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LIBÉRALISATION ET DÉCENTRALISATION EN SUÈDE ET EN ITALIE
soit contrôlée afin de s’as- surer que la politique qui y
n’est pas toujours une école épanouissante. Demandez
jeunes de 24 à 35 ans sont titulaires d’un diplôme du
tigieuses. Mais gare. surchauffe : les jeunes né- gligent loisirs et sommeil, au détriment de leur santé. Ainsi, le suicide est la cause de mortalité la plus élevée chez les jeunes coréens, qui sont considérés par plusieurs études comme les plus mal- heureux de l’OCDE.
Grand Angle - Les réformes des écoles en Europe PANORAMA
Hexagone
Confrontation à quatre chantiers éducatifs
Le 10 juillet dernier, pendant que les petits Français prenaient le chemin de la plage, Najat Vallaud-Belkacem avait rendez-vous dans les bureaux de l’OCDE pour un conseil de classe un peu particulier. Le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économique, Angel Gurria, lui a en effet remis une note de 20 pages portant sur les réformes engagées par la ministre de l’Education nationale. Verdict : si l’élève France fait preuve de bonne volonté, elle doit redoubler ses efforts pour espérer passer dans la classe supérieure. « Les réformes menées en France vont dans la bonne direction mais il est nécessaire de les poursuivre pour diminuer les inégalités en croissance dans l’éducation et inverser la courbe de l’échec scolaire », souligne l’OCDE. L’institution l’invite à bûcher sur quatre chantiers prioritaires. Premiè- rement, la formation des enseignants, en renforçant no- tamment la formation continue pour les aider à monter en compétence dans la pédagogie différenciée, le travail en équipe ou l’utilisation des nouvelles technologies dans les apprentissages. Deuxièmement, la lutte contre l’échec scolaire, en scolarisant des l’âge de deux ans les enfants issus de milieux défavorisés, en individualisant davantage l’enseignement, et en limitant le redoublement. Troisiè- mement, en consacrant plus d’efforts pour les établissements défavorisés, en attirant des professeurs expérimentés, formés « de façon plus spécialisée ». Quatrièmement, re- valoriser les filières professionnelles.
travaux ne sont pas notés jusqu’à 14 ans, pour éviter de mettre la pression sur des chérubins dont on fait grand cas de l’épanouisse- ment. Et dans le public, comme dans le privé, l’Etat laisse carte blanche aux profs pour choisir leur mé- thode d’apprentissage. De décentralisation, il en est aussi question en Italie, où le projet de loi sur la « Buona Scuola » (la « bonne école ») a été ap- prouvé fin mai par la Cham- bre. Matteo Renzi souhaite en effet donner plus de pou- voir aux responsables d’éta- blissements, puisque les di- recteurs d’école pourront engager directement des professeurs, sans tenir compte du classement, et récompenser les plus méri- tants par des primes. Les établissements seront aussi autonomes pour gérer leur budget et leur projet édu- catif. Cette ambitieuse ré- forme fait aussi un pas vers la libéralisation, puisqu’un peu à l’instar du système suédois, elle instaurera un allégement fiscal de 4000 euros par enfant scolarisé dans les écoles privées conventionnées. Il est aussi question de renforcer la place de l’alternance, pour
La fin des notes à l’école ? Mais qui sera taquiné à la récré ?
20% les plus privilégiés aux Etats-Unis et dans plusieurs pays européens », note Eric Charbonnier sur son blog, « L’éducation déchiffrée ». Le tout avec une économie de moyens : les bonnes per- formances éducatives sont atteintes en dépensant moins, puisque « les dé- penses unitaires sont bien inférieures à la moyenne des pays membres de l’OCDE », remarque encore Eric Charbonnier. Mais le prix payé par les jeunes co- réens et leur famille est, lui, bien plus élevé. En effet, trois élèves sur quatre du secondaire suivent, en plus de leurs cours au lycée, ceux dispensés le soir par les Hagwons, des instituts privés qui pèsent 2% du PIB. A Séoul, les familles consacrent 16% de leurs re- venus à l’éducation de leurs enfants. L’objectif ? Décro- cher la meilleure note pos- sible au Suneung, le sésame d’entrée à l’Université, afin d’entrer dans les plus pres-
lutter contre le chômage
des jeunes, et des disciplines
« humanistes » : histoire
de l’art, musique, langues...
