Page 16 - EcoRéseau n°16
P. 16
www.ecoreseau.fr
n°16
PANORAMA Régions & Territoires - Reims u Ce grand « nulle part »
Assurément, Reims souffre d’un certain « complexe géographique ». Peu d’ensoleillement, aucun littoral, pas de relief... « Nous sommes un peu nulle part », reconnaît volontiers Jean-Paul Pageau, président de la CCI. « Nous ne sommes pas à Nantes, encore moins à Bordeaux ou Grenoble... », énumère-t-il. Et il est sans doute « plus facile de vivre à Tours qu’à Reims ». Un « handicap de localisation » dixit, qui oblige les institutionnels locaux à phosphorer pour vendre auprès d’investisseurs étrangers la destination Reims. Ceux-là mettent notamment en avant la force du « made in France », comme les métiers de bouche. « Nous sommes la première agglomération gas- tronomique de France(1) », insiste Jean-Yves Heyer, de l’agence Invest in Reims. Place au marketing territorial, avec une formule globale : « Le soleil se lève à Reims », façon de casser l’image d’un territoire froid l’été, gelé l’hiver... « Il n’y a finalement qu’un écart de 1,8 degrés entre ici et Paris, précise Jean-Yves Heyer. Nous devons travailler sur nos points de faiblesse, notamment l’aspect météo. » Il n’empêche trop souvent encore, « les gens qui ne sont pas originaires de la région partent après quelques années, ils vont ailleurs », relève Jean-Paul Pageau. Reims est de fait généralement hors du Top 10 des villes les plus attractives de France, classement trusté par Bordeaux, Lyon ou encore Toulouse. Plus globalement, les migrations ne sont pas favorables à la région qui perd des habitants. L’agglomération rémoise est néanmoins plébiscitée pour sa qualité de vie par les 27000 étudiants qui y vivent. En dix ans, sa population étudiante « a augmenté de près de 3% », note ainsi une dernière étude comparative du magazine l’Etudiant. Des établissements d'enseignement Supérieur ont su se hisser dans les haut des classements nationaux, à l'exemple de NEOMA Bu- siness School, née de la fusion de Rouen BS et Reims BS. L’agglomération obtient son meilleur résultat en sport (3e au niveau national). « Elle peut se féliciter de son dis- positif d’accueil des étudiants à la rentrée : la “Welcome Week”. Une bonne initiative à reproduire peut-être dans d’autres domaines... », précise l’étude. Et de conseiller « la mise en place d’une carte ou d’un chéquier culture, ainsi que d’un système de location de vélos qui permettrait probablement de rattraper les métropoles qui s’en sont dotées et lui sont passées devant »
(1) Calculé en fonction du rapport nombre d’étoiles au Michelin/nombre d’habitants.
u Vous avez dit « bio-économie » ?
u Champagne !
Des petites bulles magiques qui font la répu- tation d’un vignoble d’excellence de quelque 35000 hectares. Une AOC qui pèse 4,4 mil- liards d’euros, soit près de 12% du PIB ré- gional. Le Champagne... cet or liquide, mélange subtile de pinot noir, de meunier et de chardonnay, dont la production – en constante augmentation – est aujourd’hui établie à 380 millions de bouteilles environ, dont la moitié destinée à l’export. C’est vé- ritablement « l’image de Reims et d’Epernay », insiste-t-on au syndicat général des vigne- rons de Champagne. Le secteur vinicole fait aujourd’hui vivre plus de 15000 champenois qui travaillent à la production ou à la com- mercialisation de ce vin effervescent, sym- bole du glamour à la française. Il est pourtant pour beaucoup « l’arbre qui cache la forêt ». « L’attractivité du territoire ne doit pas être réduite au Champagne », ré- pète-on ainsi à Invest in Reims. Pour preuve : près de 20000 personnes travaillent dans la filière automobile. Filière reconnue puisque le japonais Akebono – spécialiste des systèmes de freinage – a signé début oc- tobre un compromis de vente pour l’achat d’un terrain de 20000 mètres carrés sur le parc d’activités de Bezannes, dans l’agglo- mération de Reims. Il s’agira d’un centre de R&D destiné à développer de nouvelles pièces mécaniques de freinage et à gagner des parts de marché en Europe. Des parts de marché que les vignerons de la région cher- chent également à maintenir. L’AOC pour- rait de fait agrandir son aire de production (de quelques dizaines d’hectares seulement) afin de conforter sa place sur le marché par- ticulièrement concurrentiel des vins effer- vescents.
Que faire de la betterave, de l’orge, du colza ? Du sucre, de la bière, de l’huile. Oui mais pas seulement. Dans l’agglomération rémoise, on cherche aussi à transformer ces produits alimen- taires courants en bio-carburant, isolants ou nou- veaux composites... C’est la « bio-économie », qui consiste à valoriser les agro-ressources et leur transformation industrielle ; le cœur de mis- sion du pôle de compétitivité à vocation mon- diale IAR, créé en 2005 au nord de Reims. « Nous sommes depuis impliqués dans la chimie du végétal et les biotechnologies industrielles », précise son directeur général adjoint Boris Du- mange. Les enjeux sont, sur ces secteurs straté- giques, à l’évidence infinis. Depuis sa création en 2005, ce pôle à vocation mondiale a d’ailleurs labellisé pas moins de 170 projets, pour un mon- tant total frôlant 1,4 milliard d’euros. Les défis du pôle ? Être reconnu comme le territoire de dé- monstration sur la bio-raffinerie et la valorisation des agro-ressources. La ville accueillait même fin septembre le congrès européen de la biotech- nologie et de la bio-économie qui réunit chaque année 700 décideurs du secteur, dont des repré- sentants de la Commission européenne, des in- dustriels, des chercheurs, etc. « Les défis sont agricoles également. Il faut aujourd’hui être en mesure de produire mieux et davantage tout en diminuant l’empreinte environnementale », pré- cise Thierry Stadler, directeur de l’IAR. Le pôle s’apprête à piloter un programme expérimental de culture dérobée de 110 hectares, sur une an- cienne base aérienne. La filière est également renforcée sur le territoire par l’Agro-industrie Recherches et Développements (ARD) – struc- ture de recherche privée mutualisée née dans les années 80 – compétente en particulier dans les domaines du fractionnement et de la raffinerie végétale.
Reims
16 DÉC. / JANV.
u La stratégie du nearshoring
Reims, destination low-cost pour entreprises franciliennes ? « Ce n’est pas le positionnement du territoire, rectifie d’emblée Jean-Yves Heyer. Nous sommes néanmoins compétitifs et attractifs pour des activités propres au nearshoring » – lesquelles consistent à délocaliser une activité économique, mais dans une autre région du même pays ou dans un pays proche (à la différence du offshoring). En d’autres termes : « Nous cherchons à développer l’activité tertiaire – type centres d’appels – à proximité de Paris ». Les avantages de cette option Reims ? Tous les institutionnels du territoire de vanter en premier lieu la stabilité et la qualité du bassin d’emploi local. « Il n’y a pas ou peu de turn-over localement », répètent-ils en chœur. Et l’argument fait mouche. L’agglomération a ainsi récemment « officialisé l’implantation d’un nouveau centre de gestion d’un courtier en assurances avec, à la clé, 150 emplois », comme le notait début septembre le site Le Monde Informatique. « Notre défi à terme est de marquer le territoire sur deux secteurs clés : les biotechs (voir ci-après) et les services, en développant en particulier le nearshoring », résume le même Jean-Yves Heyer.

