Smart city et consommation d’énergie : quel avenir ?

L'effet rebond, l'écueil à ne pas sous-estimer pour la smart city.
L'effet rebond, l'écueil à ne pas sous-estimer pour la smart city.

Demain, tous au régime ?

La courbe de consommation de l’énergie ne cesse de croître. Les nouvelles technologies sont-elles un moyen suffisant pour réaliser la transition énergétique ?

Les appareils sont de plus en plus performants. Toutefois, un effet rebond fait que moins un appareil consomme, plus il est utilisé. C’est dans l’usage que des changements sont à opérer pour, collectivement, consommer moins d’énergie.

Pas de smart cities, sans «smart habitants» ?

Ael Attour, maître de conférences en Sciences économiques à l’Université de Nice Sophia Antipolis, membre du GREDEG CNRS (Groupe de recherche en droit, économie et gestion), affirme que « les smart cities sont des villes qui recourent aux technologies numériques pour optimiser les flux, favoriser le développement durable et respecter l’environnement sur le territoire ». Les smart cities se donnent comme objectif prioritaire la décongestion des centres villes et la gestion des flux de population. « Il n’y a pas de smart cities, sans «smart habitants». Dans un bâtiment passif, l’humain doit être actif, sinon le bâtiment consomme », déclare Marie-Christine Zelem, professeur des universités en sociologie à l’Université de Toulouse – Jean Jaurès, membre du CERTOP CNRS (Centre d’étude et de recherche travail organisation pouvoir). Le territoire se modernise en transformant les services qu’il propose, tandis que le citoyen doit adapter son comportement coutumier. « Dans une vision plus globale, les smart cities sont mises en place pour préserver la terre dans son ensemble en transformant notamment les comportements de consommation énergétique et de mobilité des individus », ajoute Amel Attour, responsable pédagogique du Master of Science Engineers for Smart Cities à l’Institut méditerranéen du risque, de l’environnement et du développement durable (IMREDD). L’utilisation habile des technologies possède des vertus sociales en ce qu’elle permet d’offrir au citoyen davantage de bien-être. « Les digital cities devenues smart cities ont pour but d’améliorer globalement la qualité de vie sur le territoire. »

Politisation de la Tech

Marie-Christine Zelem, spécialiste en sociologie de l’action publique environnementale et en anthropologie du développement, affirme que « la problématique du changement ne relève pas du citoyen, mais de décisions politiques fortes qui auraient un impact sur le fonctionnement du marché ». Et Amel Attour d’ajouter que « dans la manière de consommer l’énergie, les biais cognitifs sont très ancrés car très anciens. Les incitations à la sobriété énergétique se heurtent encore souvent à une forme de résistance au changement ». Les normes sociales sont une conséquence de la manière dont on conduit le marché. « Il n’y a pas de véritable résistance au changement, mais il se trouve que beaucoup de personnes ont d’autres soucis en tête que de se préoccuper de l’énergie », soutient Marie-Christine Zelem. La classe moyenne et la classe moyenne inférieure sont embarquées dans la transition énergétique, mais font déjà beaucoup d’efforts dans bien des domaines. « Les efforts des citoyens sont nécessaires, mais pas encore suffisants à eux seuls. Des outils et des moyens pour diminuer la consommation énergétique existent, mais les technologies n’existent pas partout et tout le monde n’y recourt pas avec la même facilité », constate Amel Attour. Or, comment adapter sa conduite sans adopter de nouveaux modes de consommation ? Les bonnes volontés individuelles des écologistes ou des bobos qui ont les moyens de faire des travaux ne suffisent pas. « En matière de consommation d’énergie, l’Etat doit se montrer plus offensif et développer une réglementation qui soit cohérente à toutes les échelles », préconise Marie-Christine Zelem.

Rééducation à l’attention énergétique

« A la place de «sobriété énergétique», on préfère l’expression «attention énergétique» ; l’attention renvoie à du bon sens, ainsi qu’à une réflexion qui installe dans le temps de nouveaux comportements. » Au lieu de montrer du doigt le consommateur final, on gagnerait à désigner le producteur pollueur et la société marchande de surconsommation. Tant que croissance et consommation seront les deux mamelles auxquelles s’abreuve l’économie, alors la transition énergétique tournera au vinaigre. « On ne change pas de comportement si on ne change pas de mode de vie en général. On doit mettre en place une approche globale car c’est tout un système social qui doit s’engager vers moins de consommation. L’attention énergétique devra s’imposer à tout le monde comme allant de soi. » L’évidence de l’attention énergétique doit donc se mettre en place de la maternelle au campus… même si nous n’en avons plus le temps.

Smart Energies, les 5 et 6 juin à l’Espace Grande Arche de La Défense

Trois questions à Grégoire Cortot, responsable conférences

Comment inclure l’ensemble des parties prenantes (entreprises, élus, citoyens) dans un nouveau modèle de partage de l’énergie ?

Les investissements en matière d’économie d’énergie sont très lourds et la rentabilité se calcule sur des temps de plus en plus courts. La promesse de réduction de coût est réelle, mais la dissonance cognitive est forte entre un investissement lourd et un retour sur investissement long. Sur les 36 000 communes françaises, seules six comptent plus de 300 000 habitants et ont un élu spécialiste de l’énergie. Il est difficile de trouver le bon interlocuteur et les capacités d’investissement dépendent de la taille de la commune. Le citoyen est ignorant du mode de production de l’énergie car l’éducation aux problématiques de l’énergie est presque inexistante. Le manque de conscience des problématiques environnementales fait que les choses avancent lentement.

Peut-on continuer à produire toujours plus tout en consommant moins ?

Notre modèle économique est à repenser, nos modes et nos habitudes de consommation à revoir. La sobriété énergétique est loin de se traduire dans tous les actes. Contrairement à l’écosystème qui fonctionne en cycle, nous consommons en ligne. La matière première est consommée et devient rapidement un déchet. Mais, on peut continuer à produire en diminuant la consommation énergétique des « process » de production. Dans l’industrie, il y a d’énormes gains d’efficacité énergétique à aller chercher.

Doit-on imaginer de nouveaux compromis ?

Les smart energies ne sont pas un obstacle à la croissance. Les investissements lourds peuvent se révéler des mannes incomparables d’économies. On peut concilier croissance et énergies vertes en appuyant sur des leviers spécifiques à chaque entreprise.

Joseph Capet

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