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juin 2015. Le phénomène a essaimé par des comités dans différents pays, dont l’Alle- magne qui multiplie les par- tenariats public-privé et fait coopérer chercheurs et ingé- nieurs sur des mécanismes d’optimisation. « Les exi- gences gouvernementales aux Etats-Unis y dynamisent des
avons pris part aux rencon- tres, nouant des liens avec Saint-Gobain, ou même L’Oréal qui a des défis res- semblant aux nôtres. Nous recherchons des matériaux biosourcés, des traitements de sol moins polluants, eux cherchent à remplacer leurs produits capillaires qui pig- mentent et ne sont pas re- nouvelables », relate Ingrid Jouve, directrice développe- ment durable chez Eiffage Construction et Eiffage Ener- gie.
chés de deux sociétés qui tra- vaillent sur des façades conçues avec des algues, dont les bactéries ont des proprié- tés d’isolation. Nous sommes dans des phases expérimen- tales et pouvons abandonner les projets lorsque les contre
le problème environnemental sans proposer de solution, on a instillé une certaine las- situde. Le biomimétisme est justement une boîte à outils, non dogmatique et non par- tisane », développe avec en- thousiasme Alain Renaudin.
et des schémas de pensée pré-formatés pour prétendre à des ruptures scientifiques et technologiques. « L’élec- tricité n’a pas été inventée en perfectionnant la bougie », dit l’adage, et le monde complexe de demain ne sera
est aussi le réenchantement du regard de l’enfant sur notre environnement, et non plus une vision orgueilleuse d’une soi-disant suprématie de l’Homme sur la nature. « Soyons plus humbles. Nous sommes peu de choses devant
projets. Les Japonais ont une longueur d’avance dans la constitution de bases de don- nées sur les problématiques que les espèces ont résolues », cite Maria Fabra-Puchol. En France le CEEBIOS à Senlis est un endroit physique qui structure cette approche trans- versale. Ce centre d’excel- lence permet une recherche mutualisée de groupes indus- triels et de start-up, propose une pépinière, un business campus, des espaces de for- mations et de conférences. « Nous avons accompagné les modules de formation à destination des étudiants et
-Le ver marin et le pansement : Des chercheurs de la société bretonne He- marina ont découvert que le sang de l’arénicole, un ver marin, a un pouvoir oxygénant et serait compatible avec tous les groupes sanguins. Trois utili- sations sont envisagées : un substitut sanguin, un pansement cicatrisant et un système d’oxygénation des greffons avant transplantation.
-Le martin-pêcheur et le TGV : L’oi- seau a une capacité de pénétration dans l’eau exceptionnelle. La morpho- logie de son bec et de sa tête lui permet de passer de l’air à l’eau sans faire de ridule en surface et donc sans alerter les proies. Les ingénieurs s’en sont directement inspirés pour le nez du Shinkansen, le TGV japonais. Résultat : nuisances sonores amoindries, baisse de consommation de 15% et gain de vitesse de 10%.
Bien que les feuilles de l’aulne aient l’air disposées n’importe comment, elles sont en fait placées à des endroits stratégiques pour que toutes puissent être exposées au soleil. Des équipes de recherche s’attèlent donc à les étudier pour la future génération de panneaux solaires, qui s’inspirera sû- rement des plantes.
- Le moustique et la seringue : La piqûre du moustique est indolore et deux sociétés japonaises ont décidé de copier cette vertu pour élaborer des aiguilles médicales en titane d’un nou- veau type. Comme la trompe de l’in- secte elles sont de forme conique et non plus cylindrique.
-L’escargot et la colle : La bave du gastéropode permet de fabriquer de la colle à température ambiante et sans solvant polluant. Sa matière est re- nouvelable et biodégradable, une bonne nouvelle pour les utilisateurs de colles industrielles chargées en formaldé- hydes.
-La méduse et la couche-culotte : La start-up Cine’al utilise la chair ultra- absorbante des méduses, faites à 90% d’eau, pour en faire des couches-cu- lottes, capables d’absorber d’énormes quantités d’eau sans se dissoudre, et
Avant d’hiberner, le hérisson se trans- forme : la taille de ses organes non vi- taux et sa température diminuent, sa respiration et sa circulation ralentissent. Enfin son système immunitaire crée une barrière pour éviter l’infection des organes en sous régime. Les chercheurs du laboratoire du professeur Carey
Décryptage - Biomimétisme STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
Le vivant est écosystémique. Nous devons faire de même pour le comprendre, des biologistes doivent se mêler aux .
