Page 53 - EcoRéseau n°19
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Décryptage - Réalité augmentée STrATÉGiE & iNNovATioN NUMÉriQUE
fondateur et directeur gé- néral de la startup Augment, à l’origine d’une application mobile permettant de vi- sualiser des modèles 3D en réalité augmentée. Avec, à terme, un raccourcissement des délais de décision et une facilitation de la vente.
de son poignet puis de le présenter devant le capteur photo de son ordinateur ou de son smartphone. le mo- dèle de montre sélectionné viendra alors se placer en taille réelle sur l’image du bracelet d’essai. les maî-
un impact réel sur le pro- cessus d’achat et s’avère plus efficace que les outils traditionnels de marketing, elle peine à faire son trou au sein de la stratégie des marques. Beaucoup d’entre elles restent frileuses et pré-
ter la notion de service évo- quée précédemment. Pour avoir une vraie répercussion, l’expérience doit être rapide, facile à comprendre et ne pas se limiter à un gadget. « Pour passer au cap su- périeur, il faudra des exem-
riques, les lunettes pour- raient être la prochaine in- terface : « Concrètement, elles permettraient de faire des choses similaires au smartphone, mais sans avoir à le sortir et à le garder en main. Il y a encore du che-
des marques dans la vie des utilisateurs. l’immersion dans la réalité virtuelle de- viendrait totale. la publicité et le marketing pourraient notamment en tirer profit. Mais attention aux abus.
dES RéALiSATionS ToujouRS PLuS nombREuSES
En partenariat avec Aug- ment, l’oréal utilise par exemple cet outil pour mon- trer de manière claire, in- tuitive et ludique aux coif- feurs que ses représentants visitent la façon dont les présentoirs pourraient s’in- tégrer dans leur salon. ikea, de son côté, propose une application smartphone et tablette permettant de vi- sualiser, à la bonne échelle, des meubles en 3D en les faisant apparaître directe- ment là où l’on se trouve. l’application Makeup Ge- nius de l’oréal se présente également comme un si- mulateur de maquillage per- mettant de tester virtuelle- ment les produits de l’en- seigne. l’intérêt du dispo- sitif se situe donc aussi dans l’interaction qu’il crée entre la marque et le client, dans le fait de l’inviter à mani- puler l’objet, de jouer avec. A la clé de ces différentes initiatives, une image de marque innovante pour l’en- treprise et un réel service pour le consommateur. C’est bien cette notion d’aide au choix qui a également été à l’origine du projet d’essai en ligne à taille réelle de montres mis en place il y a quelques semaines par Mode-in-Motion, société française de e-commerce spécialisée dans la vente en ligne de bijoux et de mon- tres. Ses clients lui expli- quaient que le principal frein à l’achat sur internet était de ne pas pouvoir tester les produits ? Christophe la- grange, directeur de la cy- ber-enseigne, s’est alors dit que la réalité augmentée pourrait être une réponse convaincante. Deux ans de réflexion et de travail plus tard, un millier de modèles ont été digitalisés et sont désormais « testables » sur son site. Pour cela, il suffit à l’utilisateur d’imprimer un bracelet d’essai téléchar- geable, de l’attacher autour
Il faut aller au-delà de l’effet « wahou » pour faire durer la magie, et aller sur la notion de service
LE CouP à jouER dES mARquES
D’autres évolutions sont en- visagées. Pour les magasins notamment. D’une part, elle pourrait permettre de ras- sembler des données sur les consommateurs, de « per- sonnaliser » et contextualiser ainsi la relation marque / client en utilisant la rA pour afficher ces données. Par exemple, en entrant dans un magasin en portant les smartglasses, le client pour- rait être guidé en réalité augmentée jusqu’à son rayon préféré et orienté vers sa taille. D’autre part, si les magasins ont déjà tendance à se transformer en show- rooms, la rA pourrait aller encore plus loin et déplacer le magasin chez le client. « Plutôt que d’aller dans une boutique de vêtements pour acheter un pantalon, la conseillère