Page 65 - EcoRéseau n°17
P. 65

n°17
www.ecoreseau.fr
Décryptage - Labs d’entreprise STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
numérique. Nous avons par exemple observé avec intérêt le développement rapide du covoiturage et de l’auto- partage, explique Simon Coutel, responsable inno- vation & services numé- riques du concessionnaire autoroutier. Le rôle du lab est d’accompagner ces changements dans une dé- marche d’open innovation, en expérimentant des projets innovants en matière de mo- bilité. » Les idées provien- nent parfois de l’interne, mais aussi de l’extérieur de l’entreprise, puisque le lab identifie et accompagne des start-up prometteuses. En novembre 2013, Vinci Au- toroutes a lancé un appel à innovation auprès de 3000 start-up afin de détecter les bonnes idées. Il a ensuite rencontré des dizaines d’en- tre elles, et expérimente ac- tuellement huit projets. L’un d’eux, « Flashez-Décollez », porté par la start-up iRéalité, donne un coup de jeune aux traditionnelles tables d’orientation : elle permet aux automobilistes qui s’ar- rêtent sur des aires d’auto- route de prendre connais- sance en réalité augmentée, via leur smartphone, des sites remarquables qui les entourent.
pieds Orange Fab, un ré- seau d’accélérateurs de start-up qui a des antennes dans la Silicon Valley (de- puis mai 2013), en France
JAMES BOND
ouvert par Cap Gemini dans ses locaux de Suresnes en 2014 est digne de l’antre de « Q », le personnage de Ian Fleming qui fournit à
et six antennes régionales, spécialisées par secteur : le retail et le e-commerce à Lille, le transport et l’assu- rance à Nantes, l’aéronau- tique et la défense à Tou- louse, l’industrie à Lyon et Grenoble. Au-delà des bi- joux technologiques qu’ils hébergent, ces labs sont des lieux dédiés à l’accueil des clients du consultant, où l’on parle POC (Proof of
fragiles, gras ? Autre créa- tion maison : une raquette de tennis bardée de capteurs pour Babolat.
Certains labs permettent aux entreprises de confronter leurs collaborateurs aux technologies de demain, afin
SYNDROME DU LUNDI MATIN
Les labs ont aussi une vertu en matière de communica- tion interne et externe. De- puis fin 2014, CapGemini reçoit par exemple des de- mandes de ses clients pour
Eh bien, eh bien, regardez qui est devenu Monsieur Créatif »
Attention à ne pas se contenter de l’effet Waouh !
« Je suppose que tous ces jeux mèneront à l’innovation »
En s’ouvrant ainsi à des partenaires extérieurs, les grandes entreprises veulent aussi donner un coup de jeune à leurs processus d’in- novation : « Nos salariés n’ont pas la moyenne d’âge d’une start-up, ils ont donc moins de propension à ma- nier des smartphones. Se tourner vers des étudiants et des porteurs de projet nous apporte des compé- tences que nous n’avons pas en interne », explique Olivier Alamo, directeur marketing et services. Quitte à créer au passage des conflits culturels ? « C’est justement ce que les DRH recherchent, assure Philippe
de concevoir les offres de produits et services que leurs clients utiliseront après-de- main. « Attention toutefois à ce que ces showrooms in-
James Bond ses célèbres gadgets. Mais ici, en lieu et place des stylos-tueurs et des chaussures à propul- sion, quelques unes des
A Paris, l’agence de publicité Ogilvy a créé Ogilvy’Lab, un espace qui « fédère et canalise toute la créativité du groupe », explique David Raichman, directeur de créa- tion en charge du lab. « Au départ d’Ogilvy Lab Paris, il y avait la sensation que toutes les façons de vendre des produits s’essoufflaient, et qu’il fallait toucher les utilisateurs avec de nou- veaux messages démontrant les bénéfices d’un produit. » L’agence a ainsi conçu une cannette Coca-Cola qui se sépare en deux parties pour illustrer la promesse du par- tage, chère à la marque, et un peigne connecté pour Dove. Ce dernier analyse la santé des cheveux de son propriétaire afin de lui in- diquer quel shampoing uti- liser selon sa nature et la météo – plus ou moins secs,
