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ANORAMA Régions & Territoires
L’innovation sanctifiée
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Le CEA, tête de pont du
« Nous venons d’obtenir le statut de Métropole pour 2015 », se
« modèle grenoblois »
Que serait Grenoble sans son centre du Commissariat Future métropole (isolée ?)
félicite Jean Vaylet, de la CCI Grenoble. Un nouveau découpage
à l’énergie atomique (CEA), qui emploie localement Avec son centre du CEA et quantité de mariant une cinquantaine de communes, qui devrait donner l’op-
près de 5000 personnes ? Cette institution – intégrée portunité, espère l’élu – ancien président du Medef Isère –, « de
à la ville depuis 1956 à l’initiative du prix Nobel de laboratoires et multinationales spéciali- mettre à plat toutes les structures d’animation existantes ». En
physique Louis Néel – est de fait « un acteur incon- sés dans l’industrie numérique, les bio- d’autres termes : de rationaliser l’offre d’animation tout en continuant
tournable du transfert des compétences vers les en- à drainer autant d’investissements étrangers (à l’instar de HP ou de
treprises et les universités », souligne Jean-Charles techs et les nouvelles technologies de Carterpillar France basés à Grenoble et alentours). Un défi alors
Guibert, son directeur valorisation. Ce centre, qui que le territoire grenoblois, certes attractif, souffre d’un problème
consacre l’essentiel de ses recherches au développe- l’énergie, la capitale des Alpes est l’un d’accessibilité depuis Paris (plus de trois heures de train) et peine à
ment des nouvelles technologies, s’inscrit ainsi au des premiers bassins d’emploi en garder ses start-up qui préfèrent parfois rejoindre Lyon, mieux
cœur du fameux « modèle grenoblois » (qui repose connectée. Une urgence, selon Jean Vaylet : mettre en place dès
sur le triptyque recherche/universités/entreprises). France dans la recherche.
maintenant une vision du territoire pour les vingt prochaines années
« Le CEA a une capacité d’innovation énorme et Get surtout, « raisonner en englobant l’ensemble de la région ».
travaille avec l’ensemble des entreprises du territoire », Et compte le rester.
reconnaît volontiers Gérard Matheron, de STMi-
croelectronics. A l’origine des deux tiers des brevets u
déposés chaque année par le CEA (plus de 800 en Des montagnes d’or blanc
Le territoire grenoblois sait également capitaliser sur les renoble, blottie aux pieds des massifs du Vercors,
2013), le centre de Grenoble est notamment très activités liées à la glisse et développer une véritable in- de la Chartreuse et de la chaîne de Belledonne...
présent dans le pôle de compétitivité Minalogic qui dustrie des sports d’hiver. Transport par câble (avec Pays de la glisse l’hiver, paradis pour randonneurs
regroupe près de 200 entreprises, 12 centres de re- l’entreprise iséroise Poma), aménagement et sécurisation en saison estivale. Et c’est dans ce décor de haute montagne
cherche et 15 collectivités territoriales.
des domaines skiables (groupe MND, leader mondial que cette ville – autrefois réputée pour son industrie hydro-
dans ce domaine) ou encore fabricants de ski (Rossignol électrique – vient de se hisser à la 5e place des villes les
et Dynastar)... Ces fleurons, malgré une crise du secteur plus innovantes au monde, d’après un dernier classement
et une forte concurrence des autres « pays montagne » de la revue américaine Forbes(1). La capitale des Alpes,
(Suisse et Autriche notamment), génèrent localement cité natale de Stendhal (150000 habitants aujourd’hui), de-
Grenoble
plusieurs milliers d’emplois... et innovent. D’autres se vance ainsi Stuttgart et Boston. Incroyable ! « Ce n’est pas
sont installés sur le site de Alpespace, à 50 km de une surprise, rétorque pourtant Catherine Candela, directrice
Grenoble, en Savoie – cluster de 150 entreprises (1900 du pôle de compétitivité local Tenerrdis spécialisé dans les
salariés), dont près de la moitié ont une activité liée à la énergies décarbonées (180 adhérents, dont 58% de PME).
montagne (fabrication d’infrastructures, équipements, La ville a toujours été portée par l’innovation et la
tourisme, institutionnels, R&D, formation, test produits, technologie. Depuis la création du pôle en 2005, nous
showrooms, etc.).
avons labellisé plus de 230 projets de recherche et déve-
loppement collaboratifs et démonstrateurs », pour un
budget global de 1,6 milliard d’euros.
u
Grenoble est la première ville française en accessibilité, devant D’autres chiffres viennent conforter cette position qui fait
Handicap et accessibilité
Nantes et Caen. Une place qu’elle doit au projet Inovaccess, de Grenoble un territoire d’exception pour l’innovation
mené de 2010 à 2013, dont l’objectif « est d’offrir à toute scientifique : son agglomération – 1er pôle de recherche
personne, quel que soit son handicap ou sa déficience, une acces- publique du pays après l’Île-de-France – recense 220 labo-
sibilité totale et continue, de la cité à l’entreprise, sur un territoire ratoires publics, compte près de 25000 chercheurs, 62000
urbain à forte densité d’emploi. » Initié par l’Agefiph et doté d’un étudiants et abrite quatre pôles de compétitivité. « Grâce à
budget de trois millions d’euros pour son volet entreprise, ce cet écosystème ultra performant et à la présence de multi-
dispositif offrait notamment la possibilité d’aider à financer (à nationales (STMicroelectronics, Schneider Electric, HP,
hauteur de 70 M du coût global et dans la limite de 150000 euros Xerox, Alstom, Air Liquide, etc.), le territoire est leader sur
par entreprise) les travaux correctifs d’accessibilité dans l’entreprise la recherche en microélectronique et nanotechnologies »,
pour les personnes handicapées. Une initiative unique en France.
