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ANORAMA Hexagone
Mille et une feuilles
"- Allez Jean-Marc, cette fois, c'est décidé, cette réforme de l'organisation territoriale, on s'y met !
- D'accord François, attrape l'équerre et les ciseaux dans le tiroir."
Passage de 22 à 15 régions, absorption des départements par les métropoles... Si les pistes de
simplifications ne manquent pas, les opposants non plus.
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Grande Normandie
Scindée en deux en 1956, la réunification de la Normandie, aujourd’hui divisée entre Haute et Basse-Normandie, est une question plutôt consensuelle. Mais
un débat envenime les échanges : qui de Caen ou de Rouen sera désignée capitale de région ?
Indice de faisabilité ? Ces deux-là sont faites pour s’entendre
Quel scénario ? Le choix de la capitale de région est soumis à référendum en 2017, mais surprise : au lieu de oui ou non, les normands votent pour « ni oui,
ni non ! ». Incapables de trancher, ils jettent leur dévolu sur les îles Anglo-normandes, avec la bénédiction de la Reine Elisabeth. L’hôtel de région est érigé à
Jersey et le centre des impôts à Guernesey, faisant du « pays des hommes du Nord » un paradis fiscal, qui rivalise bien vite avec la Suisse et le Lichtenstein
pour le PIB par habitant. En 2025, suite au refus du Grand Paris de déclarer Camembert et Calvados plats nationaux, la région prend son indépendance, re-
prend le nom de « Duché de Normandie » et lance la construction d’une flotte de drakkars pour envahir l’Angleterre. L’âme des vikings ne meurt jamais !
L
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Bretagne-Pays de la Loire
Deux options sont sur la table : le retour de la Loire-Atlantique dans le giron Bre-
ton, ou la fusion de la Bretagne avec les Pays de la Loire, pour former un « Grand
Ouest ». Le président socialiste des Pays de la Loire est prêt à sauter le pas, mais
e millefeuille administratif français ne brille pas par sa Jean-Marc Ayrault est contre le rattachement de la Loire-Atlantique à sa voisine :
légèreté : 27 régions, 101 départements, 4055 cantons,
2581 communautés de communes et 36767 communes.
« On ne va pas prendre des bouts de région pour les mettre avec une autre. Ce sont
des questions sérieuses ». Un comble.
Une friandise très calorique administrée par 1,921 million de per-
Indice de faisabilité ? L’idée fait son chemin
Quel scénario ? Avec la création de la région Grand-Ouest, de Brest au Mans et sonnes (dont 1,81 million de fonctionnaires) dont un paquet
de Noirmoutier à Saint-Malo, Nantes redevient capitale de la Bretagne et son châ- d’élus : 2040 conseillers régionaux, 4042 conseillers généraux,
teau des ducs de Bretagne redonne un sens à son nom. Grâce à ses pouvoirs élargis, 36767 maires et 519417 conseillers municipaux. Auxquels on
la nouvelle entité ordonne la destruction de tous les portails écotaxes et fait de la peut ajouter environ 38000 élus intercommunaux, pour aboutir
galette de sarrasin aux rillettes du Mans le plat régional. Boostée par l’aéroport à environ 600000 élus au total, soit environ un pour 100 habi-
Notre-Dame-des-Landes, la filière agricole connaît un fort dynamisme, grâce aux tants. Une représentativité démocratique exemplaire, digne des
atouts complémentaires des poulets de Loué et des porcs de la péninsule. Côté po-
litique, l’alliance entre les Bonnets rouges Bretons et les Chouans Vendéens donne plus illustres cités-Etats grecques... mais qui coûte cher. Selon
le député apparenté PS René Dosière, ces élus du peuple perce-
des maux de tête aux autorités du Grand Paris.
vraient 1,4 milliard d’euros d’indemnités.
En période de frugalité budgétaire, l’Etat espère s’amincir en al-
légeant son millefeuille administratif. A défaut d’y être parvenu,
il n’a pas lésiné sur les rapports. Ainsi, en 2007, le régime du
docteur Balladur préconisait de fusionner plusieurs régions pour
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Aquitaine-Poitou Charente La fusion de ces deux régions a été proposée par Jean-Pierre n’en garder qu’une quinzaine, de supprimer les cantons et de
Raffarin, estimant que leurs activités économiques « se- créer onze grandes métropoles appelées à remplacer les conseils
raient appelées à constituer une véritable force de frappe ». généraux de leurs départements. En 2008, le professeur Attali
Il existe une autre option : Deux-Sèvres, Vendée et Vienne conseillait à son patient de supprimer les départements, et en oc-
pourraient être intégrés dans une région Val-de-Loire, qui tobre 2013, le docteur Raffarin lui délivrait une ordonnance pour
réunirait une partie de la région Centre et de la région Pays descendre à huit ou dix régions d’ici dix ans.
de la Loire, tandis que les Charente rejoindraient une grande
région Aquitaine. Peu favorable à ces réformes lorsqu’il était dans l’opposition,
Indice de faisabilité ? François Hollande a fini par se rallier à la cause le 14 janvier der-
L’idée fait son chemin nier, déclarant à l’occasion de sa conférence de presse : « Notre
Quel scénario ? Dans les industries du tourisme et du vin, organisation territoriale devra être revue » pour « en finir avec
les synergies entre les deux régions boostent leurs écono- les enchevêtrements, les doublons et les confusions » de compé-
mies : cognac, pineau des Charentes, vins de Bordeaux pour tences. « Les collectivités seront (...) invitées à se rapprocher.
la viticulture ; îles de Ré et d’Oléron, Royan, Arcachon et Les régions d’abord, dont le nombre peut (...) évoluer ». Quant
Biarritz pour les stations balnéaires. Par contre, pour pren-
dre la tête de la nouvelle super collectivité, il y a embouteil- aux départements, ils « devront redéfinir leur avenir dans les
lage d’égos entre le Bordelais Juppé, la Poitevine Royal et grandes zones métropolitaines ».
le Palois Bayrou. S’il est élu, ce dernier promet qu’il ne Mais pour mener cette réforme à bien, le gouvernement devra
gouvernera « ni à Bordeaux, ni à Poitiers », mais juste à mi- faire face à des oppositions venues de tous bords. Des élus,
chemin, à Angoulême. Las, il s’incline au premier tour. A .
d’abord, pour qui moins de collectivités signifiera moins de
l’entre deux tours, Ségolène Royal se déplace jusqu’à sa sièges et qui, reprenant les mots de César, feront valoir qu’ « on
propriété de Bordères, près de Lourdes, pour lui proposer la
vice-présidence de la Région, mais le centriste refuse de lui peut gouverner de loin, mais on n’administre bien que de près ».
ouvrir son portail. Sans ce soutien, l’ex-candidate à la prési- Et de certains citoyens, ensuite, attachés à leurs territoires et in-
dentielle s’incline finalement devant Alain Juppé.
quiets de les voir absorbés par des aires d’influence plus impor-
tantes. A ces derniers, on pourrait rétorquer que les départements
n’ont qu’un peu plus de deux siècles et que pour assouvir leur
besoin de terroir, il restera toujours les AOC.
Aymeric Marolleau
M2014
16 ARS