Mais Philippe Silberzahn dénonce la tendance de cer- tains groupes à une « vision naïve de l’innovation ». Pour le professeur, « il ne suffit pas de créer un lab pour booster aussitôt la créativité de son entreprise. S’ils ne sont pas connectés au pro- cessus d’innovation, ils ne servent qu’à faire plaisir à une poignée de designers au chaud dans un bureau high-tech. » Philippe Silber- zahn met aussi en garde contre le « syndrome du lundi matin » : « Les entre- prises ne doivent pas se contenter d’envoyer leurs cadres quelques jours dans des showrooms intelligents ou accompagner des start- up. Elles doivent surtout les décharger de toutes les tâches administratives
et au Japon (depuis no- vembre 2013) et en Po- logne (depuis le premier semestre 2014). L’opéra- teur historique y accom- pagne pendant trois mois des start-up dans le déve- loppement de leur produit et de leur activité grâce à du mentoring, et en mettant à leur disposition espaces de travail et soutien logis- tique. Il les aide aussi à trouver des financements. En inaugurant en octobre dernier Le Village by CA, dans le VIIIe arrondisse- ment de Paris, le Crédit Agricole s’est inscrit dans la même démarche. Il s’agit en effet d’une pépinière qui peut accueillir jusqu’à 100 start-up sur 1800 mè- tres carrés. Elles seront hé- bergées pendant deux ans et recevront de la part de
Concept), agilité et incuba- tion. « Nous inventons les usages IT de demain dans une démarche de co-inno- vation avec nos clients, ex- plique Jean-Claude Guyard, directeur des Labs Innova- tion pour la SSII. Nous tra- vaillons avec de grands groupes qui disposent de laboratoires de R&D bien plus grands que les nôtres. Mais les vieilles organisa- tions sont engluées, elles ne savent pas par où com- mencer. Nous leur appor- tons de la neutralité, de l’indépendance et de la plu- ridisciplinarité afin d’ac- célérer leur mutation. » Ainsi, le groupe minier Rio Tinto y a par exemple trouvé un usage pour les Google Glass : la supervision à dis- tance d’opérations de main- tenance sur ses immenses sites.
construire des labs dans leurs locaux : « Ils veulent mettre en scène leurs rup- tures, leurs innovations, car c’est un formidable outil de vente auprès de leurs propres clients », précise Jean-Claude Guyard. En in- terne, c’est aussi « un pré- cieux outil RH et de recru- tement, que l’on montre ré- gulièrement à nos collabo- rateurs et à des étudiants », raconte le directeur des Labs’Innovation de Cap- Gemini.
Les riverains de la Défense ont cessé de prendre les start-ups de haut
créations high-tech appe- lées à envahir nos salons dans un avenir plus ou moins proche : robots hu- manoïdes de la société Al- debaran, casque de réalité
qu’elles leur impos. gens les plus brillants des entreprises passent au- jourd’hui la moitié de leur temps à faire un travail d’agents administratifs : ren- dre des comptes et contrôler leurs subordonnés. » L’in- novation ouverte se joue d’abord à domicile.
ent. Les
Silberzahn. Cette confron- tation des équipes internes avec des cultures externes aide à faire passer des mes- sages et à susciter des prises de conscience. »
la banque et de ses parte- naires des aides pour mettre en place leurs business mo- dels, rencontrer des inves- tisseurs ou encore répondre à des appels d’offres.
telligents ne se contentent pas de l’effet Waouh ! Ils doivent être conçus comme des espaces de co- création », averti Philippe Silberzahn, à l’EM Lyon. Ainsi, le Lab’Innovation
augmentée Oculus Rift, montres connectées, Google Glass, TV connectée, drones signés Parrot, etc. Le lab de Suresnes n’est que le vaisseau amiral d’un réseau qui compte 150 consultants
Orange a ainsi mis sur
Aymeric Marolleau
FÉVRIER 2015
65


































































































   63   64   65   66   67