confirme Gérard Matheron, directeur du site industriel de
STMicroelectronics à Crolles, aux portes de Grenoble
(6000 emplois directs, 18000 emplois indirects et plus
ud’un milliard d’euros de dépenses annuelles sur l’agglo-
Un campus d’innovation de rang mondial
Nom de code : GIANT, pour Grenoble Innovation for Advanced New Technologies. Ce campus réunit sur un même site mération). Et de vanter l’effet d’entraînement et « la chaîne
organismes d’enseignement supérieur, laboratoires de recherches et entreprises. En tout, 11000 emplois ; et plus de 20000 de valeur technologique » unissant ces grands groupes et
à terme, dans 15 ans. Un projet urbain entoure par ailleurs le projet GIANT, afin de créer un nouveau quartier de vie, la la myriade de PME locales qui les accompagnent. « Nous
Presqu’île. « Ce projet représente 1,3 milliards d’euros d’investissements, financés notamment par les collectivités, avons adopté un modèle inspiré de la Silicon Valley, qui a
l’Etat, les entreprises et les universités », précise le maire de Grenoble Michel Destot (cf. verbatim, ci-après). Autre projet percolé auprès des PME. Ici, tout le monde se connaît.
d’envergure : le programme Nano 2017, financé par l’Etat (600 millions d’euros), l’Union Européenne (400 millions Nous sortons tous des mêmes écoles, ce qui crée de la
d’euros), les collectivités (100 millions d’euros) et STMicroelectronics, plus important contributeur avec 1,5 milliard fluidité dans les échanges », soutient ce diplômé de
d’euros investis sur cinq ans. L’objectif de cet ambitieux programme, lancé par Jean-Marc Ayrault à l’automne dernier, est Grenoble INP où sont formés la grande majorité des
« de conforter le pôle industriel isérois parmi les cinq leaders mondiaux de la filière microélectronique, en développant patrons de l’agglomération.
des technologies alternatives sur les matériaux », confie le premier magistrat de la ville.
Une proximité qui favorise des évènements comme le
Forum 4i® (Innovation, Industrie, Investissement, Inter-
national), dont la 17ème édition consacrée à la Silver Eco-
nomy aura lieu le 22 mai au centre de Congrès du WTC, Maigres retours ?
réunissant investisseurs, acteurs de l’innovation et start-up Investissements publics en recherche
qui ont levé 600 millions d’euros depuis le début.
Grenoble, sûre d’elle ? Jean Vaylet, président de la CCI qui
Grenoble est la commune de Rhône-Alpes qui finance le plus ses pôles de compétitivité, pour un total de représente 30000 entreprises en Isère, préfère évoquer un
modèle de rupture, qui repose sur « un puissant esprit
trois millions d’euros par an. Trop généreuse ? Son maire Michel Destot (PS), qui ne brigue pas de 4e man- vons été les précurseurs d’équipe et de solidarité ». « Nous a
dat en mars mais soutient son adjoint Jérôme Safar lancé dans la course, s’explique.
des pôles de compétitivité », soutient-il. Résultat : « la ville
a créé une dynamique », que beaucoup envient – même à .
« Les enjeux de la recherche ne se mesurent pas uniquement sont autant de personnes, et parfois leurs familles, qui vont Lyon, le poumon économique régional. Sans oublier l’em-
en termes de rentabilité, qui est de surcroît souvent compliquée vivre à Grenoble quelques temps, y consommer, voire peut- preinte des « trois Louis » rappelle Catherine Candela, qui
à mesurer, a fortiori sur le court terme. C’est aussi une question être décider d’y revenir pour skier l’hiver ! Et au final, c’est ont façonné le paysage universitaire grenoblois et poussé
d’emploi – sur le bassin grenoblois, la recherche représente aussi un retour sur investissement. Bien sûr, l’ultime rentabilité la ville vers la recherche et l’innovation : deux professeurs,
près de 28000 emplois – comme de progrès de la science. Et est le transfert technologique, du laboratoire jusqu’au marché. Louis Néel, Louis Weil, et un industriel, Paul-Louis Merlin
d’autres retombées doivent aussi être mesurées.
Et Grenoble a connu certains succès en la matière, par exemple (co-fondateur de Merlin Gerin, fleuron local racheté en Sans eux, la ville ne serait
avec les sociétés Corys, Sofradir ou encore Soitec. Sur ce 1992 par Schneider Electric). « pas ce qu’elle est aujourd’hui...
»
point l’un des plus grands enjeux réside dans la capacité à mo- Par exemple, Grenoble compte cinq centres de recherche in-
biliser des investisseurs, comme nous le faisons chaque année ternationaux, dont le Synchrotron et l’ILL (Institut Laue-Lan- Par Pierre Tiessen
avec le Forum 4I ».
gevin), qui attirent chaque année quelque 8500 chercheurs. Ce
« World’s 15 most inventive cities », Forbes, juillet 2013 palmarès qui prend en
(1) compte le nombre de brevets pour 10000 habitants (7,69 dans le cas de Grenoble)
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