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n°13
CE
LUB NTREPRENDRE Leçons de maux - Restopolitan
Table rase
En 2011, Restopolitan frôle le dépôt de bilan. Trois ans plus tard, la start-up fondée par
Stéphanie Pelaprat sur le modèle d'OpenTable cartonne. Retour sur un revirement gagnant.
angels de luxe investit un mil- d’abandonner, insiste-t-elle. pouce du destin, le renouveau 270000 utilisateurs qui effec-
lion d’euros dans le dévelop- J’ai réuni toute l’équipe dans Restopolitan bénéficie à tuent en moyenne 30000 ré-
pement de Restopolitan. « Pen- un bureau et nous nous l’époque d’un contexte favo- servations chaque mois dans
dant un an, nous avons recruté sommes donné 48 heures pour rable. « Notre chance a été les 1600 établissements par-
les meilleurs commerciaux et trouver le nouveau modèle que le secteur surfait sur une tenaires (du restau de quartier
décroché les meilleurs restau- que nous pourrions lancer en vague, note Stéphanie Pelaprat. à l’étoilé Michelin). Présente
rants partenaires, mais un un mois. » Quelques semaines, LaFourchette.com et Groupon en France et au Luxembourg,
million d’euros s’évapore très une réorganisation complète avaient très bonne presse et la société vient de racheter
vite », relativise Stéphanie Pe- et deux abandons de postes OpenTable venait de faire son une entreprise espagnole active
laprat. La fondatrice de Res- plus tard, le nouveau business introduction en Bourse. »
sur le même créneau d’activité.
L’objectif est de continuer
topolitan s’échine pendant model est en marche. Il repose « R
l’année à développer son af- sur la création d’une carte de à nous développer en Europe ENTABLE EN
faire. Mais la mayonnaise ne membre Restopolitan couplée par le biais d’opérations de TROIS MOIS
prend pas. Et fin 2011, la start- à une conciergerie de réser- croissance externe notamment Très vite, la carte Restopolitan
up qui emploie alors une quin- vation. Et une formule simple en Italie, en Belgique et dans fait un carton, aussi bien en
zaine de salariés est à deux
mais pour le moins efficace :
les pays de l’Est », ambitionne
BtoC qu’en BtoB (Total, SFR,
Niel, Simoncini, Granjon, Benassaya (Deezer) avaient
mis des billes dans l’affaire. Pourtant à ce rythme il ne
restait que deux mois à vivre à Restopolitan...
doigts de déposer le bilan. un repas acheté = un repas Yves Rocher, Etam, Danone...). Stéphanie Pelaprat.
Après cinq années d’exploi- offert. « Nous avions identifié « En trois mois, nous étions Et les business angels dans
tation, elle n’affiche en effet deux problématiques, détaille devenus rentables », affirme tout cela ? « C’est vrai que la
que 150000 euros de chiffre Stéphanie Pelaprat. Tout la dirigeante. Sur la première présence d’actionnaires aussi
Cd’affaires et cumule des pertes d’abord, du côté du restaura- année d’exercice « nouvelle prestigieux met la pression,
à hauteur de 1,7 millions d’eu- teur, il n’était pas très valori- formule », la start-up bondit avoue la dirigeante. Mais je
ros... « A ce rythme, il ne nous sant d’être associé à un pour- à un million de chiffre d’af- pense que nous avons fait
© CHAMUSSY/SIPA
restait que deux mois à vivre ».
centage de réduction. Le sys-
faires avec un résultat net de
preuve de pédagogie dans la
oup de génie entre- présentation du plan de chan- vations en ligne en temps réel
preneurial ou intuition gement, car cela n’a pas posé grâce à un système de logiciel
féminine ? L’histoire de problème. Et puis, globa- installé directement chez le
ne le dit pas, mais heureuse- lement, s’ils avaient choisi restaurateur, explique la jeune
ment, elle finit bien. Il y a d’investir au départ, c’est entrepreneuse. Mais c’était
trois ans, Stéphanie Pelaprat qu’ils nous faisaient difficile d’en faire un business
a sauvé in extremis la société confiance. »
viable dans la mesure où le
Restopolitan en transformant De son histoire, la jeune marché français était trop pe-
complètement son modèle éco- femme tire un enseignement tit. »
Être entrepreneur, c’est
nomique. Depuis, la start-up : « N, S,
parisienne spécialisée dans la savoir être aveugle face au IELIMONCINIGC
réservation de restaurant pros- risque ». Pour elle, c’est aussi RANJON ET IE
père à un rythme soutenu.
savoir écouter son intuition et Entre 2007 et 2010, Restopo-
En 2007, après un cursus à avoir le courage de tout chan- litan vivote péniblement sur
l’Ecole supérieure du com- ger quand le modèle en place un marché « hyper éclaté »,
merce extérieur et un premier persiste à ne pas vouloir dé- que la start-up s’efforce
stage à New-York dans le sec- coller. « Il est facile de parler d’évangéliser... sans grand ré-
teur de l’édition, Stéphanie d’un échec qui se termine sultat. Pourtant, certains y
Pelaprat décide sans attendre bien, reconnaît-elle, mais ce
croient. Et pas des moindres.
de créer son propre business. Plusieurs des apôtres français aujourd’hui
que je peux dire
Elle n’a alors que 23 ans. de la nouvelle économie met- .
est que rien n’est jamais perdu.
« Chercher un job me parais- tent des billes dans l’affaire : Mon expérience montre que
sait le bout du monde », se Xavier Niel (Free) et Jérémie même lorsqu’on est dans la
souvient-elle. Poussée par un Berrebi les fondateurs du fonds panade la plus complète il est
certain atavisme familial (ses Kima ventures, Marc Simon- possible d’y arriver. A condi-
grands-parents étaient restau- cini (Meetic), Jacques-Antoine tion de percevoir le moment
rateurs) et la découverte du Granjon et Ilan Benhaim (Ven- Surprise ! la recette business a été changée en un tournemain...
où l’on a tout essayé et de tème des commissions n’était 25%. En 2013, la société dou-
site de réservation OpenTable teprivée.com), Steve et Jean- pouvoir compter sur le soutien 48 HEURES
pas très apprécié. Et du côté ble son CA et génère un bé-
lors de son séjour Outre-At- Emile Rosenblum (Pixmania), de son équipe. »
de l’utilisateur, il y avait tou- néfice d’un million d’euros. Stéphanie Pelaprat tente alors
lantique, elle s’associe à deux Jean-David Blanc (Allociné), jours la crainte d’être moins L’objectif pour cette année est le tout pour le tout. Table rase.
informaticiens et lance sa pro- Jonathan Benassaya (Deezer) bien accueilli que les autres de doubler à nouveau le niveau Retour à zéro. « Avec tout le
pre recette. « Au départ, l’idée et Thomas Langmann. Au to- clients, de ne pas avoir le d’activité. Avec ses 45 salariés, mal que nous nous étions
était de proposer des réser-
tal, cet aréopage de business
même menu, etc. » Coup de
Restopolitan sert aujourd’hui
donné, il était hors de question
Yann Petiteaux
S2014
42 EPTEMBRE

