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n°22
PANoRAMA Grand Angle - Le bonheur, indicateur économique ?
L'occasion pour EcoRéseau d'enquêter sur le sujet principal du panorama, politique, sociétal ou macro-économique
indices rigolade et courbes de joie
du Brésil au Japon, en passant par le Royaume-uni et la France, retour sur une dynamique mondiale qui entend relativiser la toute-puissance du PiB...
Faire rimer économie avec bonheur, voilà qui n’a rien d’évident en ces temps de crise. Pour- tant, la tentation de déve- lopper de nouveaux indica- teurs de richesse, bien au- delà du PiB, semble, petit à petit, faire son chemin. Pion- nier d’un telle démarche, le Bouthan a forgé sa renom- mée mondiale en créant, dans les années 70, le Bon- heur National Brut (BNB), qu’il mesurait via des di- zaines de critères, des ob- jectifs clés autres que la croissance économique : la sauvegarde de la culture et de l’environnement, la santé mentale, la bonne gouver- nance, etc. Si la crise mon- diale actuelle - loin d’avoir épargné le « pays du bon-
Incentive - motivation
Quels leviers du bonheur au travail ?
Comment lutter contre le mal-être au bureau ? Voilà un enjeu sociétal lourd qui intéresse la plupart des experts en économie du bonheur, dont les travaux mettent en évidence les déterminants clés du bien-être au travail. Des ressources essentielles à l’heure où la souffrance au bureau est sur toutes les lèvres ! L’un des premiers enseignements tirés des enquêtes : « les individus ont tendance à être moins satisfaits par leur vie professionnelle que personnelle, car au bureau, lieu de stress par excellence, les événements négatifs entament plus le ressenti que les événements po- sitifs, raconte Andrew Clark, économiste au CNRS et à l’Ecole d’économie de Paris ; ainsi, être mieux payé que ses collègues aura toujours moins d’impact que le contraire ». Si le niveau du revenu s’impose comme un levier phare de bien-être au travail, ce facteur joue toutefois moins pour les cadres, déjà habitués à un montant de salaire élevé. Aussi, les leviers de satisfaction au travail reposent, in fine, davantage sur des critères subjectifs : variété des tâches, autonomie, relations avec les collègues, recon- naissance du management,... « Les entreprises ont - pour nombre d’entre elles - l’habitude de mener des enquêtes d’engagement auprès de leurs équipes. Toutefois, en col- laborant plus souvent avec les chercheurs, elles pourraient analyser avec plus de finesse la structure de la satisfaction des salariés, selon l’organisation du travail, la gouvernance, la hiérarchie des salaires, la transparence,... », rappelle Claudia Senik. Vous voulez en savoir plus sur le bien être au bureau ? Rendez-vous aux Universités du Bonheur au Travail, organisée par la Fabrique Spinoza les 29, 30 et 31 octobre prochains, à Paris.
Muhammad Yunus ou le neuroéconomiste ernst Fehr ont mis en avant l’impor- tance de critères non ration- nels et désinteressés dans
(Seuil-la République des idées, 2014). Cette branche récente de l’économie, en plein essor depuis les années 1990, entend ainsi mettre à
maintenant pris des mesures afin d’inclure le bonheur national brut dans leur agenda politique national. L’état d’Alberta au Canada
tous », commente Nassir Abdullaziz Al Nasser, pré- sident de l’Assemblée Gé- nérale des Nations unies pour la 66ème session, à l’initiative d’une telle jour- née.
heur » -, est venue à bout, en 2013, de cet indice na- tional de bien être, l’initiative a fait son chemin à l’étranger en attirant l’attention des plus grands économistes. A l’instar du Prix Nobel d’éco- nomie, Amartya Sen, pour qui la crise est une occasion de repenser les notions de progrès et de bonheur. il a ainsi déclaré que le PiB était très limité : « utilisé seul, c’est un désastre. les indi- cateurs de production de marchandises ne disent pas grand-chose du bien-être, qui dépend de l’organisation de la société ».
LE BONHEUR : KÉZACO ?
Si une telle démarche a de quoi séduire, elle se heurte dans les faits à un hiatus de taille : comment mesurer une chose aussi impalpable et subjective que le bon- heur ? « En effet, il n’existe pas de définition consen- suelle du bonheur ni même d’indicateur objectif pour le mesurer, rappelle Mickaël Mangot, économiste et en- seignant à l’essec, auteur de Heureux comme Cré- sus ? Leçons inattendues d’économie du bonheur (ey- rolles, 2014). C’est pourquoi l’économie du bonheur s’évertue à replacer l’indi- vidu, ses émotions et ses propres déclarations sur son degré de satisfaction au cœur de l’analyse ». et ce, en observant le bien-être subjectif des individus tel qu’il est déclaré dans les enquêtes. « Pour compren- dre ce qui rend ou non les gens heureux, il faut tout d’abord leur demander ! », résume Mickaël Mangot. différents déterminants éco- nomiques (revenus, situation professionnelle...) ou non- économiques (santé, situa- tion matrimoniale...) vont alors pouvoir influencer trois grandes dimensions du bon-
HARO SUR L’HOMO ECONOMICUS ! Poursuivant de tels travaux, le créateur du micro-crédit
Vous avez-dit science molle, reposant sur des représentations et du subjectif ? Noonnn...
les prises de décision éco- nomiques, et ce en partant du postulat suivant : « les choix des individus ne sont pas juste guidés par leur seul intérêt personnel, mais par des considérations
mal les standards écono- miques traditionnels repo- sant sur la toute puissance de “l’homo economicus”. depuis lors, le mouvement en faveur de l’économie du bonheur n’a cessé de prendre
a, lui aussi, instauré un ‘in- dex canadien du bien-être’, qu’il a ensuite mesuré », rappelle Matthieu Ricard, moine bouddhiste et auteur du livre Vers une société al- truiste (éd. Allary, 2015).
La proportion d’Américains se déclarant très heureux en 1970 n’était pas plus élevée qu’en 1942, malgré un
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Juillet - Août 2015
éthiques, environnementales ou sociales », explique Clau- dia Senik, professeure à l’université Paris-Sorbonne et à l’École d’économie de Paris, et auteure du livre l’Economie du Bonheur
de l’ampleur, même parmi les décideurs politiques. « Outre le Bhoutan et le Costa-Rica, connu pour être lepaysleplus«vert»au monde, les gouvernements du Brésil et du Japon ont
Plus encore, l’oNu a ins- tauré, depuis 2012, la jour- née internationale du bon- heur fixée le 20 mars. Son objectif : « promouvoir ce sentiment de plénitude comme un but universel pour
heur : le bien être émotion- nel, évalué au travers de la capture des émotions posi- tives et négatives de l’indi- vidu, le bien être psycholo- gique (sentiment d’épanouis- sement, de réalisation de
niveau de vie moyen deux fois plus élevé


































































































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