L’intelligence artificielle, de « simples » technologies logicielles

De la chaîne de production à la relation client en passant par les ressources humaines et la logistique, l’IA apparaît comme un formidable levier d’optimisation. Sa mise en œuvre soulève toutefois encore incompréhension et méconnaissance chez nombre de dirigeants. On décrypte…

Comment l’intelligence artificielle met aujourd’hui la social data au service de l’entreprise ? » Tous les nombreux workshops au programme du HubForum répondent à ce type de question précise. Ce rendez-vous annuel des décideurs du numérique consacré à la transformation numérique des entreprises attire à n’en pas douter une foule plus dense chaque année. L’atmosphère se révèle studieuse et détendue. Suivons de près la démonstration des deux speakers de Talkwalker, plate-forme qui surveille ce qui se passe sur tous les canaux, sur tous les marchés et en 187 langues. « Vous pourrez déterminer ce que vos clients pensent de vos campagnes, de vos produits, de vos événements, de vos résultats financiers et de vos marques ou encore analyser la notoriété de votre entreprise et l’impact de votre communication à l’échelle mondiale », promet Charlotte Clemens, responsable grands comptes. Les exemples concrets d’Arnaud Steinkulher, à la tête des solutions Europe, ne perdent jamais de vue les objectifs escomptés : « optimiser », « inspirer sa marque » ou encore « ajuster ses campagnes ». « Pour que le résultat soit des plus optimal, il est impératif de prendre l’ensemble des critères en considération, des images au logo… », martèle-t-il. Au sortir de cet atelier, force est de constater que le big data et l’intelligence artificielle sont deux technologies inextricablement liées. L’IA va extraire du sens, déterminer de meilleurs résultats, aider à des prises de décisions plus rapides à partir de sources big data massives.

Business porteur

Associée à d’autres technologies, l’intelligence artificielle fournit une vision à 360° des clients, délivre des analyses prédictives ou apporte des réponses contextualisées en puisant dans toutes les données, structurées ou non. Un véritable accélérateur de business. Les bénéfices y sont nombreux, notamment en termes de gains de productivité, de satisfaction client et d’agilité. À condition d’en assimiler les principaux rudiments. L’IA, c’est désormais une réalité, ne fait plus office de science-fiction.

Aujourd’hui, d’après une étude menée par Keyrus, on recense ainsi quelque 950 start-up dédiées à l’intelligence artificielle dans le monde (dont 499 aux États-Unis) et les investisseurs ont injecté près de 5,42 milliards de dollars dans ce secteur au premier trimestre 2018. La phase d’industrialisation vient de commencer. Presque aucun secteur n’y échappe : marketing, santé, logistique, contrôle, ressources humaines… Les opportunités sont pléthoriques : génération automatique de texte, reconnaissance automatique de la parole, agents virtuels, plates-formes d’apprentissage automatique, reconnaissance biométrique…

Nombreux sont les spécialistes qui estiment qu’à terme, grâce à l’IA, il sera plus aisé de détecter et de comprendre les signaux faibles dans l’imagerie médicale, les images satellitaires, les analyses médicales, les bruits, les caméras de surveillance, les textes de lois, les réseaux sociaux, les déclarations fiscales, les réclamations des clients… Ils pensent que le dialogue avec les ordinateurs s’établira de plus en plus en langage naturel (la voix ou l’écrit avec le NLP – Natural Language Processing) ou par l’intermédiaire d’images.

Un impact humain et organisationnel

« La première limite de l’IA réside peut-être dans la définition qu’on lui prête. Beaucoup en ont une vision fantasmatique, prévient Frédéric Gérard Leveque, expert IA au HubInstitute. L’IA dite étroite constitue le terrain de jeu des entreprises. Incontestablement, il s’agit d’un levier de “superoptimisation”. Pour désacraliser un peu le concept, je compare souvent l’IA à une pelle. L’IA s’invite partout, de la gestion logistique jusqu’à la gestion humaine. » Est-elle fiable à 100 % ? « Tout va dépendre de ce qu’on va lui “mettre dedans” en termes de données, comment l’on va coder son algorithme. Concrètement, de l’IA fait ce qu’on lui dit et ce qu’on lui apprend. L’algorithme ne vit pas sa vie autonome sans l’humain ! » Pour cet expert, sa mise en application dans les entreprises ne génère nulle crainte, plutôt de l’incompréhension. « À l’heure actuelle, le besoin d’accompagnement est très fort. Bon nombre de dirigeants ne savent pas par quel bout commencer, ni comment budgéter. » Une chose est sûre, « l’introduction de l’IA au sein d’une entreprise revêt inévitablement un gros impact humain et organisationnel ».

Le coût, un frein majeur

La première grande enquête sur le degré réel d’adoption de l’IA dans les entreprises a été révélée par Tata Consultancy Services (TCS) en partenariat avec IDC. Pour 49 % des entreprises, le principal frein est le coût des solutions IA. Arrivent ensuite : le manque d’expertise technologique en interne (31 %), la complexité de la mise en œuvre des projets (28 %) et les obstacles culturels et organisationnels (28 %).

Jonathan Nahmany

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