La gestion de projet informatique influencée par le Cloud

Pour les intégrateurs, les DSI... Des métiers et des schémas réinventés...
Pour les intégrateurs, les DSI... Des métiers et des schémas réinventés...

Le nouveau monde dans les nuages

Jalix, intégrateur-conseil en SI, fête ses 10 bougies. Mais comme tous les autres, les métiers exercés en son sein ont sensiblement évolué. Grâce aux solutions sur le Cloud, tous les protagonistes d’un projet SI ne travaillent plus de la même manière.

L’arrivée du Cloud n’a pas fait que changer en profondeur les usages quotidiens dans l’entreprise : elle a aussi bouleversé les usages en termes de gestion de projet SI. On ne choisit pas une solution en mode Saas comme on choisit une solution on premise. Un nouveau projet « à l’ancienne » – pour un nouveau CRM par exemple -, s’étalait sur plusieurs étapes : une étude, des conseils d’une SSII, des réflexions approfondies sur les problématiques d’infrastructures, la conception et le développement, l’installation… Un processus qui pouvait facilement durer un an, sans compter les mises à jour de versions qui étaient de véritables chantiers collectifs à mener de manière régulière. Le Cloud et le Saas ont profondément changé la donne : les solutions sont construites différemment, le processus est plus rapide, les coûts et les préoccupations liés au matériel n’ont plus lieu d’être – plus d’interrogation sur le choix du serveur, sa puissance, la version du système d’exploitation… Toutes les étapes du projet sont impactées.

La montée en puissance des métiers

Conséquence directe de la disparition des questions techniques, le choix se focalise beaucoup plus sur les métiers : « de plus en plus, la décision d’investir dans telle ou telle solution est prise par le service demandeur et le service achat, résume Laurent Luce, product marketing manager chez Sage. Et le choix de la solution vient du bas de la pyramide. » Aujourd’hui, un jeune de moins de trente ans qui fait, seul, la démarche de chercher une solution pour améliorer son travail peut être à l’origine de son adoption par l’entreprise. C’est un process complètement approprié, par exemple, pour une entreprise en forte croissance, qui a rapidement besoin d’une solution déjà testée par un opérationnel qui connaît le métier. Les PME et TPE, en particulier, s’enthousiasment pour cette nouvelle façon de faire, pour une raison simple : cela leur permet de se concentrer sur leur métier. Et les jeunes créateurs d’entreprises ne se posent pas la question : la souplesse qu’offre le Cloud fait partie de leurs prérequis.

Mais tout n’est pas rose dans le monde du Saas. Par exemple, l’expression écrite des besoins se fait plus approximative, surtout chez les PME et TPE. « Et partir d’une page blanche est toujours un problème, estime Jean-Yves Grisi, CEO de Karoo, intégrateur Salesforce. Du coup, un projet implique souvent maintenant de construire la solution au fur et à mesure, en utilisant des méthodes agiles… »

De plus, il faut tout de même gérer les prestataires : sécurité, niveau de service… Ce qui, si on les multiplie trop, peut devenir chronophage. « L’autre risque est de se retrouver avec des solutions éparses entre différents métiers au sein de la même entreprise, les décisions ayant été prises sans concertation », souligne Laurent Luce.

Construire différemment la solution (modulaire)

La nature de l’offre même est un autre fort facteur de changement. « On passe d’une approche client, sur-mesure à une démarche dite d’offre, plus packagée et modulaire – un écosystème compatible, avec une logique de store ou de marketplace », résume Julien Vieux-Vincent, directeur du marketing et de la performance chez Jalix, qui conseille les entreprises désirant se lancer dans des projets SI. La modularité porte principalement sur les fonctionnalités. Par exemple, un CRM va être développé en plusieurs briques : service client, ventes, marketing… La formule offre nombre d’avantages. Un collaborateur peut ainsi avoir accès uniquement aux fonctions dont il a besoin – ce qui simplifie son interface -, et en cas de besoin, une nouvelle fonctionnalité peut être testée sur un petit périmètre avant d’être rapidement étendue. La contrepartie est que ce mode de fonctionnement rend plus difficile des développements personnalisés : modifier le cœur du système compromet son évolutivité, et les organisations se normalisent de fait autour de nouveaux standards logiciels. Pour compenser cette perte, les éditeurs construisent des solutions polyvalentes, avec des cycles d’évolution très courts, qui ont besoin d’être paramétrées pour être efficaces au contexte de l’entreprise. Mais avec des solutions sans customisation, « la mise en place est beaucoup plus rapide qu’auparavant », explique Jean-Yves Grisi.

Un rapport nouveau au temps

Cette accélération est un des facteurs qui a complètement changé le rapport au temps du projet. « Il y a toujours une installation initiale – beaucoup plus courte qu’auparavant -, mais ensuite, c’est devenu un processus continu, dans une logique de service, et d’apport constant de valeur», souligne Julien Vieux-Vincent. Entre des mises à jour plus fréquentes – en moyenne, les applications en Saas ont six nouvelles versions majeures tous les ans, contre trois pour les on premise -, des ajouts et retraits de fonctionnalités à tout moment, la relation entre l’intégrateur et l’entreprise sur un projet Saas s’établit dans la durée. La jeune génération, surtout, est habituée à tester et jeter des fonctionnalités, comme elle le fait avec ses applications sur téléphone… Ces nouveaux usages entraînent également une évolution de la relation entre l’intégrateur et les usagers, qui s’oriente plus vers le conseil, mais centré autour des métiers. Une nouvelle source de valeur qui tombe à point nommé, puisque la maintenance était une partie importante du business modèle des intégrateurs…

La DSI, de la technique au conseil

Du coup, « les DSI sont moins impliquées dans le process et les démarches de choix d’un équipement logiciel », estime Laurent Luce. N’ayant plus (ou, en tout cas, moins) à se préoccuper du matériel, la DSI peut jouer un rôle plus stratégique. Assurer la sécurité et les performances des SI est fondamental pour la bonne marche de l’entreprise, et c’est justement leur expertise. C’est, en fait, un rôle de rationalisation : comment choisir et intégrer la nouvelle brique dans le système global de l’entreprise, éviter que cela mette en péril l’infrastructure, examiner les questions de sécurité et de confidentialité… « La DSI est en train de devenir, pour nous, un business partner », résume Jean-Yves Grisi. Elle assume, en fait, un rôle similaire à celui que doit adopter les intégrateurs, et c’est assez logique : ils jouent bien, eux, le rôle d’une DSI pour les TPE et les PME. Mais le plus difficile est sans doute le fait que, pour l’instant, il faut faire cohabiter les deux modes de gestion de projet.

Pour les intégrateurs, le challenge est double. « Il y a encore un mélange de projets avec des approches méthodologiques et des modèles tarifaires différents décrit Julien Vieux-Vincent. Nous devons donc être capables, pour un même client, de gérer des modes de service parfois opposés, tout en maintenant la cohérence d’ensemble indispensable à l’atteinte des objectifs. »

Jean-Marie Benoist

 

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