Page 36 - EcoRéseau n°11
P. 36
www.ecoreseau.fr
n°11
CE
LUB NTREPRENDRE Interview croisée - spécial Brésil

La réussite française Ô Brazil







Ils sont jeunes, audacieux et ambitieux. L’une est autodidacte, l’autre tout droit sorti d’une école de commerce. 

Installés à São Paulo, ces jeunes Français y ont créé leur entreprise.

Une aventure enrichissante dont ils révèlent les tenants et les aboutissants.




Comment vous êtes-vous merce international en France, dans un monde très masculin. marché de niche au Brésil, business. L’ambiance est dé- l’erreur à ne pas commettre. 
lancés dans l’aventure je suis parti étudier pendant Bref, le défi était de taille. nous pouvons réussir plus contractée. Nous travaillons Les Brésiliens sont très émo- 
brésilienne ? un an en Argentine, à Buenos Je me suis donné trois mois vite et plus fort car il existe beaucoup, mais à un rythme tifs et prennent tout à cœur. 
Pauline Charoki : C’était Aires. J’ai eu l’occasion de pour me débrouiller en por- peu de concurrence. Le mar- plus cool. Tout le monde Il suffit de le savoir. J’ai en- 
en janvier 2007, j’avais 23 faire quelques voyages au tugais. Avec Alexandrine, ché est énorme : les 20 mil- s’appelle par son prénom, le core beaucoup à apprendre 
ans. J’étais étudiante en droit Brésil avec mon sac à dos, nous avons suivi un à un lions d’habitants à São Paulo dress code se rapproche plus de mes employés brésiliens 
et avais accompagné mon et le pays m’a tout de suite tous les pas de l’entrepreneur, comptent beaucoup... Au
du jean/T-shirt que du cos-
dans ce domaine !
ex-mari au Brésil, qui avait plu. J’avais 24 ans, j’ai décidé selon une méthodologie très 
le projet d’y créer une entre- de m’y installer. J’y suis allé organisée : enquête de mar- 
prise d’import-export. C’était au culot, en faisant du porte- ché, plan de vente, business 

pour moi l’occasion de à-porte dans les entreprises plan, étude marketing. Il nous 
connaître un nouveau pays, pour y distribuer mon CV. a fallu six mois pour mettre 
une autre culture. Nous nous J’ai décroché un stage de en place notre offre, dans un 
sommes installés et j’ai ter- sept mois chez Altios Inter- marché de niche, grâce au 
miné mes études (un master national, une société de soutien d’un groupe de men- 
en Droits de l’homme) à dis- consulting et d’aide à l’im- tors qui nous ont aidées dans 
tance. Je ne connaissais pas plantation d’entreprises étran- leurs domaines de compé- 
un mot de portugais et je gères au Brésil. Ce stage a tences respectifs (marketing, 
n’avais pas les moyens de confirmé ma première im- finances, pédagogie, networ- 
m’offrir des cours. J’ai donc pression : celle d’un pays où king).
appris la langue par moi- il fait bon vivre et travailler, CH: L’intégration passe par 

même, au contact de la rue. avec de belles opportunités la langue. J’avais la chance 
Je me suis rapprochée de la
professionnelles à la clé. J’ai
de parler le portugais, un 
Au Brésil, il faut savoir atout pour affronter les 
contraintes administratives. 
que tout va mettre Au Brésil, la principale dif- 
ficulté est le respect des dé- 
lais. Tout est très long. Il 
beaucoup de temps, et faut savoir que tout va mettre 
beaucoup de temps, et que 
que rien ne se passe rien ne se passe jamais 
comme prévu. La flexibilité 
jamais comme prévu 
est le mot clé au Brésil ! De 
plus, les Brésiliens fonction- 
nent beaucoup à l’affect, 
Cyprien Hoffet
contrairement en France. La 
barrière entre vie personnelle 
et vie professionnelle est très 
mince. Même dans les ad- communauté française au ensuite effectué pendant trois 
ministrations, pour obtenir Brésil, ai envoyé des CV un ans un V.I.E. (Volontariat in- 
un papier, une autorisation, peu partout et le Consulat de ternational en entreprises) 
il faut entretenir la relation, France m’a rapidement dans une société brésilienne 

c’est une sorte de « corruption
contactée pour me présenter de transports et de logistique. 
une jeune femme, Alexan- J’y ai acquis mes compé- 
drine Brami, aujourd’hui mon tences actuelles, qui m’ont 
associée. Elle avait été en- permis de créer, il y a deux 
voyée au Brésil par Sciences ans, Novatrade, une entreprise 
Po Paris, avec la mission d’import-export. Le dyna- Pauline Charoki
d’accompagner des Brésiliens misme et la philosophie des 
qui souhaitaient intégrer les Brésiliens insufflent au pays directrice générale de l’IFESP, l’institut d’études françaises et européennes 
universités françaises. Nous son optimisme. Créer sa pro- de São Paulo, créé en janvier 2008. Avec son associée Alexandrine Brami, 
nous sommes rencontrées, le pre entreprise en est presque elle a également lancé trois projets dans le marketing digital dont le blog 
feeling est passé et notre facile.
« My Little Brazil ». C'est au Brésil que sa graine d'entrepreneure s'est épanouie...

aventure entrepreneuriale a 
démarré. Notre idée était Quels obstacles avez-vous amicale ». Cette pratique est © DR
d’importer la préparation Ipe- rencontrés ?
très ancrée dans les habitudes, 
sup au Brésil. Nous avons PC : Je suis autodidacte, je même si les choses évoluent tume. Mais tout cela n’em- Brésil, il est possible de ga- 
testé notre idée sur un petit me suis donc « réinventée » tout doucement.
pêche pas de rester très pro- Cette « cool attitude » se gner sa vie très bien et très 
groupe d’étudiants et l’ex- entrepreneur. Le challenge fessionnel. C’est assez dé- ressent-elle dans votre rapidement, à condition d’être 
périence a été concluante. était de taille : je voulais Faire du business au Brésil, stabilisant au début car cela style de management ? à l’écoute du marché.
Ainsi est né l’IFESP, l’institut réussir sans aucune formation CH : Nous ne ferons jamais est-ce si différent qu’en ne fait pas partie de notre PC : Nous appliquons les 
d’études françaises et euro- en management, dans un pays au Brésil du business comme France ?
culture. En tant qu’Euro- mêmes règles de management 
péennes de São Paulo, en étranger, sans en parler la nous le ferons en France, ni PC : Assurément ! Le Brésil péens, nous pourrions avoir pour les collaborateurs fran- 
janvier 2008.
langue et sans grands moyens même en Europe. Dans ce est un pays d’entrepreneurs, tendance à entrer dans une çais et brésiliens, à qui nous 

financiers. Qui plus est, j’étais Cyprien Hoffet : En 2008, pays il faut devenir l’ami du qui favorise l’envie d’entre- confrontation directe avec imposons des outils de re- 
une femme entrepreneure,
après mes études de com-
client pour développer son
prendre ! Si nous visons un
une personne. C’est justement
porting assez stricts, mais

J2014
36 UIN 


   34   35   36   37   38