Un colloque en toute(s) intelligence(s) !

Dans le droit fil de ses valeurs entrepreneuriales et positives, chères à Jean-Baptiste Leprince son fondateur (entreprendre, innover, positiver !) et qui ancrent sa ligne éditoriale, ÉcoRéseau Business lance son Club ÉcoRéseau. Pour le journal qui s’adresse de manière positive à toute personne qui entreprend, quoi de plus naturel que de réunir dirigeants, entrepreneurs, cadres décisionnaires et leaders d’opinion en un club pensé autour de valeurs partagées. Le but : entretenir et animer une communauté autour d’événements dédiés à la sphère professionnelle (colloques thématiques, conférences, soirées, formations…).

À l’occasion de son lancement le mardi 5 novembre, le Club ÉcoRéseau a proposé son premier événement thématique du genre : un colloque atypique sur les intelligences. L’auditorium Debussy-Ravel de la Sacem a réuni public et orateurs autour d’un thème et d’une question : Les intelligences à l’ère du 3.0, L’humain tirera-t-il son épingle du jeu face à l’IA ? Au programme : une après-midi de débats, trois tables rondes, un key speaker et l’intervention d’un quartet de jazz pour clôturer l’après-midi, le tout animé par Olivier Magnan, rédacteur en chef d’ÉcoRéseau Business. Entre affective computing, pratiques RH, émotions, improvisation et l’intelligence sous toutes ses formes, retour sur la teneur des débats.

Intelligence émotionnelle et entreprises

Pour lancer les hostilités, place à la première Table ronde, L’intelligence émotionnelle, quel enjeu pour les entreprises de demain ? Au fait, qu’entend-on par « intelligence émotionnelle » ? C’est la capacité de comprendre ses émotions et celles des autres, de savoir les utiliser pour faciliter les processus cognitifs. Dans l’entreprise notamment. L’intelligence émotionnelle source de performance personnelle et professionnelle, c’est le postulat qui a réuni Myriam Maestroni, fondatrice et DG d’Économie d’Énergie, Alexandre Stourbe, DG du Lab RH et Christophe Bourgois-Costantini, coach de vie et d’organisation, autour d’Olivier Magnan. Tous placent l’intelligence émotionnelle au cœur de leurs activités et de leurs parcours. Après une carrière dans le pétrole (Primagaz) qui l’a vu diriger près de 1 200 personnes, Myriam Maestroni fonde Économie d’Énergie, son agence de conseil spécialisée dans la transition énergétique en 2011. Pour elle, pas de doute, il est primordial d’apprendre de ses émotions : « On commence à changer le monde quand on se change soi-même. » L’entrepreneure met l’accent sur les intangibles au sein d’une entreprise (l’humeur, la volonté, la recherche de sens). « Un employé a besoin d’intelligence émotionnelle et d’intangibles, sans quoi il n’y a pas d’entreprises durables. » Pour Alexandre Stourbe, même constat, « la richesse d’une entreprise passe avant tout par les collaborateurs qui la composent ». Celui qui promeut l’innovation RH en France via son association insiste sur la nécessité de s’adapter aux bouleversements de notre société (Internet, IA…), sous peine d’« analphabétisme émotionnel ». Il l’affirme : « L’intelligence artificielle ne va pas remplacer l’intelligence émotionnelle, dans les ressources humaines prévaut avant tout la notion d’humain. » Les intelligences humaines intrinsèques, c’est le mot d’ordre de Christophe Bourgois-Costantini. Le coach, auteur de Vous êtes 10 fois plus intelligent que vous ne l’imaginez ! le répète à qui veut l’entendre : « Nous venons au monde avec dix intelligences cognitives que nous oublions à cause de l’école, de la pression sociale… » De Nadal à Thierry Marx en passant par François Pinault, Christophe Bourgeois-Costantini a interviewé des centaines de « champions » qui lui ont appris que « toutes ces intelligences sont en nous. L’idée, c’est de se connecter à elles pour devenir le champion de sa vie. »

Intelligence artificielle et émotions

Après l’intelligence émotionnelle, place à l’intelligence artificielle pour la seconde Table ronde, Doit-on avoir peur de l’IA artificielle ? La question aura fait intervenir Frank Tapiro, cofondateur et chief emotional officer de Datakalab, et Nicolas Guy, fondateur et président de SoyHuce. Dans notre société toujours plus marquée par l’essor de l’IA, l’analyse des émotions humaines et par extension l’affective computing deviennent des outils très valorisés, notamment dans le marketing.