« En général, l’autonomie
des établissements est po-
sitive, à condition qu’elle Mais une école performante galités, puisque 98% des
aux Pays-Bas, les établis- sements sont évalués chaque année.
tiques et en lecture, 7e en sciences – la Corée du Sud a accroché la 5e place des pays de l’OCDE. Une réus- site qui ne laisse personne de côté et combat les iné-
A partir de 1988, la Suède a décidé de tourner le dos à son modèle public et cen- tralisé pour se tourner vers un système libéralisé et dé- centralisé. Comme la carte scolaire a été abrogée, les familles sont libres de choi- sir leur école. Du coup, les établissements publics sont en compétition les uns avec les autres, et doivent séduire les parents à l’occasion des journées portes ouvertes. D’autant plus que grâce au « chèque éducation », mis en place en 1992, l’Etat fi- nance tous les enfants de la même manière, qu’ils aillent dans le public ou le privé, sans tenir compte des reve- nus de leurs parents. En pratique, la commune verse aux parents qui choisissent une école privée – confes- sionnelle ou non, Steiner, Montessori... – le même montant que ce qui est dé- pensé pour un enfant dans l’école publique de la même commune. En 2012, les Friskol, ces écoles privées subventionnées, représen- taient 13% des écoles pri- maires. Côté pédagogie aussi, la Suède étonne : les
Une école performante n’est pas toujours une école épanouissante
BURN-OUT EN CORÉE-DU-SUD
à la
est menée est efficace. Si- donc aux petits Coréens : non, cela conduit à créer grâce à ses bons résultats un système plus inégali- dans le classement PISA taire », relève Eric Char- 2012 – 1ere en résolution de bonnier, de l’OCDE. Ainsi, problèmes, 5e en mathéma-
secondaire, et que « parmi les élèves de 15 ans, les 20% les plus défavorisés ont de meilleurs résultats en mathématiques que les
Aymeric Marolleau
Benchmark
En Europe, quatre visions très différentes de l’école
En 2000, C. Foerster, dans une « Etude comparée des systèmes éducatifs européens », s’intéressait aux particularités des écoles du Vieux-Continent. Le chercheur a distingué quatre grandes familles.
-Premièrement, les pays scandinaves – Suède, Norvège, Finlande, Islande et Danemark – misent sur l’école unique. Tous les élèves de 7 à 16 ans suivent le même cursus en primaire et au collège dans une école unique, la Folkekole, dans le même groupe-classe, et avec le même professeur principal. Pour adoucir le passage au collège, ils ont des enseignants différents dès le primaire. Les pays scandinaves se montrent peu sélectifs, puisque 95% des élèves décrochent leur diplôme à la fin de ce cycle, où la sanction du redou- blement ne tombe jamais. L’autonomie et l’épanouissement sont privilégiés sur l’acquisition des connaissances. -Deuxièmement, la Grande-Bretagne a opté pour un système sélectif, puisque la continuité est plutôt recherchée dans le secondaire, et que 10% des élèves sont scolarisés dans des établissements privés sélectifs, les Grammar Schools. Via le tutorat et le soutien scolaire, la pédagogie est très indivi-
dualisée. Comme dans les pays scandinaves, l’autonomie
est privilégiée sur l’acquisition des connaissances. -Troisièmement, les pays germaniques – Allemagne, Autriche, Suisse, Pays-Bas et Luxembourg – ont développé un modèle différencié. En effet, les élèves sont très tôt orientés dans trois filières : 30% vers le Gymnasium, qui mène à des études universitaires, les autres vers la Realschule, qui conduit à des études supérieures non universitaires et une formation professionnelle courte, les Hauptschulen. L’orien- tation professionnelle, mieux valorisée que dans les pays latins, est proposée par un conseil d’enseignants. En cas de refus, un examen d’admission est imposé à l’élève. -Quatrièmement, les pays latins – France, Italie, Espagne et Grèce – donnent une grande importance au « tronc com- mun ». Ils portent une attention particulière à l’acquisition des savoirs et des connaissances, puisque les notes, les examens, les contrôles et les redoublements occupent une place plus importante que chez leurs voisins. On y trouve aussi des pédagogies directives, un fort cloisonnement dis- ciplinaire, et une tension entre égalité des chances et sélection des élites.
SEPTEMBRE 2015
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