pourrait venir virtuellement chez moi, me donner indications et avis directement dans mon sa- lon », imagine Grégory Maubon. De là à savoir quels secteurs tireront plus facilement leur épingle du jeu... l’immobilier devrait également être bien placé, l’importance des achats en question justifiant la mise en place de campagnes coû- teuses, et des initiatives al- lant dans ce sens ayant déjà été menées (par exemple avec une application mobile permettant de connaître ins- tantanément le prix au m2 de l’endroit où l’on se trouve). le champ des pos- sibles est immense. Cer- taines expérimentations lais- sent entrevoir la possibilité de l’utiliser sur d’autres sens que la vue. Par exemple pour le toucher. imaginons
tres-mots d’une opération de ce type pour Christophe lagrange ? Pédagogie et utilité. les marques ne doi- vent pas oublier que la rA est un outil, et non pas une fin en soi. « Les clients sont pragmatiques : ils veulent essayer les montres. Il faut proposer un service clair et intuitif, penser avant tout aux usages. Car nous au- rions beau avoir la meil- leure technologie du monde, si ce n’est pas adopté par le consommateur, cela ne
fèrent les canaux qu’elles connaissent, plus rassurants et faciles à mettre en œuvre ; « c’est la peur de l’in- connu », synthétise en sou- riant Anita lassudrie. « C’est aussi parce que le développement d’un projet de ce type demande du temps, des ressources et a donc un certain coût, com- plète Guillaume Kuntz, fon- dateur du cabinet Agelios Conseil, spécialisé dans les nouvelles technologies mo- biles. L’équation écono-
ples rencontrant du succès auprès d’une large au- dience, avec des chiffres précis car ce sont ces élé- ments qui motiveront les décideurs », explique Jean- François Chianetta. or le taux de retour sur investis- sement est encore dur à me- surer et les facteurs à pren- dre en compte nombreux. Dans ce contexte, l’intérêt et les enjeux pour les marques sont clairs, mais les futurs usages encore dif- ficiles à distinguer précisé-
min à faire pour que les smartglasses se développent mais elles pourraient per- mettre à la réalité augmen- tée d’être beaucoup plus diffusée. » Quand ils se pla- cent dans la position de prospectivistes, les acteurs du secteur restent prudents, préférant pressentir des ten- dances qu’imaginer des usages précis. Une, en par- ticulier, fait l’unanimité : de plus en plus fluide et in- tégrée, la réalité augmentée fera, dans les années à venir,
« Oh non pas ça ! Pas juste le monde réel ! Nooooonnn ! »
mique n’est pas toujours évidente. » Enfin, trop de projets se sont pour le mo- ment cantonnés aux notions de base du marketing, sous- utilisant le potentiel de la technologie. or ce type d’usage ne convaincra pas la«cible»surlelong terme : après un effet « wa- hou », elle passera à autre chose – ce que permet d’évi-
partie du quotidien. « La démocratisation des smart- glasses nous plongerait dans un mix entre réalité et monde virtuel complexe : quand on verrait un objet, on ne saurait plus immé- diatement s’il est réel ou non », analyse Jean-François Chianetta. Une évolution qui pourrait entraîner une implication encore plus forte
sert à rien. » S’il se fait, par souci stratégique, peu disert sur ses futurs projets liés à la réalité augmentée, le directeur de Mode-in- Motion semble décidé à poursuivre l’expérience.
ibilité, pour un site
vERS un FuTuR AugmEnTé ?
Si plusieurs études montrent que la réalité augmentée a
ment. la réalité augmentée entre dans une phase de transition encore incertaine. Tout dépendra de l’évolution de la technologie (capteurs de profondeur, innovations de Magic leap...) et des supports (téléphones, lu- nettes, lentilles, casques...). Pour Grégory Maubon, consultant expert en réalité augmentée et usages numé-
la poss.
de e-commerce, de faire « ressentir » la matière d’un canapé à ses clients... ou pour l’odorat. Qui n’aimerait pas être réveillé tous les matins par l’odeur du pain tout juste sorti du four, même recréée artificielle- ment ?
Julien Fournier
Avril 2015 53