Start-up caennaise fondée en 2013, SoyHuce propose à ses clients de résoudre leurs problématiques globales liées à la transformation numérique. Le tout grâce au développement de solutions logicielles et algorithmiques sur mesure. Une démarche qui se décline grâce à trois entités : une agence de conseils en transformation numérique, un studio de R&D en data science et algorithmes et une agence de production de logiciels. « Un algorithme, c’est comme une recette pour régler un problème, mais ce n’est pas forcément de l’IA », explique Nicolas Guy. Avec l’exemple du marketing, l’entrepreneur s’explique : « Des algorithmes alimentés par des capteurs émotionnels nous font comprendre les comportements du consommateur, de quoi lui glisser sous les yeux une publicité qui lui convient. La difficulté, c’est l’irrationalité des comportements humains. »

Capter les émotions humaines, les mesurer et les analyser en direct, c’est l’ambition de la technologie développée par Datakalab. La start-up 100 % française et ses chercheurs ont créé un logiciel de détection des micro-expressions du visage, à ne pas confondre avec un logiciel de reconnaissance faciale. « 90 % des choses que l’on vit dans une journée sont gérées par notre inconscient. L’objectif est de traduire ces émotions qui nous échappent en données, et prouver que nous sommes tous égaux face aux émotions », théorise Frank Tapiro, ex-grand publicitaire devant l’éternel Séguéla. L’outil de Datakalab va mesurer notamment les degrés d’attention et d’engagement émotionnel pendant le parcours des clients sur un site. Le repenti de la pub rassure très vite l’auditoire : « Nous respectons le RGPD¯ : les utilisateurs devront accepter d’être filmés et nous ne gardons ni ne transmettons les vidéos. » Comme toute démonstration vaut mieux qu’un long discours, une auditrice volontaire monte sur l’estrade, face à la webcam de l’appli Datakalab. En direct devant le public, le logiciel capte et analyse ses micro-expressions, étalonne son taux d’attention et d’engagement au gré de son regard et, donc, de ses émotions inconscientes.

Intelligence collective et improvisation

L’intelligence émotionnelle, l’intelligence artificielle… quid de l’intelligence du collectif ? Émile Servan-Schreiber, docteur en psychologie cognitive, chroniqueur pour ÉcoRéseau Business, fondateur de Lumenogic et d’Hypermind, s’est vu confier le micro pour un focus de conclusion : Que restera-t-il de l’intelligence humaine ? Pour l’auteur de Supercollectif : la nouvelle puissance de nos intelligences, pas de doute : « Le futur de l’intelligence humaine se joue sur l’intelligence collective. » En évoquant l’exemple de la fourmilière construite par une masse grouillante de fourmis, il illustre la puissance de cette intelligence collective, fruit des quelques neurones de chaque fourmi. Alors quand il s’agit du collectif de cerveaux humains de quelques milliards de neurones, « la puissance cumulée de tous les ordinateurs du monde vaut à peine mille cerveaux humains. » En outre, les nouveaux outils de l’ère numérique favorisent la collaboration et la connexion des intelligences de chacun. Oui, le XXIe siècle est celui de l’intelligence, à nous de mieux organiser notre collectif pour que cette intelligence ne s’« artificialise » pas, dixit Émile Servan-Schreiber.

L’intelligence émotionnelle comme source de création, c’est le fil rouge de la troisième et dernière Table ronde : Émotion, innovation et jazz. L’occasion de dresser un parallèle entre musique jazz et entreprise, qui combine toutes deux performance et harmonie, rigueur et créativité. Parallèle inspiré par le projet Jazz & Innovation, porté par l’Université de technologie de Compiègne et son directeur de l’innovation et du développement territorial, l’ingénieur docteur Pascal Alberti. L’idée : explorer la source d’inspiration que sont l’art de l’improvisation musicale et ses similitudes avec les processus d’innovation à l’œuvre dans les entreprises. Une réflexion illustrée en musique et en direct par un quartet de jazz, composé de Sabrina Yactine, psychologue et chanteuse, José Pendje, concepteur du projet et pianiste, Peter Giron, bassiste, et William Bayakimissa, beat boxer. L’occasion pour la salle tout ouïe de se laisser « intelligencer » par la musique, et pour le colloque sur les intelligences 3.0 made by ÉcoRéseau, de se clôturer en beauté.

Adam Belghiti Alaoui

RGPD : Règlement général sur la protection des données personnelles.

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