-Unis continuent d’appliquer leur droit de manière extra-ter- ritoriale et possèdent surtout la capacité d’interdire à toute entreprise étrangère en lien avec eux de commercer avec les pays sous le joug de leurs sanctions économiques », souligne Frédéric Jenny, pro- fesseur d'économie à l'ES- SEC, ancien président du comité de concurrence à l'OCDE. Ce qui explique pourquoi la BNP a été lour- dement punie – amende re- cord de 6,4 milliards d’euros – suite à des transactions en dollars réalisées de 2002 à 2009 avec le Soudan, l’Iran et Cuba, tous sous embargo. « C’est une des raisons qui expliquent pourquoi il y a très peu de commerce direct avec ce type de pays », com- plète-t-il. Mais les entreprises ne sauraient en rester là. En Birmanie, au Soudan ou bien en Iran, les opportunités com- merciales existent. D’autant que certains de ces pays bé- néficient d’une grande force d’attraction, en raison no-
« Pas de problème, je gère... »
Crimée et les éventuelles ré- glementations et/ou sanctions économiques » ou « ne peut garantir que les réglemen- tations actuelles ou futures ne puissent pas avoir d’im- pacts sur ses activités ou sa réputation », selon son do- cument de référence 2013. « La logique économique se superpose donc à la logique politique. C’est une réalité économique de base. La li- berté de commerce permet
sur le long terme où les pays s’affaibliraient, ou au contraire sanctionner les Etats via embargos ou blocus pour les éduquer.
C’est une des réussites ma- jeures de la communauté eu- ropéenne », analyse Frédéric Jenny. La création du GATT en 1947, qui a précédé celle de l’OMC, reposait sur ce même principe. Développer les échanges et le niveau de vie pour mettre de côté les rancœurs et retrouver un in- térêt commun entre les pays. Cela dit, tous les pays ne peuvent profiter de l’ouver- ture au commerce interna- tional. Cette dernière va en effet davantage bénéficier aux pays qui se sont indus- trialisés, qui possèdent une forte compétitivité-prix et une grande compétitivité structurelle. Ces conditions réunies peuvent ainsi amorcer l’ouverture du pays, au-delà de sa mauvaise réputation et de son autarcie. Haiyan Zhang, directeur de l’Institut Confucius de NEOMA Bu- siness School ajoute : « En Chine, la politique dite de
Se demander s'il faut faire sauter certains verrous diplomatiques pour engendrer une spirale économique vertueuse...
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DÉPASSER LA MAUVAISE RÉPUTATION
Inclure un pays dans les échanges économiques peut- il faire évoluer le pays ? Même si les rangs des euro- sceptiques grossissent au-
tamment d’une classe le développement écono- jourd’hui, force est de re- moyenne consolidée, de la mique. Selon le dernier rap- connaître que l’Europe fut à richesse du sous-sol et du port des Nations-Unis paru son origine un accord pour potentiel économique du en cette fin du mois de juillet, établir une zone de libre- pays. Ainsi, ne convoite-t- plus d’un milliard de per- échange entre deux ennemis on pas aussi intensément sonnes sont sorties du seuil séculaires. « La Communauté Cuba que l’Iran, la Corée de pauvreté grâce à la libé- européenne du charbon et du Nord ou la Russie. Une ralisation du commerce », de l’acier (CECA) a réussi
cennies.
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