La voiture n’est plus considérée de la même manière, preuve en sont le succès et l’internationalisation d’Autolib’, qui concrétise une des aventures industrielles du groupe Bolloré.

Signe haï des propriétaires de voitures à Paris, Lyon, Bordeaux… car il signifie moins de places pour se garer
Signe haï des propriétaires de voitures à Paris, Lyon, Bordeaux… car il signifie moins de places pour se garer

1822, sur les bords de l’Odet, à quelques kilomètres de Quimper, l’histoire se met en route, avec la création des papeteries Bolloré. Deux siècles plus tard, la petite entreprise familiale est devenue un groupe protéiforme, acteur industriel reconnu dans trois domaines majeurs : le transport et la logistique, la communication, le stockage d’électricité et les véhicules électriques. Un dernier univers dans lequel le groupe Bolloré développe une stratégie unique, qui l’a tout d’abord porté au premier rang mondial des producteurs de composants électriques complets pour condensateurs. Aujourd’hui, il détient plus d’un tiers du marché mondial. Mais surtout, à partir de cette expertise, Bolloré a mis au point des batteries et solutions de stockage sur une technologie unique  : la LMP.

« Elle est au cœur du projet Autolib’, explique Julien Varin, en charge de la communication pour le groupe Bolloré. Lorsque nous l’avons présentée, au mois de décembre 2011, tout le monde estimait que cela ne marcherait jamais… et trois ans plus tard, notre batterie lithium métal polymère permet une autonomie de nos véhicules de 30 à 50% supérieure à la concurrence. » Des performances exceptionnelles, qui constituent un des atouts majeurs du service d’auto-partage 100% électrique initié par le groupe Bolloré. Mais pas le seul. Car, si Autolib’ totalise désormais 2600 véhicules sur Paris-Île-de-France et quelque 6000 bornes de charge disséminées sur ce vaste territoire, c’est aussi parce que Vincent Bolloré et ses troupes ont su anticiper un phénomène de société.

Un aboutissement

« Autolib’ est une solution de déplacement pratique, économique, ludique et écologique », décline Julien Varin. Une batterie de qualité que l’industriel français est parvenu à mettre en œuvre au prix d’un effort financier considérable. Autolib’ est en effet le fruit d’un long travail de recherche et développement, qui a été engagé il y a 19 ans et qui représente au final plus de 2 Mds € d’investissements. Mais si le temps d’incubation a été long et s’il a nécessité de l’opiniâtreté, les résultats sont aujourd’hui à la hauteur des attentes du patron du groupe Bolloré. Autolib’ a non seulement conquis Paris, mais il a également essaimé, sous d’autres noms, à Lyon et Bordeaux. Avant de franchir très bientôt l’Atlantique, puis la Manche.

De Paris à Minneapolis, en passant par Lyon et Bordeaux

A Lyon, sous le nom de Bluely, et à Bordeaux, sous celui de Bluecub, Bolloré peut d’ores et déjà proposer 250 voitures sur chaque site. On est certes encore loin des 2600 voitures parisiennes, « mais la montée en puissance est progressive, assure Julien Varin. Quand nous signons une ville, le déploiement s’étale tout d’abord sur six à neuf mois, puis la croissance s’accélère avec la notoriété du service ». Une dynamique que Vincent Bolloré entend bien retrouver également à Indianapolis, où le service d’auto-partage fera ses premiers tours de roues dès le mois de décembre 2014.

Dans cette ville célèbre pour sa course automobile de 500 miles, le groupe Bolloré s’apprête à investir 35M$ pour déployer le plus grand service d’auto-partage électrique des Etats-Unis. Baptisé BlueIndy, le service devrait comprendre rapidement 500 voitures et 200 stations de location équipées de 1000 bornes de charge. « Dans un premier temps, nous allons cependant démarrer avec une centaine de véhicules seulement, précise Julien Varin. Les mentalités ne sont pas les mêmes qu’en France et il faudra faire un gros travail de sensibilisation pour mettre en œuvre BlueIndy. »

Ce travail pédagogique, Vincent Bolloré n’aura peut-être pas à le faire pour implanter son service d’auto-partage à Londres. Après les Etats-Unis, en effet, c’est dans la capitale du Royaume-Uni que le groupe Bolloré poursuivra son œuvre « d’évangélisation » à partir de mi 2015. « Autolib’ est scruté dans le monde entier, se réjouit Julien Varin. Après les Etats-Unis et l’Europe, nous aurons peut-être l’occasion très bientôt de nous exporter en Asie. Les questions de pollution et d’engorgement des principaux axes de circulation sont omniprésentes dans toutes les grandes villes asiatiques. Notre modèle est adapté à ces problématiques à la fois environnementales et sociétales. »

Un grand projet industriel made in France

Au-delà de sa dimension environnementale, Autolib’ et ses déclinaisons prouvent également, aux yeux de Vincent Bolloré, qu’il est encore possible de mener à bien un grand projet industriel en France. « Notre batterie LMP est fabriquée à proximité de Quimper, rappelle Julien Varin, et nous venons de signer un accord de partenariat avec Renault pour développer, ensemble, la filière française du véhicule électrique. » Un accord au cœur duquel se trouve le programme Autolib’, puisqu’il prévoit notamment que l’usine Renault de Dieppe assemblera les véhicules électriques Bluecar du groupe Bolloré à compter du second semestre 2015, alors qu’ils étaient jusque-là fabriqués en Italie.

« Dans le même temps, nous avons confié à Renault la réalisation d’une étude de faisabilité portant sur la conception, le développement et la fabrication d’un nouveau véhicule électrique urbain équipé d’une batterie LMP », indique Julien Varin. Car Vincent Bolloré croit fermement au potentiel de développement de la voiture électrique. « Il suffit de créer les conditions pour y parvenir. Autolib’ est un modèle. » Bien que ce département d’activité soit de très loin le plus petit des trois qui composent le groupe, l’industriel français est convaincu qu’il est porteur de croissance. « Et de rentabilité, ajoute Julien Varin. Dans six mois, c’est-à-dire trois ans seulement après son lancement, Autolib’ sera à l’équilibre à Paris. Cette performance n’est pas le fruit du hasard. Les jeunes conducteurs urbains ne sont pas attachés à leur voiture comme c’était encore le cas il y a 10 ou 20 ans. » Les mentalités ont changé et Autolib’ les a précédées.

Article réalisé par Jacques Donnay

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