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n°13
CE
A la Une - Entrepreneurs de plus de 50 ans Lub nTREPREnDRE




Retour sur expérience 

concrétiser un projet lon- du statut de senior.
Si à 45 ans on cherche un 
guement mûri, soutenir fi- Alors, 50-60 ans, le bel âge emploi, les chances sont fai- Certains seniors ont foncé. Ils témoignent....
nancièrement ses ascendants pour créer sa boîte? « Oui, bles d’en trouver un. Ce 
et descendants. Alors que mais certainement pas tout programme propose un trai- 
les entreprises ne savent seul. Ce n’est pas parce tement privilégié à destina- 
plus utiliser les seniors, com- qu’on a été cadre supérieur tion de personnes qui 
ment ouvrir de nouvelles ou dirigeant d’une entreprise n’avaient pas vocation à 
portes pour une deuxième que l’on est capable de créer être entrepreneurs », avait 
vie professionnelle ? Et com- sa propre entreprise », déclaré lors de la signature 
ment transformer cet allon- nuance Danièle Lefebvre, du partenariat Louis 
1
gement de la durée de vie directrice d’Initiative Lille Schweitzer, président d’Ini- 7
active en facteur positif pour Métropole nord, plateforme tiative France et ancien PDG 
le développement écono-
de financement et d’appui
de Renault. « Il s’agit de
Alain Mathecowitsch

58 ans, serial entrepreneur chargé

de l'animation de la chaire Web Social 

2.0 à Epitech, fondateur de la plateforme 

OuiPearls :

« Le créateur junior sans argent 

personnel est toléré, pas le senior »





entreprise soit en cash burn, et ne pos- Diplômé de HEC, ancien commercial 
sède pas de capacité d’autofinance- chez IbM puis patron d’Econocom 
ment », souligne-t-il. La « séniorité », uSA, Alain Mathecowitsch multiplie 

bien que synonyme de nombreuses les cordes à son arc. Il dirige la région 
compétences acquises au cours d’une Alsace pour Cap Gemini puis devient 
carrière, se valoriserait mal. « Dans les dirigeant d’un cabinet européen de 
milieux d’affaires, les gens se disent stratégie. A 37 ans, ce touche-à-tout 
que si l’entrepreneur investit peu, c’est décide de monter sa propre société : 
qu’il n’a pas confiance en son pro- une chaîne de magasins avec un por- 
jet », poursuit-il. Les investisseurs ne tail e-commerce. Résultat ? un carton. 
sont pas convaincus par le projet Oui- une vente heureuse qui le propulse 
Pearls pourtant séduisant : une plate- business angel à 44 ans. Après avoir 
forme de web social permettant de étudié plus de 800 dossiers d’investis- 
traiter et déployer l’identité électro- sement, il réalise encore une plus- 

nique du couple. L’aventure entrepre- value substantielle par la revente de 
neuriale d’Alain Mathecowitsch le ses actions. Coût d’arrêt dans cette tra- 
mène jusqu’à l’ESSEC Ventures, in- jectoire filante en 2008. L’épisode dif- 
cubateur de l’école parisienne épo- ficile ne concerne pas un échec dans 
nyme. Le but ? Trouver des le milieu des affaires mais dans sa vie 
investisseurs. « Mais il n’y a pas d’au- privée. Il se retrouve sans cash suite à 
tomatismes entre l’entrée dans le dis- un divorce conflictuel. En 2014, Alain 
positif et la levée de fonds, comme Mathecowitsch n’a pourtant rien 
c’est le cas à Y Combinator aux USA. perdu de sa trempe de businessman. 
En France, seuls quatre ou cinq le- Mais sa devise, « les gagnants trou- 
veurs de fonds sont vraiment effi- vent des moyens, les perdants trouvent 

caces ». C’est effectivement le pays où des excuses », est mise à mal. Son par- 
l’on peine parfois à lever 60000 euros cours, jalonné de nombreuses réus- 
alors que des plateformes de crowd- mique local ? « Les seniors à la création/reprise et au faire entrer un porteur senior sites, n’est aujourd’hui pas suffisant en 
funding américaines telles que Quick ne sont pas des gens qui développement d’entre- dans un dispositif renforcé soi pour développer sa nouvelle créa- 
Starter parviennent à récolter plus sont vieux, écrit Serge Gué- prises, membre du réseau sécurisant, car ces per- tion digitale. Les financements qui tar- 
d’un million de dollars en quelques rin dans un ouvrage. Loin national Initiative France. sonnes ont besoin d’être ras- dent à parvenir risquent de maintenir 
jours. « Ajoutez à cela 1500 milliards (*)d’être une charge ou un far- En novembre 2013, ce pre- surées. Le porteur pourra trop longtemps le projet en phase de 
d’euro d’épargne qui dorment en pla- deau, les seniors sont l’ave- mier réseau associatif de fi- prendre des modules à la R&D.
cements stériles, et vous obtenez un nir de la France. Il s’agit nancement des créateurs carte. L’objectif n’est pas « Depuis un an, tout le monde s’ac- 
système où l’épargne n’est pas routée corde à dire que mon nouveau projet 
vers l’économie réelle. Les décisions désormais de se poser les d’entreprise et le fonds d’in- de faire entrer tous les se- est excellent, , mais on 
bonnes questions : quels novation d’AG2R La Mon- niors dans le dispositif. Nous time to market
politiques courageuses se font atten- modes de vie pour cette nou- diale, premier groupe de accompagnons aujourd’hui me reproche de ne pas mettre d’argent 
dre », regrette Alain Mathecowitsch. velle société ? Comment va- protection sociale et patri- dans le réseau national 20% personnel. Peu importent mes antécé- 
Toujours « en phase de R&D », Oui- loriser l’emploi des seniors ? moniale, ont signé une de public senior. Notre ob- dents professionnels. C’est une diffé- 
Pearls, positionnée sur la « sharing Comment envisager les so- convention de partenariat jectif est d’atteindre 35% rence avec l’entrepreneuriat junior, 
economy », devrait accentuer son dé- lidarités et la coopération visant à créer le « Pro- d’ici fin 2016 », poursuit car les fonds d’investissement consi- 
veloppement à la rentrée. Affaire à sui- entre les générations ? » gramme +45 », un dispositif Danièle Lefebvre. Le projet dèrent comme normal que les plus 
vre.
Car selon lui, il s’agit d’in- d’accompagnement spécifi- est actuellement testé auprès jeunes n’aient pas d’argent pour dé- 
venter une nouvelle société, quement dédié aux entre- de 12 plateformes pilotes. buter. Pas de problème à ce que leur
la « silver économie », plus preneurs de plus de 45 ans. Il devra se déployer à l’en- 
G.F.
attentive à l’autre. Finale- « Aujourd’hui, on commence semble du réseau d’ici 2016. 
ment, une vision très positive
à devenir vieux assez jeune !
L’ambition à terme est d’ac-

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