ELOGE DE LA TRANSVERSALITÉ ET DE LA COMMUNAUTÉ Le biomimétisme induit en effet une approche fonda- mentalement interdiscipli- naire, transversale, multicul- turelle, qui valorise les échanges, les télescopages, les réflexions partagées. « Le vivant est écosystémique. Nous devons fonctionner comme lui pour mieux le com- prendre, des biologistes doi- vent se mêler aux physiciens, mathématiciens, chimistes, et les secteurs de la construction, des transports, de l’agroali- mentaire, des cosmétiques, doivent collaborer. Nous avons été jusqu’à présent trop verticaux », explique Alain Renaudin. Ainsi Saint-Gobain se rapproche des scientifiques du Muséum national d’His- toire naturelle. « La nature fait des cadeaux tout le temps, mais quel exemple est digne d’être suivi ? Leurs études de comportements et d’es- pèces peuvent nous en dire long dans l’isolation acous- tique, thermique ou du feu, dans la ventilation, la pro- tection de l’habitat », illustre Maria Fabra-Puchol. La start- up francilienne Polypop utilise des panneaux d’isolation à base de paille, recouverts de champignons, aux propriétés supérieures à celles des pan- neaux en fibre de verre qui nécessitent beaucoup d’éner- gie lors de leur fabrication. Mais le partenariat qu’elle a signé avec Eiffage porte sur la dépollution de sites indus- triels. Les champignons dé- gradent les hydrocarbures et « pompent » dans leurs cha- peaux les métaux lourds. Il suffira alors de les cueillir pour les incinérer et récupérer ainsi les métaux. « Nous par- lons de vrai biomimétisme, il ne s’agit pas de faire des effets d’annonce pour une simple toiture végétalisée, in- siste Ingrid Jouve. Nous nous sommes par exemple rappro-
physiciens, mathématiciens, chimistes...
l’emportent sur les pour. » Par ce biais tout le monde pas celui d’aujourd’hui amé- cette grande « entreprise ». Vouloir construire la ville du- prend conscience qu’il est lioré à la marge. Autre facteur Usain Bolt court à la vitesse rable importe de faire de la possible de concilier préoc- d’accélération : les chercheurs d’un simple chat. Michael prospective quant aux besoins cupations environnementale ne se contentent plus d’ob- Phelps nage aussi vite qu’une futurs et à l’évolution des et économique, que la nature server physiquement la pé- carpe, qui est un poisson techniques, les ouvrages met- devient source de solutions, nétration dans l’air silencieuse lent », ironise Gilles Bœuf. tant du temps à voir le jour. d’aide à la transition énergé- des plumes de hibou, ou les
BOÎTE À OUTILS
POUR PRÉPARER LE MONDE DE DEMAIN
On l’aura compris, il s’agit avant tout d’une logique d’ac- tion, d’une aide à l’aiguillage des recherches. « A force de tirer le signal d’alarme sur
tique, et non plus de propriétés des filaments de (1) « Biomimétisme : quand
contraintes, à l’exemple sym- bolique du centre commercial Eastgate à Harare, au Zim- babwe, qui s’inspire du sys- tème de ventilation des ter- mitières africaines. Mais c’est aussi une aide à trouver d’au- tres idées, à sortir des silos
moules pour mettre au point des adhésifs. Ils ont désormais les moyens d’observer au plus près, à un niveau jamais at- teint, grâce au saut technolo- gique des nanosciences. Last but not least, le biomimétisme véhicule certaines valeurs. Il
la nature inspire des innova- tions durables » de Janine Benyus, éd. Rue de l’échiquier, 2011
-Le hérisson et les greffes d’organes :
-Les oies sauvages et les avions : Le vol en V de ces oiseaux est efficace. Les turbulences que chacun d’eux crée avec ses ailes permettent au suivant d’avoir une meilleure portance. Cela économise son énergie et optimise sa course. Et le meneur en tête du V est relayé. Des chercheurs de l’université de Stanford, en lien avec Airbus, ap- pliquent ces scénarios aux avions de ligne. Une formation en groupe des avions permettrait selon eux de réduire de 15% la consommation de carburant.
-L’aulne et les panneaux solaires :
Julien Tarby
10 cas d’école
Fables de La Fontaine des temps modernes
- Les crapauds et le wifi : Dans leur parade nuptiale printanière les crapauds parviennent instinctivement à synchro- niser leurs chants de sorte que les fe- melles puissent tous les entendre et faire leur choix. Des chercheurs de l’Université Polytechnique de Catalogne étudient cette synchronisation pour op- timiser des réseaux à ondes comme le wifi, diminuant ainsi la perte d’infor- mations.
surtout entièrement biodégradables en quatre semaines.
-la Libellule et le plastique de de- main : Le squelette externe de l’insecte est composé de chitine dont la couleur, la rigidité, la résistance à l’oxydation et la perméabilité à l’air ont inspiré les chercheurs de l’Institut de Wyss (Université de Harvard) pour créer un matériau mince, transparent et flexible : le Shrilk, peu cher à produire, biodé- gradable, biocompatible, pouvant bien remplacer le plastique dans les produits de consommation courante.
(Ecole de médecine vétérinaire de l’université du Wisconsin Madison) l’étudient de près pour mieux conserver les organes à greffer.
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