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n°15
PANORAMA Rétrospective - Les retours en politique
Dans chaque numéro, EcoRéseau vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.
Retour vers le futur
C’était l’arlésienne qui faisait faussement saliver le microcosme politique depuis plusieurs mois. Enfin, la belle est sortie du bois : Nicolas Sarkozy a annoncé son retour. Une décision critiquée par beaucoup, Edans tous les camps et à tous les micros. Pourtant, en signant son come-back, l’ancien chef de l’Etat ne fait que s’inscrire dans une longue tradition politique française. Depuis toujours, les vieux routiers de la politique peinent à raccrocher les crampons. Avec au final, pas mal de buts et quelques hors-jeu.
n politique, la mode tique s’en sortent en revanche est au retour. Pour avec plus ou moins de succès. Alain Juppé, la « ten- « Mitterrand va mener une
tation de Venise » de 1993 politique très classique et
n’aura duré qu’un temps. Place depuis quelques mois à une autre tentation : celle du faubourg Saint-Honoré. Et le doge de Bordeaux de se poser en figure du renou- veau politique. A 69 ans. Ni- colas Sarkozy, lui, avait pro- clamé en 2012 : « Vous n’en- tendrez plus parler de moi si je suis battu ». Le goût de la lumière l’a contraint à une forme d’amnésie, et le torero a annoncé le 19 septembre dernier son retour dans l’arène.
porter un regard assez tra- ditionnel sur le monde qui l’entoure, note l’historien. Par exemple, il n’anticipe absolument pas la chute de l’Union soviétique. Quant à de Gaulle, s’il apporte un vrai souffle nouveau avec la mise en place de la Cin- quième République, il ne faut pas oublier que son dernier mandat se termine dans des circonstances catastro- phiques. »
Retour gagnant ? Retour par la grande porte ? Retour vers le futur ? Retour raté ou réussi ? L’avenir nous le dira. Si ces come-back peuvent être mal jugés et parfois considérés comme un signe des temps et d’une offre po- litique qui s’essouffle, il n’en est rien. « Le retour en poli- tique existe depuis toujours », affirme Pascal Cauchy, pro- fesseur agrégé d’histoire contemporaine à Sciences- po Paris, et spécialiste de la vie politique française.
L'Elysée, lieu de tous les come-back
Pourtant, tout commence plu- tôt bien pour les revenants. En France – contrairement à ce qui se passe hors de nos frontières –, les retours dans la lumière sont en effet plutôt bien perçus. Les têtes connues rassurent, l’expérience fait figure de garantie de com- pétence. « Et puis, depuis le consulat de Bonaparte, le coup de l’homme providentiel a toujours le vent en poupe », rappelle Pascal Cauchy.
Sous la troisième République, par exemple, Raymond Poin- caré, président de la Répu- blique jusque 1920, redevient président du Conseil entre 1922 et 1924, puis entre 1926 et 1929. De même, Gaston Doumergue, président de la République de 1924 à 1931, revient aux affaires en 1934 dans le fauteuil de président du Conseil. Mais le retour le plus marquant reste évidem- ment celui du général de Gaulle en 1958, après plus de dix ans en retrait de la politique française. Alors que personne ne s’y attendait. « Jusqu’à la fin de l’année 1957, l’opinion publique ne
souhaite pas le retour de de Gaulle aux affaires, indique Pascal Cauchy. Celui-ci n’a pas réussi à former une force politique suffisamment forte pour le ramener au pouvoir. Et même si certains barons du gaullisme tentent d’attiser la flamme, de Gaulle lui-
Sciences-po. Un contexte dif- ficile qui fait émerger des hommes providentiels, qui rassurent par leur expé- rience. » Mais la recette n’est pas unique. D’autres effec- tuent leur retour en des temps pacifiés, par la voix électorale classique. C’est le cas de
mier gouvernement, en tant que ministre des Anciens combattants et des Victimes de guerre, en 1947... « Ton- ton » n’est donc pas un per- dreau de l’année lorsqu’il re- proche à Valéry Giscard d’Es- taing en 1981 d’être « l’homme du passif ». Pour
toraux. Bien sûr, Raymond Barre se plante en beauté lorsqu’il pense revenir par la grande porte en 1988, en passant devant le candidat naturel de l’UDF, Valéry Gis- card d’Estaing. Et si Poincaré et Doumergue sont élus par leurs pairs, Mitterrand est bel et bien plébiscité par le corps électoral dans son en- semble. L’argument qui fait mouche ? « L’expérience, af- firme Pascal Cauchy. Mais c’est un élément à manier avec beaucoup de dextérité pour ne pas que cela devienne un slogan passéiste, ou que vos adversaires vous accusent d’être « l’homme du passé ». Il faut donc, en parallèle, trouver des sujets nouveaux. C’est ce que fait Jacques Chirac à merveille en 1995 en lançant le thème de la fracture sociale. »
En respectant sa promesse du 21 avril 2002 de « se reti- rer de la vie politique », Lio- nel Jospin ferait donc presque figure d’hérétique, et Sarkozy le parjure de tenant de l’or- thodoxie. Pour l’historien en- seignant à Sciences-po, l’an- cien maire de Neuilly cale même ses pas dans ceux de François Mitterrand en tentant de passer par la voie royale : celle de la reconquête de
Qu’est-ce qui motive ces retours ? Bien souvent des circonstances
4 NOVEMBRE 2014
même n’y croit plus. La preuve : il écrit ses mémoires entre 1948 et 1958 ! » Qu’est-ce qui motive ces re- tours ? Bien souvent, des cir- constances exceptionnelles. « La crise du 6 février 1934 pour Gaston Doumergue, les événements d’Alger en ce qui concerne de Gaulle, ex- plique le professeur à
exceptionnelles.
François Mitterrand, modèle du genre, qui accède au pou- voir suprême en 1981 après trois tentatives ratées. Avant de l’emporter et d’apparaître à son tour comme une figure du renouveau politique, l’homme de Jarnac est, de près ou de loin, aux affaires depuis plusieurs décennies. Il entre en effet dans son pre-
enfin l’emporter, Mitterrand ne fait rien que du très clas- sique. Mettre la main sur le Parti Socialiste, faire jouer ses réseaux, juger et jouer des forces en présence, afin de supplanter le vrai leader de la gauche de l’époque, Michel Rocard.
l pour lancer le
Bien souvent, ces retours se soldent par des succès élec-
Une fois revenus aux affaires, les vieux routiers de la poli-
l’apparei.
deuxième étage de sa fusée. S’il n’y parvient pas, il ne restera cette fois sans doute pour lui qu’à trouver une for- mule de fin définitive. Pour info, le mystique « Je crois aux forces de l’esprit » et l’épuré « Au revoir » sont déjà pris.
Olivier Faure


































































































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